J’ai rencontré ce bon vieux punk de Jackson Briggs à l’été 2017, à Paris. Grâce à Viktor de Buddy Records, il venait enfin présenter ses chansons à l’Europe, en formation solo. Tout en descendant des litres de bière fraîche, il me racontait son envie de vivre avec les rats, des histoires de potes suicidaires et ce côté obscur de l’Australie qu’il décrit si bien dans ses chansons, bien loin de l’image de plage, de surf et de soleil qu’on nous rabâche si souvent dans les médias généralistes. A l’occasion de la sortie du numéro australien de Gonzaï, Jackson crache au bassinet.

L’image contient peut-être : 3 personnesComment as-tu rencontré Viktor de Buddy Records ?

Il est venu me voir à un de mes concerts, dans le quartier de Collingwood à Melbourne. Je ne l’avais jamais rencontré avant et il m’a envoyé un texto spontanément pour me dire qu’il venait à mon concert et qu’il adorait ma musique, je me suis alors dit, « mais putain c’est qui cet étrange mec français». Je l’ai pas rencontré durant le concert malheureusement puisque je partais le lendemain pour une tournée au Japon, mais il m’a envoyé un texto pour me dire qu’il avait adoré le concert, qu’il avait acheté mon disque et qu’il serait ravi que je vienne jouer en France, et me voici ahaha !

Cette rencontre va donc te permettre d’être plus connu en Europe ?

Évidemment ! Je viens de l’autre bout du monde et j’habite sur une île qui est tellement isolée.. Beaucoup de musique faite en Australie reste en Australie malheureusement, et même avec l’aide d’Internet qui change certaines choses j’ai encore l’impression aujourd’hui que pour beaucoup de groupes, si tu ne fais pas une tournée en Europe par exemple tu ne seras jamais connu en dehors de ton pays.

J’ai l’impression qu’à part Tame Impala, les Français n’y connaissent strictement rien en musique australienne, il n’y a pas beaucoup de connexions entre les deux pays..

Oui c’est vrai. Je connais quand même quelques groupes australiens qui sont déjà venus jouer en France comme Six Ft Hick qui a fait un concert au Binic Festival, il y a aussi ce label de Rennes, Beast Records, qui s’intéresse pas mal à la musique australienne, et maintenant Buddy Records du coup. […] Tout va bien pour moi, je suis quelqu’un de très positif. Je connais beaucoup de gens qui vont moins bien que moi, donc je ne peux pas vraiment me plaindre. Avant de partir j’avais un boulot de merde, je déchargeais des camions etc.. J’ai tout lâché, ce job merdique et mon petit appart, du coup je suis libre maintenant !

La chanson I Wanna Die m’inquiète un peu personnellement, c’est à propos de toi ?

Ça parle d’un moment où on était éveillé depuis plusieurs jours sans dormir avec un pote, mon bassiste Nick, il passe son temps à se plaindre, et un matin après qu’on se soit mis bien cher toute la nuit, il s’est mis à marcher autour de la maison en caleçon, en criant « I wanna die ! ». Ca vient de là. Je prends souvent des idées à propos de situations stupides dans ce genre là, et j’en fais un truc plus personnel.

Dans une autre chanson, tu chantes « je veux vivre comme un rat », c’est une référence au mode de vie des punks ?

Ça parle de tous ces gens qui déménagent dans une villa de bord de mer quand ils deviennent plus vieux, qu’ils ont des gosses, se marient, achètent un gros SUV et se mettent à avoir une vie ultra chiante. Je ne veux pas vivre comme ça, je préfère vivre dans les poubelles avec les rats, voilà.

A propos de la situation en Australie, comment est la vie vraiment là-bas, derrière cette image cliché de soleil, de plage et de surf ?

La situation économique est beaucoup moins rose que ce que les gens pensent, on a aussi un gros problème avec notre histoire vis-à-vis des aborigènes. Beaucoup de gens prétendent se soucier de ces problèmes mais la plupart ne font absolument rien pour que ça change et passent juste leurs soirées affalés sur leur canapé à regarder du sport à la télé. Si tu regardes des vieux films australiens des années 70 tu peux vraiment te rendre compte de ce côté obscur de notre pays que les touristes ne voient absolument pas.

