Cette année, le festival des Trans Musicales, qu’on ne présente plus, fêtait sa 43ème édition. L’événement rennais à peine terminé, Gonzaï débute une série en 3 actes, avec 3 portraits de musicien.nne.s croisé.e.s sur place. Dernier acte avec les Londoniens de Folly Group, un groupe de jeunes gens modernes qui se distingue par leur fraîcheur au milieu d’une scène post-punk anglaise qui sent déjà le réchauffé.

Samedi 4 décembre, troisième jour, les yeux sont lourds. En même temps, il ne faut pas se plaindre quand on rentre à l’heure où les éboueurs sortent faire leur boulot. Pour changer un peu, et sans doute guidé par une envie pressente de rap, notre dévolu s’est d’abord jeté sur les concerts du 1988, un club récurrent du parcours Bars en Trans. Pour cette fin d’après-midi, ce lieu du centre-ville avait concocté un plateau rap, plus ou moins aux petits oignons. De 16 h 30 à presque 21 h, étaient prévus 11 artistes ou groupes, toutes et tous labellisés « hip-hop ». Débarqué dès 17h, la dernière étape du marathon a commencé avec un Brestois, Reynz. Premier constat : à la différence d’au moins une dizaine d’années plus tôt, cet art de manier la plume et les mots s’est tellement répandu, que désormais, le niveau général des acteurs a augmenté ; tout du moins en France. Car presque une heure plus tard, c’est la douche froide quand la Montréalaise Calamine s’empare de la scène. Dans une composition ambitieuse pour le domaine, c’est-à-dire intégrant de réels instruments au show, la maîtresse de cérémonie a littéralement pris le bouillon. Comme quoi, tout le monde n’a pas accès au Lipopette Bar.

Entre le pas mal et le plus mal, est venu se loger la prestation du jeune Sam. Rien de particulier à dire, tout comme sur l’artiste suivant, Vadek, si ce n’est que, deuxième constat : le rap — indéniablement la musique la plus populaire du moment — propose des formes d’expressions et des esthétiques tellement diverses, qu’il est difficile parfois de s’y retrouver. Avant de refermer cette parenthèse, nous verrons un dernier concert, celui du rappeur-chanteur Squidji : un condensé de rythmes et de rimes, de voix et de voies. Nous partirons le sourire aux lèvres, son album « OCYTOCINE » capturé dans notre playlist ; très agréable pour tuer le temps du trajet en navette jusqu’au Parc Expo. Toujours dans cette idée de rap, on enchaîne avec le concert de Pone ; un artiste ayant réussi à trouver son style, qui se distingue de celui de ses homologues par cette capacité a sans cesse bâtir des ponts entre le rap et le reste. Chérir un style unique qui se démarque d’un genre en plein boom… ne serait-ce pas aussi la particularité de Folly Group au milieu de ce revival post-punk que connaît l’Angleterre ?

Avec ce postulat bien en tête, on a donc assisté à la prestation des Londoniens. Contrairement à leurs collègues Blanketman — programmés mercredi et jeudi — où Goat Girl, engagés tête baissée sur cette autoroute post-punk qui, comme leurs guitares, est trop saturée, Folly Group a fait le pari des chemins de traverse, qu’ils sillonnent le pied au plancher. Un choix qui s’exprime en musique par l’exploration d’autres genres et de rythmiques originales, qui se matérialise sur scène avec l’ajout de percussions électroniques. Des idées qui font leur force et leur spécificité, dont on a bien sûr parlé lorsqu’on les a rencontrés tous les 4 avant le déjeuner.

En Angleterre, le post-punk semble connaître une nouvelle énergie avec Black Midi, Squid, Goat Girl, votre groupe… Vous aussi vous sentez ça ? 

Sean (batterie & chant) : C’est très dur de ne pas s’en rendre compte. Nous avons joué à The Windmill qui est une salle avec une histoire très connectée à ce revival et cette scène. Comme on a fait des concerts là-bas, on nous range volontiers dans ce genre, et inconsciemment les gens font la même chose avec notre musique. Nous n’avons pas décidé d’être un groupe post-punk, notre musique est le résultat de la somme de nos influences et de nos personnalités.

« Nous avons eu cette première vraie expérience de voir des gens qui dansent et qui sautent partout seulement cette année, en août ».

À la différence du public français, celui d’Angleterre est réputé pour être plus actif pendant les concerts.

Tom (basse) : C’est parce que nous buvons trop !

Kai (percussions électroniques et acoustiques) : Sortez-le !

Sean : Je crois que ça a sûrement quelque chose à voir ! Je ne sais pas, nous n’avons jamais joué à l’étranger avant, c’est la première fois, donc on est intrigués à l’idée de comparer. Pour un groupe qui a fait ses débuts pendant les confinements, nous avons passé tellement de temps à ne pas jouer en live… Nous avons eu cette première vraie expérience, de voir des gens qui dansent et qui sautent partout, seulement en août de cette année.

