L'ami Jean-Claude Satan nous avait laissés avec une samba du diable ("Hell Death Samba") tout droit sortie d'une cave crasseuse, avec une pochette absolument fabuleuse où deux pigeons semblaient en plein débat philosophique pour savoir lequel d'entre eux poserait une fiente sur le prochain quidam. C'était chouette, orgiaque, parfois surprenant et, somme toute, bien gaulé. Mais, nom d'un cerbère, les voilà de retour, prêts à te faire saigner les tympans dans une partouze de morceaux relevés à la sauce bordelaise qui en ferait presque oublier la brochette de bons titres de leurs deux précédents albums.

Après avoir changé de crèmerie en passant du paresseux Slovenly Records au jeune et prometteur label Teenage Menopause Rds, l’équipée sauvage d’Arthur et Paula a définitivement changé de braquet, comme si un club de weirdos de fond de classement de division d’honneur venait coller une branlée aux Girondins de Bordeaux. Plus lisible, plus cohérent, sans perdre son urgence et sa bave aux commissures des lèvres, le p’tit JC prend du gallon pour nous balader dans le monde des profondeurs, tout en foutant une baffe au complexe d’infériorité des petits Français face aux Américains qui, s’ils étaient honnêtes et pas trop patriotes, devraient accueillir la clique sataniste à bras ouverts.

Le groupe entame les hostilités avec le bien nommé Légion et son intro de marche militaire malsaine, distordue, qui fait comprendre d’emblée qu’on va y laisser des plumes. Paula, chanteuse qui a définitivement gagné en justesse de propos et en assurance,  prévient qu’elle n’hésitera pas à utiliser notre corps comme bouclier pendant que la légion avance en rangs serrés vers l’inexorable conflit, le sang sera versé dans une fanfare époustouflante de distos et de cuivres dissonants. Sans crier gare, les cliquetis des glaives laissent place à un voyage supersonique dans un monde féérique où Arthur jure à sa belle qu’elle sera sa reine dans un pays de Cocagne. Le bien nommé Faraway Land, également titre de l’album, est de ces morceaux qui appellent à l’évasion des sens et s’inscrit dans la tradition des chefs d’œuvres psychés pop du grand Syd Barrett ou du SF Sorrow des Pretty Things, avec un solo-attentat bien senti pour clore le trip.

Soudain, la testostérone reprend le dessus, ça sent le soufre et le danger à mesure que l’on s’approche des portes de l’enfer. Grosse intro stoner, gueulante, Dragon rentre dans le dur avec sa batterie brute de décoffrage et une voix satanique qui invite à exécuter la danse lascive. Ça crache le feu et on commence à avoir chaud aux oreilles. Boîte à rythme, guitares octavées qui serpentent autour de la ligne de chant, Damnation et New Face sont dans la lignée de cochonneries malsaines qui font l’originalité du groupe, des couplets enfantins inquiétants et des refrains puissants joués à bride abattue.
Believe me
cravache encore plus punk, plus urgent, pourvu que l’on finisse hébété comme un lapin devant des phares. Histoire d’assainir l’atmosphère et en bon chrétiens, le groupe — étrange couteau suisse de genres — jette Psalm 06, une indiepoperie des 90’s que n’auraient pas renié Blur ou les Breeders à leurs débuts. Le repos du guerrier est fini, on retourne a un toboggan de distorsion sur Faraway Land II, où des spirales de chœurs et de guitares nous jettent à nouveau dans des montagnes russes. Les derniers morceaux mettent en valeur le registre de Paula avec More Power, hymne riot girrrl aux accents de Queens of the Stone Age et Song, qui rappelle les bonnes heures de Kim Gordon. The Last Episode, ultime voyage, laisse l’auditeur exsangue dans une rêverie cotonneuse psychédélique superbement orchestrée ; on se prend alors à rêver d’une deuxième saison encore plus diabolique.

Pour cela, ne reste plus au petit JC qu’à devenir grand, sortir de sa cave pour prêcher la bonne parole en pays étranger, dans ses faraway lands qui — espérons-le — feront exploser leur talent à la face du petit monde indie sans que le groupe ne déchire son pacte qu’il a passé avec le diable. Oyez ! Oyez ! Jeunes gens, Belzébuth, Sa Majesté des mouches est de retour, cette fois-ci il a pris la forme d’un groupe de « garage ». Alors répétons tous ensemble : “gloire à J.C. Satan !”

JC Satan // “Faraway Land” // Teenage Menopause
http://www.jcsatan.com/

En concert à Mains d’Oeuvres (Saint-Ouen) le 5 octobre avec Black Bug.

7 commentaires

  1. Ce groupe défonce tout! Surtout en live. Par contre le papier fait beaucoup allusion à Satan mais peu à JC (sauf quand ça parle de Blur et des Breeders, il est vrai, ahah). C’est dommage. Signé Matthieu XVIII.

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