Karkwa ? Une poignée de Québécois avec de grosses paires de couilles, chantant la langue de Prévert sur une espèce de prog-rock qui aurait couché avec de la variété. Improbable, bluffant, touchant, aussi surprenant qu’une femme de chambre nettoyant les vitres du building du FMI en compagnie de Mister T : inédit, érudit, là, tout de suite, maintenant.

« J’écris dans ma chambre à gaz »,  « l’acouphène, la vie qui coule dans mon corps, l’acouphène (…) j’écris sous la guillotine, je m’ennuie (…) Les bruits blancs sont de plus en plus noirs ». Voilà le genre de punchlines qu’osent nos virtuoses bac +10 en école de musique. Spécialité ? Musique de chevaliers seuls.  En voilà d’autres : « 28 jours, 14 h, que ton cœur, joue avec un métronome… ». La vie, quoi. Triste et bitumée de frais. Lyrisme en lierre, qui pousse, qui pousse ; de plus en plus serré autour du corps. Le groupe Rien sous MDMA frelaté, Godspeed You! Black Emperor produit par Gérard Manset, la boussole transformée en girouette, mais où donner de la tête, mon bon monsieur ?

Karkwa d’neuf, docteur ?

Aveu lâché bien volontiers : votre serviteur prend le train en tirant la langue, courant derrière un truc sur les rails depuis 1998 ; désolé mais à cette époque-là, je collais un 3-0 au Brésil sur ma Playstation. Alors les circonvolutions folko-prog de ces branleurs de manche, mes oreilles étaient largement passées à côté. Pourtant, résonne encore ce cri du cœur : « ‘tain, elle était dedans, c’était pareil ». J’arrête là. Pose mon ballon et file m’acheter un arc. De toute façon, dehors, il pleut des cordes.

« Un tollé à la chambre de commerce (…), le cafard à la porte et plusieurs milliards dans la compote, fraudeurs en smoking s’enfuient dans le smog vert de gris, tu sais d’ici c’est difficile de voir le paradis… ».  In Le bon sens. Sans ledit bon sens, ce papier pourrait se résumer à ouvrir et fermer des guillemets. Au lieu de ça, j’ai envie d’ouvrir ma gueule. Et déclamer en air yaourt les élégantes explosions qui collent au slip de ces chansons racées. Envie de jouer, aussi, aux jeux des sept erreurs : l’intro de Marie tu pleures, c’est Bon Iver jouant les dealers de climax dans Grey’s Anatomy, mais remixé dans ma cabane au Canada. Celle des Chemins de verre, du Arcade Fire enregistré dans une grange, avec le père Fouras à la console de son : impossible de s’y prendre au sérieux, mais également B.O. idéale pour : une demande en mariage, sauter d’un pont pour la dernière fois, jouer au chevalier un dimanche d’août dans le château de Carcassonne une bougie à la main, compter les vagues et discuter avec l’horizon, penser à ceux qui ne sont plus là mais qui sont toujours là, réviser ses cours de basse accordée un ton en dessous, inventer des gros mots et des poèmes très courts.

Exalté, c’est pas un gros mot, non ?

Sinon, Dors dans mon sang donne une occasion supplémentaire de mettre une fessée à Radiohead. A vrai dire, l’envie de créer un groupe Facebook du même nom me chatouille les phalanges. En attendant, rendez-vous sur le parking de Décathlon pour foutre le feu aux Quechua et autres tables de ping-pong en expo, en chantant  « Dors dans mon sang ! », à grands renforts de petits « ouh !» « ouh ! » scandés les mains levées au ciel tandis qu’un complice passera chatouiller tout le monde aux aisselles, histoire de ne pas oublier de ne pas se prendre au sérieux. « Dors ! Dans ! Mon sang ! », lalala, lalalère…

Disappear, dignement.

Ne pas oublier de rigoler, donc. Même à l’écoute d’« un garrot sur le sang froid, le cerveau qui oscille entre délire et combat » : quand je vous dis qu’il suffirait d’ouvrir les guillemets ! Celle-là vient de La piqûre, étrange histoire de quelqu’un qui ne ressent plus rien, et surtout pas la douleur. Derrière, des violons se font joliment laminer par une batterie qui ferait une course d’obstacles avec des enclumes en guise de baskets. On pense à Kid A, une fois encore. Car nous aimions Radiohead. Oui, nous, armée de blancs-becs au palpitant branché sur courant alternatif : un coup no future ; un autre sonnant la charge de l’exaltation à tout prix, les CDD en cascades, les apéros de fin de journée, la jouissance shootée au wi-fi, la next bing thing et les glaces au citron. How to disappear dignement, quoi.

Au lieu de ça, le temps a passé. Et il est l’heure de prendre Les enfants de Beyrouth en plein sur le nez ; notre côté navajo de l’asphalte est bien content, notre système nerveux, un peu moins. Mais voilà qu’arrive la fin du disque et Le vrai bonheur : « Elle est comme une pluie qui ruisselle sur mes brûlures, comme un souffle d’air pur qui électrifie mon lit… ». Fumerait-on les pissenlits, au Canada ? Genre baba béat « sous un clair de lune étourdie » ? Non, vraiment, tout ça n’est pas très sérieux. Un peu trop mièvre, d’un coup. Les violons jouent trop lentement, ça dégouline de partout, les mesures s’étirent et le piano lâche des notes au petit bonheur. Le vrai ? Vivement la sortie du disque en France..

Karkwa / / Les chemins de verre / / Audiogram
http://www.myspace.com/karkwa

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