La vraie vie en Australie est donc plutôt merdique, mais la tienne n’est pas si mal si j’ai bien compris.

Oui, il y a beaucoup de gens de la working-class qui galèrent, mais moi ça va.

Ta musique est donc un moyen pour décrire ce côté obscur de l’Australie ?

Bien sûr, c’est exactement ce que j’essaie de faire avec mes chansons. Je suis un enfant du peuple, et je veux que les gens sachent que la vraie vie en Australie n’est pas aussi belle que ce que les gens pensent. J’aime montrer ce côté obscur avec mes textes, parce que trop de gens ici font comme si tout allait bien sous le soleil. Alors que c’est totalement faux.

“Brisbane c’est chiant et c’est pour ça que tant de groupes ont émergé de cette ville comme les Saints.”

Qu’est-ce que tu penses de Tame Impala ?

Ahaha, sans commentaire.

Est-ce que tu détestes les néo-hippies ?

J’ai vécu à Byron Bay durant un an, donc je peux te répondre OUI. Rien que des sales fils de bourges qui pensent qu’ils vivent à la marge de la société alors qu’ils sont juste de putain de têtes de bites.

Byron Bay murfers taken down by Vanity Fair have moved onParlons maintenant de ta ville d’origine, Brisbane, c’est une ville assez chiante non ?

Oui totalement, et je pense que c’est pour ça que tant de groupes ont émergé de cette ville comme les Saints, je veux dire quand un endroit est si simple et sans intérêt, ça pousse les gens à être créatifs pour sortir de cette réalité, de toutes ces normes à la con..

Tu peux m’en citer une par exemple?

Brisbane est une ville où tu trouves pas mal de yuppies, de businessmen qui travaillent du lundi au vendredi et regardent des matchs de foot en buvant des bières le week-end.. C’est pour ça que je me me suis barré à Melbourne..

Justement, parle-moi un peu de Melbourne.

Il y a tellement d’endroits où tu peux faire des concerts, tu peux jouer toutes les semaines si tu veux. Un des lieux les plus célèbres pour la scène rock et punk s’appelle le Toat, dans le quartier à la mode de Collingwood, un espèce de pub à l’anglaise où tu peux avoir parfois quatre concerts en même temps, un genre de mini festival. Il y en a pleins dans le même genre toutes les semaines à Melbourne, les gens sont tellement à fond dans le rock’n’roll par ici. Il y aussi un autre phénomène important avec pas mal de concerts dans des baraques chez les gens, c’est une idée très cool, on peut vraiment jouer partout en définitif.

L’image contient peut-être : 1 personne, plein airCool, tu pourrais me citer un endroit un peu plus underground aussi?

Je connais un espèce de squat dans un autre quartier moins gentrifié, le Hot Shot, il y a des concerts punk exactement comme au Toat sauf que l’ambiance est un peu différente, un peu plus déglinguée, il y a une librairie avec des bouquins bizarres..

Et à propos des groupes de Melbourne ?

Tous les habitants de Melbourne ont un putain de groupe ! Tout le monde est soit un Dj, soit un putain de joueur de guitare électrique.

Si tu devais garder un groupe, ça serait lequel, un groupe à écouter de toute urgence ?

Il y a ce groupe que j’adore qui s’appelle No Class, du rock’n’roll à l’australienne à la sauce années 70/80. Aussi un groupe de potes à moi qui s’appelle Burning Diary, un groupe hyper rock’n’roll à la Stooges, ça défonce pas mal. Quand j’étais au lycée, j’ai rencontré un mec qui voulait former un groupe, il m’a donné deux Cds : « Marquee Moon » de Television et « The Modern Lovers  des Modern Lovers, après quoi il m’a dit « écoutes ça et reviens après pour qu’on joue ensemble ». C’est ce qui a fait mon éducation musicale.

https://jacksonreidbriggs.bandcamp.com/

 

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