Après un parcours de squat de 10 ans semé d’embuches, un « joyeux anniversaire » pour le Grrnd Zero qui persiste malgré tout à représenter la scène indépendante dans la région lyonnaise, et sans se prendre la tête. Une relation mouvementée à base de « je t’aime, moi non plus » avec la mairie, entre autres expulsions et pressentiments d’entourloupes.

Funk expérimental, électro introspectif, punk hardcore ou performances, et le tout souvent au cours d’une seule et même soirée, la programmation revendiquée par Grrnd Zero est non seulement foutraque et hétéroclite, mais elle l’est tout autant que dans les salles locales dans lesquels le collectif vient de fêter ses 10 ans hors les murs durant le mois d’Octobre. Tout un mois pour pouvoir inviter tous les contributeurs qui ont fait évoluer le projet jusqu’à aujourd’hui avec un horizon qui sort de la précarité qui constitue son histoire. Alternatif jusque dans sa communication en affichant sa programmation mais aussi celle de ses « concurrents », les détails de groupes barrés et d’événements se retrouvent dans la savoureuse newsletter hebdomadaire au bon goût Gonzo dont on ne vous saurait que conseiller la lecture.

Rencontré le cul entre la Biennale de la Danse et le festival de cinéma Lumière, trois résistants de l’initiative culturelle underground nous expliquent les aléas d’un nomadisme local qui devrait prendre fin avec la rénovation d’un nouveau lieu à Vaux en Velin.

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Qui êtes-vous ?

Individuellement dans le Grrrnd Zero nous essayons de ne pas effacer le collectif. On est nombreux, on préfère se masquer pour ne pas faire de tort à ceux qui ne sont pas présents, on n’a pas de porte-parole officiel afin de ne pas personnaliser un projet qui est avant tout une équipe. D’autant plus qu’il n’y a pas de rôle établi, on peut aussi bien faire du chantier, de l’administratif, programmer des concerts… Du coup il n’y a pas tellement de sens de se présenter : en ce moment je fais principalement de la comptabilité, c’est pas pour autant que je suis le comptable du Grrrnd Zero, on n’a pas de fiche de postes. Ça permet, dans la limite du possible que les gens se partagent les tâches, en turn over. Les contours du collectif sont difficiles à établir : il y a des gens qui viennent, d’autres qui  se mettent en retrait et reviennent ensuite…

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Qui étaient les initiateurs du tout premier squat ?

Il y a dix ans le groupe fondateur était composé d’une dizaine de personnes, un peu comme aujourd’hui dans l’effectif comme on est entre cinq, dix, quinze, vingt. C’était principalement des lyonnais actifs de la scène locale de l‘époque et quelques grenoblois : des musiciens, des spectateurs, des étudiants… Une bande de potes, au hasard d’un déménagement ou au malheur d’une salle qui fermait ont eu l’envie d’ouvrir un lieu. Il y avait très peu d’endroits qui étaient dispo pour les scènes indépendantes ou décalées que l’on représentait. Avec la fermeture de l’emblématique Café Musique (l’actuel Kraspek Myzik) sur les pentes de la Croix Rousse la ville de Lyon devait les accompagner et les aider à trouver un nouveau lieu. Mais ça a capoté. Il y avait alors beaucoup de ressentiment et une volonté de mettre les institutions faces aux promesses qu’elles n’avaient pas tenu.

Les gens de la Culture ne se sont réveillés vis-à-vis de leurs anciennes promesses qu’après le procès.

Quelle est votre relation avec la mairie ?

Au départ on a voulu pointer du doigt le fait qu’il y avait des bâtiments vides, donc on a occupé les entrepôts Brossette, entreprise de tuyauteries. En tant qu’individus au départ ils n’avaient pas beaucoup de contact avec la ville. Dès le premier jour du squat une lettre ouverte a été envoyée à tous les élus, aux responsables sécurité de la zone… C’était un squat délibéré, fait pour jouer sur les agendas et les périodes d’exclusion pour rentrer dans un bras de fer médiatisé pour que la ville ne puisse pas ignorer le débat public concernant la scène indé. Le premier rapport avec la mairie ça a donc été un procès. Comme l‘action était illégale, juridiquement on devait partir. En parallèle il y a eu beaucoup d’événements, de concerts… de l’attention portée et les gens de la culture se sont réveillés vis-à-vis de leurs anciennes promesses après le procès.

Comment définir les actions du collectif ?

Le premier truc a été d’être constructeur de lieu pour héberger des concerts. On fait de la programmation aussi mais d’autres programmateurs en font pour le Grrrnd Zero. On ne programme pas tout de A à Z. Pour nous le plus important c’est d’ouvrir un lieu avec les conditions d’accueil et de fonctionnement suffisamment agréables pour que des choses bien s’y passent. Que le public comme les gens de la scène s’y retrouvent. La plupart des lieux classiques ne sont pas adaptés aux attentes des groupes que nous programmons parce que trop chers, parce qu’il y a une programmation mainstream, trop homogène.
On voit beaucoup l’aspect concert, mais il y a aussi des locaux de répet, des locaux pour d’autres associations, de la création photo, vidéo, des labels, des bookeurs : Gaffer Records, HAK… D’autres projets gravitent, c’est un endroit où se rencontrer
De déménagement en déménagement on a eu des locaux de plus en plus grands. C’est là où on a pu accueillir d’autres projets, le projet de création et de diffusion s’est étoffé. On a une approche de l’affichage et de la com’ un peu décalée.

