En dix ans de carrière, le Néo-zélandais aura parfaitement raté tout ce que son voisin Kevin Parker a vulgairement réussi. Alors que le deuxième volet de son projet Jassbusters est annoncé pour novembre, tentons de comprendre comment cet esprit libre a réussi à griller toutes les cartes entre ses mains en alternant suicide artistique, disparitions et transformations ponctuelles en Connan le Barbant.

Votre Ferrari F40 a été garée tout en haut d’un building américain, comme ceux qu’on imagine dans les longs-métrages nocturnes de Michael Mann. La ville est endormie, les salariés rentrés chez eux, vous grillez un cigare en regardant la lune. Puis soudain, sur un coup de tête, vous activez la première et plongez l’Italienne à 1 300 000 € dans le vide, sur un coup de tête, mais tout en prenant soin d’admirer la chute et le bruit de la tôle sur le goudron métallisé. Voilà, c’est en un seul paragraphe le résumé de la carrière de Connan Mockasin, l’homme à qui tout était promis et qui, pour des raisons qu’on aimerait refuser de comprendre, a préféré tout flinguer, gratuitement.

Connan Mockasin : musique, vidéos, statistiques et photos | Last.fm

Quand le Néo-Zélandais et son double américain Mac DeMarco ont débarqué sur l’avant-scène, au début des années 2010, on a d’abord cru que les deux zozos avaient malencontreusement desserré les cordes de la guitare ; tout semblait mou, ralenti, sur leurs albums respectifs, et cette grosse impression de slow down s’inscrivait en contrepoint d’une décennie où le rock avait tenté d’accélérer à tout prix vers un mur en béton au rythme d’un 1, 2, 3, 4 dans le style Ramones punk à roulettes, mais après trépanation intégrale. Rares sont les groupes à avoir survécu à l’an 2009, et même le premier album de The XX sorti la même année, pourtant pas vraiment plus rapide qu’un fan de marathon tétraplégique, se cogna les dents sur ce qui ressemble avec le recul à une transition insurmontable pour le plus grand nombre. Tout au long de la dernière décennie, et plus encore aujourd’hui, la notion de groupe s’évapora dans le rock, et encore plus ce sentiment d’urgence qui fit les beaux jours de groupes inécoutables comme les Yeah Yeah Yeahs. Bref, on s’égare un peu.

Le fait est que l’arrivée de « Forever Dolphin Love », comme du « 2 » de DeMarco, sonnèrent la fin de ce rock cliché joué à plusieurs. Il était ici question de deux cerveaux malades avec toutes les pièces pas allumées, et ce sentiment d’innocence était si beau qu’on peut encore réécouter des titres comme Faking jazz together ou It’s choade my dear en imaginant l’album que n’aurait pas pu pondre Brian Jones s’il n’avait pas décidé d’aller danser avec les poissons plutôt qu’avec ses copains drogués.

On a perdu le soldat Connan

Dix ans après « Forever Dolphin Love », rares sont ceux à s’être accrochés durablement à la discographie de Connan Mockasin. Les « Hello Connan » entonnés au début du premier album par des enfants sous LSD ont progressivement laissé place à un épisode inédit de Perdu de vue. Respectant un calendrier conventionnel, le deuxième album « Caramel » fut publié deux ans plus tard, en 2013, selon ce qui ressemble à un plan marketing complètement foiré tant le disque a coché toutes les cases du succès. Pochette dans un style Mariah Carey à rendre aveugle tous les fans d’indie rock, chansons mouligasses trempées dans du Valium et déjà, un Connan fantomatique visiblement dépassé par sa propre réussite. Tentative de sabordage à la Foxygen – victime du même syndrome – ou réelle inconscience quant aux attentes que le Néo-Zélandais avait suscité avec ses histoires de dauphins chelou ? Dur à dire. Mais ce qu’on peut affirmer sans trop se tromper, c’est que la suite fut encore pire. Puisqu’il n’y en eut pas.

