Light In The Attic poursuit sa réhabilitation de l’ambient japonais des années 80 en ressortant le chef d’œuvre d’Hiroshi Yoshimura de 1986 « Green ». La bande-son idéale pour apporter un peu de sérénité dans les bunkers.

Si elle est devenue la valeur refuge des gros gamers en manque de sensations ou des petites frappes qui se prennent pour Naruto ou Sangoku, la culture japonaise a quand même de sacrées ressources. Les dessins-animés et la nourriture ayant déjà été quasiment épuisés et régurgités par la machine occidentale, la musique nippone restait – encore – quelque peu épargnée.

Longtemps resté dans la confidentialité d’une poignée de spécialistes cachés au fond de YouTube, l’ambient japonais des années 80 a connu un gros coup d’éclairage il y a près d’un an avec la publication par le label américain Light In The Attic de la monumentale compilation « Kankyo Ongaku : Japanese Ambient, Environmental & New Age Music 1980-1990 ». Il n’y avait pas de quoi faire sauter les serveurs des plateformes de streaming en termes de popularité mais quelques noms avaient déjà pu sortir du lot comme Midori Takada, Satoshi Ashikawa ou celui d’un certain Hiroshi Yoshimura.

Spécialisé dans l’exhumation d’œuvres perdues, le label de Seattle a carrément crée un sous-label appelé WATER COPY destiné à rééditer toute l’œuvre de Yoshimura en collaboration avec l’épouse du musicien décédé en 2003 d’un cancer de la peau. Considéré comme l’un des pionniers de l’ambient / new-age nippon, il symbolisait à merveille ce mouvement de « musique environnementale » et ses ramifications. Pour résumer, lui et quelques autres avaient pour mission d’amener calme et relaxation dans le Japon à l’économie rutilante des années 80 avec tout le stress que cela pouvait générer. Sous le haut patronage d’Erik Satie et de Brian Eno, ils élaboraient ainsi une bande-son idéale commandée par les marques d’automobiles, de Hi-Tech, de parfums, de maisons préfabriquées ou de défilés de mode…

Avec une formation auprès du mouvement Fluxus, le Tokyoïte forcément influencé par les maitres de chez Yellow Magic Orchestra Ryuichi Sakamoto et Haruomi Hosono débute donc comme concepteur d’illustrations sonores pour de grandes marques locales jusqu’à se faire un nom lui permettant de sortir des disques qui ne sont pas seulement des commandes. Ce qui mène à « Green », publié en 1986 et réédité aujourd’hui avec le mix original de la version vinyle devenue introuvable (la sortie physique est prévue pour le 26 juin mais il est déjà disponible en ligne).
Orné d’une pochette purement végétale avec 8 titres qui jouent sur la double lettre « EE » (CREEK, SLEEP, STREET…), le disque est une ode à la nature dans un registre totalement épuré et meilleur remède au boucan urbain. Avec cette tradition de la culture japonaise consistant à créer le beau avec le minimum de moyens possibles, l’album aurait été composé seulement avec un synthétiseur, un séquenceur Roland et un ordinateur. Pas forcément réputé pour avoir le son le plus naturel qui soit le synthé Yamaha DX7 est toutefois sublimé par Yoshimura jusqu’à le faire sonner comme un carillon en bambou.

Malgré cette simplicité au premier abord, « Green » révèle pourtant assez vite des nuances de sons insoupçonnées. S’il emprunte au début des oscillations propres au courant minimaliste, il se poursuit sur des notes traditionnelles aussi reposantes qu’une estampe japonaise fin XIXe. La mélancolie qui s’en dégage est douce et ramène à la poésie qui pouvait habiter les chefs d’œuvres de l’animation de chez Ghibli du milieu des années 80. C’est assez banal à dire mais c’est d’une beauté désarmante. Une description à rallonge n’aurait que peu d’intérêt, il n’y a pas grand-chose de plus à dire que d’aller l’écouter. En attendant de découvrir la suite de sa discographie, ça permettra d’éviter un peu de penser à la fin du monde.

Hiroshi Yoshimura // Green// Light In The Attic / WATER COPY

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