Certains albums auraient mieux fait de ne jamais exister. C’est le cas du « Barbaghamon » de Baptiste W. Hamon et Julien Barbagallo (« batteur de Tame Impala », semble insister la bio), soit 26 minutes de supplice équivalent à celui de la goutte d’eau avec Georges Brassens dans le rôle du tortionnaire.

En 2021, le monde de la « musique indépendante » reste fidèle à lui-même, la pyramide reste solide. En haut, près du soleil mais pas totalement bronzés, les maisons installées dont la réputation s’est bâtie sur un refus des compromissions, et qui derrière la façade marketing ne survivent que grâce aux dossiers de subvention. Au milieu, le ventre mou tentant tant bien que mal d’exister dans une période périlleuse, et se battant autant avec des journalistes musicaux au nombre de douze sur le territoire qu’avec des presseurs de disque pour 500 exemplaires vendus à des prix de plus en plus prohibitifs, éloignant ainsi l’espoir d’une rentabilité à court terme; enfin, en bas, tout en bas, des dizaines de labels DIY semblables aux fourmis, et dont les capacités de résistance à l’apocalypse sont aussi grandes que les chances qu’ils remplacent Universal sont faibles.

Cette parenthèse « perspective et enjeux de l’industrie discographique à l’ère du streaming post Covid-19 » étant terminée, attardons-nous quelques instants sur « Barbaghamon ». Quelques instants, pas trop longtemps. Juste le temps de préciser à quel point certains albums, tout en étant inoffensifs, finissent par saturer un tuyau de plus en plus étroit et réservé à des intégristes demi-chauves.

Bon, c’est-à-dire qu’au départ, on n’a foncièrement rien contre Baptiste W. Hamon. Deux albums en cinq ans, des chroniques chez les Inrocks, et il porte une casquette et des chemises à carreaux. Ni rien non plus contre Julien Barbagallo, dont le « Grand chien » en 2016 s’avérait aussi touchant qu’inégal; au moins pas défiguré comme Emmanuelle Béart par un mauvais chirurgien égaré dans un studio. L’addition des deux sur un même album, en 2021, ressemble pourtant à un mauvais film d’Eric Rohmer regardé au ralenti par un professeur de français fan d’Yves Duteil.

Vendu comme un « album récréatif enregistré en plein confinement » (mais lequel?), « Barbaghamon » donne l’impression de remplir du vide (comme cet article) avec des chansons guillerettes, en français dans le texte, à côté desquelles même Feu ! Chatterton passerait pour des blousons noirs prêts à venir jusque dans vos bras pour égorger vos fils et vos compagnes.

Inoffensif, donc supposément incritiquable, « Barbaghamon » comporte pourtant une telle dose de premier degré qu’il en devient rapidement (disons dès le milieu de la piste 1, J’écoute l’eau) un disque à 3 clefs Télérama; le genre qu’on écouterait avec les enfants gentiment assis à l’arrière en roulant sur la Nationale 7 destination chez mamie. En 2021, mamie est morte, et les enfants précités n’en ont plus rien à carrer de traverser la France dans une bagnole qui ne capte pas la 5G. Dans le contexte infernal où chacun semble coincé sur une timeline infernale, le monde croquignolesque dépeint dans « Barbaghamon » semble non seulement désuet, utopique et surtout, ridicule, incapable de se raccorder à l’époque. Et le fait que la notule promotionnelle insiste sur « la rencontre hasardeuse entre les deux compositeurs » ne fait qu’accentuer le fait que d’histoires, il n’y en a pas sur cet album cale-chaise qu’on ne peut même plus caler sous une chaise désormais que les seuls propriétaires de platines CD sont de sinistres quarantenaires mangeant bio et se rendant à des séminaires  sur l’inclusion et le recyclage des déchets de la cantine d’entreprise. « Barbaghamon » leur est peut-être adressé, qui sait.

Du Daniel Johnston joyeux, ou plus raisonnablement la métaphore d’un déboucheur d’évier, voici le programme de ce disque de plus, et dont l’existence même questionne l’intérêt d’autoriser quiconque à publier des albums, comme les gens à écrire dessus. Que faire après ça ? Se pincer très fort en espérant vite se réveiller. Ouf, « Barbaghamon » est enfin terminé.

Baptiste W. Hamon et Julien Barbagallo // Barbaghamon // Soleil Bleu

 

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11 commentaires

  1. Baptiste W. Hamon et Julien Barbagallo leur musique c’est de la bouillie pseudo indé ,de la varietoche pour blanc coincé du cul de telerama et consorts ,c’est insipide et sans ame et ses mecs sont prétentieux et sans talent aucun ,,leur musique est au moins aussi rincé de chez rincé que cette pandemie de covid 19 qui est sans fin ,en clair c’est de l’entre soit en réseau en vase ultra clôt pour section 26 and compagny ,autant dire que c’est de la merde en barre 78 carats

    1. Comme toujours certains commentaires sont invariables et prévisibles (suivez mon regard)
      C’est tout sauf de l’analyse ou un début de réflexion c’est pauvre et sans relief.
      Oui à la liberté d’expression et oui aussi à la liberté de fermer sa gueule.

  2. puije me permettre ? liminanas avec voix samplé du Laurent G, c’est pas tout a fait ‘rocknroll’…. & l’ancien panico çà detonne, mais bon ils vendent leurs disques, alors…

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