Vous étiez déjà tous les quatre ?

Sean : Oui. Avant août, nous avons tout de même donné quelques shows avant le premier confinement de mars 2020, ce qui était une récompense dans l’immédiat. C’était gratifiant et ça montrait que tout le travail qu’on avait fourni jusqu’ici était salué. D’un autre côté, ça pouvait laisser penser que certaines personnes avaient été enfermées pendant si longtemps qu’elles voulaient simplement sortir et profiter.

Kai, tu joues des percussions électroniques, ce qui rend votre son plus lourd, plus brut. Quand vous l’avez obtenu, vous vous êtes dit : « ça y est, on tient un truc » ?

Folly Group : Oui !

Louis (guitare) : J’essaye de me rappeler s’il y a eu un moment épique, ou quelque chose qui s’est passé pour exprimer ça… Hum, je crois que c’est arrivé pour Sand Fight, qui était une chanson pour le coup très post-punk, qui allait vraiment tout droit. Tout ça, jusqu’à qu’on se rende compte qu’on pouvait ajouter des… (rythmes) [ndlr ; il mime une rythmique avec sa bouche et ses mains]. Je ne sais pas comment tu vas retranscrire ça ! En tout cas, c’était en quelque sorte la naissance du truc. Comme tu as dit, ça rendait notre musique plus brute, et ça ressemblait à ce qu’on aimait en termes de sons : plus dans un délire rythm and bass.

Kai : Puis aussi, pas seulement du point de vue de notre disque, mais d’un angle plus général, c’est étrange… Car quand on pense au post-punk, on imagine deux guitares, une basse et une batterie, pas nécessairement des percussions électroniques ou acoustiques en plus. Je crois que c’est ce qui nous sépare des autres.

Louis : Et la façon dont on crée notre musique : tu as la batterie et ensuite tout le reste s’articule autour. C’est parce que les batteries sont fun, elles sont cool. Les guitares sont tellement ennuyantes [ndlr ; ils rigolent, car Louis joue de la gratte]. Mais bon, tu ne peux pas non plus avoir juste des batteries, même si Kai adorerait ça : c’est un délire de batteur et seuls les batteurs veulent écouter ça !

 

En plus de cet aspect, vous avez différentes influences. Peut-être une première partie avec Magazine ou The Fall ?

Louis : J’adore Magazine ! Je crois qu’avec ma guitare j’essaye toujours de sonner très new wave, particulièrement celle anglaise. J’adore le punk américain, mais je n’appartiens pas à ça. Mais oui, Magazine et Buzzcocks ont été très importants dans ma façon d’appréhender mon instrument.

Sean : Je ne dirais pas qu’on tire particulièrement nos influences du post-punk, première génération ou de nos contemporains. C’est ce que je commençais à dire tout à l’heure, je crois que notre musique ressemble à ça plus ou moins par accident — enfin je raconte ça, et Louis vient de citer Magazine et Buzzcocks… Mais pour résumer, je dirais que le son de Folly Group, c’est la somme des 25 % de chaque membre. Louis te parlait des siens, mais c’est complètement autre chose pour Tom, Kai et moi. L’ensemble donne un air post-punk, probablement parce que ça ne ressemble à rien d’autre…

Sean, tu es le 25 % dance music qu’on peut déceler dans certains morceaux ? 

Kai : Oui !

Sean : Sûrement plus que les gars ! J’adore les musiques électroniques, mais à travers le prisme des musiques originales de films, de l’ambient… ce qui me parle le plus là-dedans en tant qu’auditeur, ce sont les atmosphères et les moods que je peux entendre, les énergies aussi. Donc oui, j’adore la dance music, car ça a été ma porte d’entrée à ce genre plus vaste et expérimental de musique électronique. En ce moment j’adore ces musiques pour le sentiment d’évasion et l’atmosphère qu’elles dégagent. Ce qui n’est pas le cas en réalité avec la dance music, la « satisfaction » si je peux le dire comme ça, est différente : le son est plus lourd et il te fait te sentir plein d’énergie.

 

Pour parler de la relation avec le public, vous avez cette volonté que le vôtre réagisse de façon similaire à celui d’un DJ ?

Sean : C’est très vrai. Et c’est ce que Louis disait à propos de l’importance de nos lignes rythmiques : nous ne pouvons pas jouer de cette façon sans forcément espérer comme récompense ce retour quasi viscéral du public qui nous écoute.

Kai : Puis concrètement, ça fait une énorme différence lorsque tu obtiens justement ce genre de réactions. Parfois, tu es devant des personnes plus modérées et tu te sens un peu : « Oh… » À l’inverse, quand les gens sont vraiment dans le truc, ça te booste et finalement, qu’importe ce qu’il se passe sur scène ou à quoi le son ressemble, tu passes juste un bon moment.   

