Si vous vous intéressez à la pop québécoise un peu « fuckée », alors le nom de Freelove Fenner ne vous est sans doute pas étranger. Ces anciens compagnons de route d’Homeshake sur le label montréalais Fixture records ont sorti récemment leur deuxième album intitulé « The Punishment Zone », sur le label américain Moone Records.

Si vous aimez la pop sans aspérités, alors passez votre chemin, car ce disque est loin d’être lisse.  The Punishment Zone » est un album assez particulier, à la fois doux et réconfortant comme un petit pull polaire, et délicatement étrange. Il y a quelque chose d’un peu bizarre et d’excentrique dans ce disque, sans qu’on puisse vraiment identifier ce que c’est.

Je ne sais pas trop comment vous décrire l’affaire : imaginez un bébé qu’on promène en poussette. Il fait un peu froid mais le temps est plutôt clément. Le bambin a l’air paisible, emmitouflé sous plusieurs couches de vêtements molletonnés. Pourtant, quelque chose cloche, la promenade a quelque chose de saccadée. Petit à petit, vous vous rendez compte que c’est la poussette qui pose problème. Ses roues ne lui permettent pas d’avancer normalement et pour cause : la poussette a des roues carrées. Pour moi Freelove Fenner, c’est un peu ça : la promenade tranquille d’un bébé dans une poussette aux roues carrées. Leur dernier disque est décalé, volontairement instable.

The Punishment Zone, Freelove Fenner | Le Devoir

Attention, n’allez pas croire pour autant que ces trois zigues sont des bras cassés. Bien au contraire, le groupe excelle dans l’art très périlleux de la pop dissonante, subtil mélange d’ambiances rassurantes et de contrepieds bien sentis. À l’écoute, on se sent faussement chez soi, dans un territoire vaguement familier, mais en même temps on sait bien que quelque chose ne va pas, que quelque chose d’inhabituel se trame. Un peu comme si on regardait Le Gendarme à St-Tropez en version allemande, à la télé, un soir d’été.

L’influence revendiquée de Prefab Sprout et de Cleaners from Venus se fait sentir, tout comme celle des Young Marble Giants ou de Free Design. Le groupe conjugue le côté doux et accrocheur d’artistes comme TOPS ou Stella Donnelly et le côté plus imprévisible de tout un pan de la pop granuleuse et bricoleuse qu’on aime tant, des disques de Broadcast à ceux des copains de leur ancien label Fixture Records – Phern, Moss Lime, Sheer Agony ou Brave Radar.

Il faut aimer les sucreries, certes, mais si c’est votre cas il y a fort à parier que vous vous réjouirez du retour de ce trio gracieux et créatif au cœur d’une scène montréalaise toujours aussi florissante.

https://freelovefenner.bandcamp.com/album/the-punishment-zone

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