Devenu une égérie de mode pour les suiveurs marqués à rebours par l’effet Connan, Mockasin chercha la porte de sortie avec Soft Hair, un side project de fausse funk particulièrement réussi dont émanait un titre assez symbolique : Lying has to stop. On peut voir dans cette composition freudienne un résumé du dilemme qui occupe l’intégralité de ce papier, Connan n’étant pas prêt à tout et n’importe quoi pour enquiller les disques de trop comme Metronomy – son antithèse à bien des égards.

Mor(t)alité, quand sort finalement son énième projet B nommé Jassbusters, plus personne n’y croit. A raison, d’ailleurs, tant cette histoire de groupe fictif et composé d’enseignants écrivant de la musique pour une série nommée Bost’n’n Dobs’n s’avère moins crédible que le fait que Connan ait pondu la quasi-totalité de son premier album dans une tente indienne plantée à côté de chez lui (ça au moins, c’est vrai).

Rincé par le système, à bout de compositions rafistolées dans la forme avec des déglutitions jazz-funk à côté desquelles Steely Dan feat Lionel Richie ressemble à la septième merveille du monde, Connan arrive finalement à la fin d’une autre décennie auréolé du succès de son premier album indépassable, mais toujours sans plan de carrière. Si la fenêtre de son chef de projet ne donnait pas sur un rez-de-chaussée, nul doute qu’il se serait foutu tout entier à travers comme la Ferrari évoquée plus tôt.

C’est juste du vent

En 2021, Connan Mockasin est devenu un espoir décevant, condamné à errer dans les couloirs entre souvenirs et retour. Ca tombe bien, il en a fait deux coup sur coup. Le premier, avec son père Ade, sur l’album « It’s just wind », et publié voilà quelques semaines dans un anonymat relatif partout sur la planète. Peut-être parce qu’en dépit de vraies qualités, le disque familial écrit avec la clique habituelle (dont Rory McCarthy aka Infinite Bisous) ressemble à une énième parenthèse ; peut-être aussi parce que Connan, dès le début, avait fait le tour de lui-même et que la suite de la même histoire en encore plus lent, comme dans un film qu’on adore revoir en boucle, mais sans surprise.

 

Quant au deuxième retour, ce sera le 5 novembre avec « Jassbusters two », suite du premier volume en encore moins retentissant, et où le jazz semble avoir définitivement pris le pas sur tout ce qui faisait de « Forever Dolphin Love » un écho sous hélium au « Their Satanic Majesties Request » des Stones. Qu’y entend-on ? Des parties de guitares hésitant entre le Lou Reed de la fin des années 90 – pas la meilleure période – et plans piqués à Eric Clapton ; pas vraiment ce qu’on appelle une révolution exception faite du titre Flipping Poles, flirtant avec l’insouciance autistique des débuts.

« Comme sur le premier album de Jassbusters, les paroles ont été improvisées » dit fièrement la notule promotionnelle accompagnant le coussin sonore qu’est « Jassbusters Two ». On serait de conseiller au groupe d’en finir avec les jams sans direction, et à l’équipe de docteurs encadrant le Connan de la pochette de le réveiller. Dix ans de sommeil, cliniquement, c’est un coma.

Connan Mockasin // Jassbusters Two, sortie le 5 Novembre chez Mexican Summer.

Connan Mockasin - Jassbusters Two. Connan Mockasin.

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8 commentaires

    1. Ouesh Ouesh T’as totalement raison man même d’ailleurs si t’as tort quelle importance puisque ton karma est tous les karma convergent maintenant vers le point turgescent de la vie humaine totale. C’est fini Man il y aura pas de survivant tu dois te mettre ça dans le crâne une bonne fois pour toute avant de poster des trucs comme ça. La vie est un Face sitting Man!

    2. Ouesh Ouesh T’as totalement raison man même d’ailleurs si t’as tort quelle importance puisque ton karma est tous les karma convergent maintenant vers le point turgescent de la vie humaine totale. C’est fini Man il y aura pas de survivant tu dois te mettre ça dans le crâne une bonne fois pour toute avant de poster des trucs comme ça. La vie est un Face sitting Man!

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