Quels soutiens avez-vous reçu ?

Celui du public pour soutenir et venir faire des campagnes d’harcèlement de la mairie ou du bricolage… La finalité du procès a été une expulsion mais ça a permis de faire parler et d’atterrir à Gerland. On n’a jamais eu un soutien unique, officiel et fort. Le bras de fer c’est fait parce que le public est mobilisé pour les concerts et qu’on propose des choses qui ne sont pas dans le radar des soutiens publics.

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Quel est ce nouveau lieu que vous vous offrez pour vos 10 ans ?

C’est une friche abandonnée pendant une dizaine d’année aussi, sans eau ni électricité. Le but est de transformer deux bâtiments. C’est un gros chantier, on est en phase de rénovation, construction et collecte de matériel… On espère pouvoir finir un premier bâtiment d’ici la fin de l’année pour accueillir quelques projets, déménager nos bureaux… Dans un second temps c’est un hangar de 500 m2 qu’il faudra mettre aux normes, on va passer par un permis de construire ce qui équivaut à 6 mois de démarche administrative, pour pouvoir ouvrir en septembre 2015.
A chaque fois on demande un bâtiment public vide et non utilisé. C’est à chaque fois l’aspect sécurité sur lequel on nous a fait pression pour que ça ferme. Dans le nouveau lieu on peut tout refaire à zéro et on a un peu de temps et des subventions. Dans six ans, à la fin du contrat on fera en sorte que personne ne puisse avancer l’argument (qui marche bien médiatiquement) sur le côté insalubre. On aimerait arrêter de bouger : on nous a toujours mis dans des lieux qui n’étaient pas aux normes sans nous donner les moyens de les transformer. On les a aujourd’hui, alors on fait les choses plus patiemment. Pour nous virer ça ne pourra être qu’une question politique.

Tant que les Nuits Sonores vendront l’eau, on sera là pour dire que c’est le niveau maximal de l’enfer.

Qui est le propriétaire ?

collomb-grrrnd-zeroLa communauté de commune. L’ancien lieu était au départ détenu par un bailleur privé. Il a été racheté par le Grand Lyon un an avant notre départ, qui s’est trouvé de facto le proprio responsable de notre expulsion. On a pu réfléchir ensemble à partir de ce moment-là. Ça a été une phase un peu trouble : partis à l’édition des Nuits Sonores 2013, on aurait dû commencer les travaux… Mais il a fallu négocier et se remobiliser, donc on a fait une campagne d’affichage de Gérard Colomb placardé sur du A3 et une lettre ouverte. Les élections venaient de passer, on avait du mal à les contacter, on se sentait flouer… pour attirer l’attention on a récupéré l’image de la photo de campagne en mettant un petit filtre et le logo Grrrnd Zero. Plein de portraits, une lettre en plein milieu des Nuits Sonores avec ce que ça drenne comme presse locale et nationale… Tout était concentré sur le maire alors que lui, son but ultime c’est de ne rien gérer directement, il veut être la figure patriarcale qui approuve de loin. Là il a été ramené dans le dossier directement, en trois ou quatre jours on a été convoqué, et de manière très cordiale. Cette campagne a aidé à la signature du contrat en juillet dernier avec la subvention de 300 mille euros. On maintient une preuve de notre existence hors les murs, en organisant un peu partout des concerts sur un mois. Mais on ressemble plus à une boite de BTP qu’à autre chose en ce moment.

Quels regards portez-vous sur la vie culturelle à Lyon ? Plus spécifiquement sur les Nuits Sonores ?

S’il n’y avait pas eu un terreau alternatif, les nuits sonores n’auraient pas existé. On a toujours été distant, les premières années ont été assez corrosives : beaucoup de financement, environ les trois-quarts y était injecté, plus qu’un budget annuel. On est typiquement dans la logique de gros événements, comme si l’agenda des projets locaux et implantés était insuffisant. Tant que les Nuits Sonores vendront l’eau, on sera là pour dire que c’est le niveau maximal de l’enfer. Plus ça va plus ils s’éloignent de l’ADN alternatif, c’est une discothèque éphémère.
Sur le reste de la scène, elle est active et se renouvelle. Plein de choses se passent depuis que l’on a fermé à Gerland, ça a essaimé dans d’autres squats. Des lieux ont ouverts comme le Sonic par exemple. Mais on constate qu’un certain type de concerts n’existe plus : il y avait cette jauge de 500, 600 places, plus de salles le font. Kraspec, Periscope… il n’y a pas d’hétérogénéité de la programmation et il n’y a plus la zone intermédiaire entre petits concerts et gros événements.

https://www.grrrndzero.org/
Photos : Romain Etienne Collectif item

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