La dernière fois que j'ai croisé Graham Coxon, il me confiait vouloir « finir avec une barbe à la Rober

La dernière fois que j’ai croisé Graham Coxon, il me confiait vouloir « finir avec une barbe à la Robert Wyatt pour pouvoir faire peur aux touristes dans la campagne anglaise ». Vœu à moitié exaucé, il réapparaît aujourd’hui avec un septième opus qui fleure bon le bois et son amour pour les folkeux anglais ténébreux made in 60’s. Pour ce qui est du physique, que les popeuses se rassurent : il a toujours le teint pâle, ses éternelles lunettes à la Elvis Costello et pas de pilosité hirsute à l’horizon.

Avant tout, mettons les choses dans leur contexte. Coxon c’est la britishness incarnée. Ce truc qui redonne foi en un pays qui expose trop ses prolos déglingués, ses tabloïds crucifiant les idoles et les bobos secrètement contents de Blair et des ses suiveurs sécuritaires, les néo-libéraux de gauche. Ce petit «je ne sais quoi» que les frangins Gallagher n’ont jamais entraperçu, le regard obstrué par une connerie aussi grosse que leurs sourcils. C’est la nostalgie d’un Ray Davies, la constance d’un Paul Weller, les observations d’un Jarvis Cocker quand il ne déconne pas avec Charlotte Gainsbourg, la violence d’un Pete Townshend qui déverse avec style les frustrations des lads.

Et du style, le gentil binoclard en a collé à son ADN. Mal-ou-heureusement comme feu Ronnie Laine, bassiste compositeur des Small Faces puis des Faces, il est resté le mec sur le côté de la photo qui attend son tour dans un clair obscur médiatique, toujours fringué avec classe.

Fin de concert au Trabendo sur la tournée d’Hapiness in magazines en 2006. Les roadies remballent, pressés de se barrer roupiller dans leurs couchettes exigües. Il faut voir le manager gentiment  essayer de faire rentrer son petit monde dans le tour bus : « C’mon Graham, we have to go to Stuttgart». Lui s’en fout comme de sa première saucisse et me déballe une valise de chapeaux et casquettes en plein milieu d’un Trabendo jonché de gobelets vides d’une pisse tiédasse. « T’as vu ce feutre? Il vient de chez machin, ils font des chapeaux  depuis 1852… ».

Voilà donc un mec qui fait son boulot comme la maison qui fabrique ses chapeaux, avec sincérité et authenticité, une voix limitée souvent aux frontières de la rupture et des compétences guitaristiques qui vous donnent envie d’aller vous acheter des moufles en plein été. Ni plus, ni moins.

Evidemment, Coxon n’est pas le perdreau de l’année mais c’est bon d’aller discuter avec des artistes qui mûrissent sans dégouliner aux entournures. Responsable pour quasi moitié du succès de Blur qu’il avait lâché en plein enregistrement de Think tank pour cause de dissension musicale (version officielle), d’alcoolisme et de dépression chronique (version semi officielle), il cravache, intègre. Pendant qu’Alex James, le bassiste à la mèche, écrit des conneries du genre « la chasse à cour c’est fantastique », Coxon fait honneur à une Martin 000-28 et découvre la malle aux trésors que John Martyn et Davy Graham ont laissé traîner près des bouteilles vides.

Autant le dire d’emblée, The spinning top mérite haut la main son pressage vinyle. C’est un concept album et franchement, ça ne saute pas vraiment aux oreilles. On sent juste que le Graham s’est appliqué à sortir un album homogène et bougrement bien détroussé dont In the morning pourrait bien être le plat de resistance et November une épitaphe digne d’un pasteur anglican jouant de l’harmonium. Autour de ça surnage un picking d’exception sur Sorrow’s army, chanson anti-guerre bourrée de tact et quelques explosions électriques sur l’infantilisant If you want me.

Comme me le faisait remarquer Bester récemment, il y en a ras le cul des mecs qui veulent faire passer la pilule avec des concepts foireux, c’est devenu un gimmick de vente pour hypeux. Dans le cas de Coxon, on se doute qu’il s’agit plus d’une excentricité, d’un conte épique et désespéré, que d’un argument de refourgueur de lessive. Il s’agirait ici de la vie d’un homme qui naît, grandit, va à la guerre, meurt pour renaître grâce à Médée la magicienne (la meuf de Jason dans la mythologie grecque, qui assassine à tour de bras)  pour mourir à nouveau dans une église emportée par les flots.

A y regarder de plus près, ce n’est pas plus con que les Pretty Things et leur histoire de ballon dirigeable en flammes sur SF sorrow, album culte qui détient le copyright du premier concept album de la pop moderne chez les puristes :

« Attends, c’est carrément avant Tommy et puis Sgt pepper, ça compte pas ».

En fait, on se fout complètement de savoir si l’album sera culte dans quarante ans. De savoir si un jour une fanfare armée de guitares claviers et des puces électroniques d’auto-tuning greffées aux cerveaux reprendra Sorrow’s Army pour protester contre une guerre bactériologique. On se fout de cette manie des rock-critics de vouloir lire l’avenir pour pouvoir se faire mousser. Ca fait longtemps que le journaliste de rock ne vit pas plus au contact des groupes qu’un petit fils indigne avec sa grand-mère gaga. Une fois tous les deux ans il y va pour servir la soupe, sans grande conviction. Je pars à l’interview en espérant récupérer quelque chose à mettre dans mon assiette creuse, en réponse, c’est un PCHIT mécanique qui s’abat sur mon crâne.

Je retrouve Coxon à quarante ans, engoncé dans une veste en jean, les yeux toujours en perpétuel mouvement, comme un gamin timoré scrutant la gifle à venir. Attachant parce que jamais imbu de sa personne comme le sont les pisseux qui ont plus de quarante mille clics sur Myspace, l’homme qui avoue avec un sourire timide « se plaindre peut-être trop souvent », vient de pondre un album qui ne passera pas sur les ondes du cérumen radiophonique. Peu importe. Les sourds avides de gros beats débilisants peuvent aller se faire leur before à onze heures dans les chiottes du Baron, ici on cause folk comme celui que son pote John Peel aimait défendre avant de bouffer les pissenlits par la racine.

Alors ça lui a pris comment cet album à rebrousse poil ? « Ca fait environ quatre ans que j’ai commencé à m’intéresser au picking, j’ai appris à jouer dans le style si particulier de John Renbourn. Il y a un an et demi, j’avais déjà écrit Brave the storm et Feel alright. Alors quand j’ai composé In the morning en trois jours et que Sorrow’s army a suivi dans la foulée, j’ai vu l’histoire d’un soldat donnant sa vision négative de la guerre se tisser dans ma tête. »

Quand on lui avoue n’y avoir vu que du feu à son concept, il répond humblement qu’il n’est pas un fasciste qui dicte aux gens ce qu’il faut voir dans ma musique : « pour moi c’est clair. Maintenant tu sais c’est comme avec Odessey and oracles des Zombies, si tu veux prendre le truc en entier, tant mieux, mais c’est tout aussi bon de sortir un titre en particulier ». Il semble que l’accouchement ne se soit pas fait sans douleur avec une période de gestation plus longue qu’escomptée. « Quand tu rentres chez toi le soir après avoir ingurgité le vacarme et la tension de Londres, tu n’as pas vraiment envie de jouer du bon folk de la campagne anglaise. J’ai finalement fait deux piles de chansons, une calme et l’autre plus noisy où je pouvais balancer mes frustrations. En fait j’ai écrit deux albums. »

Soudain, une femme derrière le bar met le percolateur en marche qui va désormais ponctuer mon entretien: PCHHHHHHHHHHIIIIIIIITTTTTT

Comme toute bonne personne sensible qui n’aime pas trop cracher sa Valda, Coxon a l’air bien soulagé quand le cas de Danny Thompson vient sur la table. Peu avant, je le cuisinais (sans grand succès) entrecoupé par le bruit du maudit appareil, sur le thème de la guerre, sur son père militaire de carrière, sur la place de la femme dans son œuvre. A entendre ce simple nom, il s’agite  comme un petit malicieux. Et il y a de quoi.

Véritable pilier du folk anglais au sens propre comme au figuré, Thompson est tout bonnement membre fondateur de Pentangle (avec Bert Jansch et John Renbourn), il a posé ses lignes de  contrebasse, et plus si affinités, pour Donovan, Tim Buckley ou Talk Talk (?!). Ce coup-ci, le colosse a cachetonné pour Coxon, non sans lui avoir balancé quelques anecdotes croustillantes quand il bousculait le frêle Nick Drake à enregistrer, « le genre de gaillard qui te pousse à continuer alors que l’on joue depuis cinq heures, qui te met au défi de finir ta chanson ».

PCHHHHHHHHHHHHIIIIIIIIIITTTTTTTT

Argh! Perdu pour perdu, je pose alors la question qui dérange. Et sinon ton…

PCHHHHHHHHHHHHIIIIIIIIIITTTTTTTT.

Et sinon ton Never say never band, tu te sens à l’aise ? « Oui on va se marrer, on a répété plus de quarante titres. » Mouais et alors pourquoi es-tu retourné chez Blur ? « C’est un peu comme rentrer à la maison après un long moment, des petits trucs ont changé, les arbres et les buissons ont poussé… Honnêtement, je le fais pour l’aspect humain, l’amitié, pour les fans mais aussi pour ne plus avoir cette ombre dans mon dos qui me suit. Et puis quand tu regardes les documentaires sur Pink Floyd, que tu vois Roger Waters avec une gueule d’endeuillé, tu te dis que ça doit être un fardeau de ne pas passer au-delà des querelles, c’est très embarrassant ces choses-là ». So British donc.

En se quittant, Graham me dit qu’il a arrêté la clope, moi qui me fous gentiment de sa gueule, lui qui fumait comme un pompier. « Ne t’en fais pas, je m’y remets cet été, avec l’alcool en plus, comme tout bon maniaque qui se respecte. .. Comme ça je pourrais à nouveau me faire virer de Blur ».

Never say never. Je pars avec un PCHIT dans la tête et l’idée que c’est peut-être ce qui pourrait lui arriver de mieux, artistiquement parlant…

Graham Coxon // The Spinning Top // ADA (Naïve)

www.myspace.com/gcoxon




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