Louis : Pour rajouter un truc sur cette idée de DJ : nous voulons aussi cette cohérence, cette pureté que la musique électronique peut avoir, avec cette grosse influence du live. On ne veut pas que chaque beat soit exactement aux mêmes BPMs. Je m’en fous si une partie de la chanson a un certain BPM et qu’on augmente de 5 sur le suivant parce que Tom ne sait pas compter [ndlr ; rire général, coup de sifflet : balle au centre !]. Ces variations sont justement ce qui pousse la foule à réagir ; tous ces espèces d’accidents cool [ndlr ; on ne répétera pas ce qui a été dit à ce moment-là…]. C’est plus divertissant au final. 

Kai : Puis ça ne ressemble pas exactement au disque non plus. Pour moi, ce genre de choses rendent le live plus remarquable.  

Louis : Et c’est différent à chaque fois !

Concernant votre EP Awake and Hungry, il y a donc plusieurs influences, mais aussi plusieurs parties. Vous ne vous fermez aucune porte pour la suite ?

Folly Group : Exactement.

Sean : On a tout le temps pensé à ça.

Vous l’avez d’ailleurs enregistré dans votre appartement. C’est peut-être ce qui rend votre son si authentique.

Sean : On n’avait pas vraiment le choix ! Et j’en suis très heureux. J’ai déjà essayé d’expliquer ça en interview avant, mais… Il y a certaines imperfections, sûrement dues à la chambre de Louis dans laquelle on a enregistré l’EP. Manifestement, cette pièce n’était pas faite pour ça. Mais au final, le son du disque nous ressemble tellement, je ne sais pas si ça aurait pu être le cas en studio. C’est quelque chose à laquelle nous tenons tous les 4 et je crois aussi que cela représente une époque.

Louis : C’est intéressant, car pour les morceaux que nous avons enregistrés pour la suite, on est clairement passé à l’étape du dessus en matière de hi-fi. Ce qui est cool. En réalité, il s’agissait d’avancer.

 

Sean, tu es un batteur-chanteur, comme on le voit avec Squid ou Metronomy par exemple. C’est aussi une des spécificités de Folly Group ?

Sean : Je me rappelle, même si ce n’est plus d’actualité car notre musique a beaucoup changé depuis 2 ans, mais je crois que je nous revois parler et dire que Louis est aussi un très bon chanteur… Enfin « aussi » …

Tom : Oui c’est vrai, Louis est « aussi » un très un bon chanteur ! [ndlr ; le groupe ne laisse pas passer cette petite largesse…]

Et Kai est « aussi » un bon batteur !

Folly Group : Exactement !

Sean : Ah, qu’est-ce que je disais… ? L’idée était que je chante plus afin de libérer la guitare et la basse pour qu’ils puissent faire les parties les plus compliquées. C’était vraiment une conversation que nous avons eue au tout début de ce projet.

Tom : Pour ma part ça me convient comme ça, je ne suis pas un chanteur né !

Peut être une image de une personne ou plus et personnes assises

Vous vous êtes retrouvés sur « l’album de producteur », Posse, Volume. 1 – EP, de Joseph Mount (Metronomy) pour le track Monday avec le rappeur Brian Nasty. Comment ça s’est fait ?

Sean : J’ai grandi à Totnes (Devon), l’endroit d’où vient Jo. Je ne le connaissais pas, mais un de mes amis de là-bas, Kal Lawrens du groupe Dal

Tom : Une personne tout à fait adorable !

Sean : Je lui ai envoyé les masters de Four Wheel Drive avant qu’on ne le sorte ; il avait kiffé. Puis à travers les connexions locales de Dal, il a justement passé ce morceau à Jo…

Louis : Je crois que c’était Butt no Riffle

Sean, Tom et Kai : … [ndlr ; long silence]

Louis : Désolé les gars, je ne voulais pas vous faire paniquer !

Sean : Bref, tout ça pour dire que Kal à envoyer ce morceau à Joseph. Il a aimé et nous a contactés de façon très naturelle.

Kai : Je me souviens de ce moment avec le message de Metronomy dans nos DM Instagram…

Folly Group : Oh oui !

Sean : On était tellement nerveux qu’on se disait : « on envoie quoi ? On est bon sur la ponctuation là ? » plein de petits détails comme ça.

Kai : On a pris 3 jours avant de répondre !

Sean : Au final, Jo était vraiment gentil ; à des années-lumière de ce que tu peux imaginer d’une popstar. Mais avant de collaborer avec lui sur cet EP, nous étions déjà en train de travailler ensemble. Il a lancé sa propre maison d’édition, Hot Wave Publishing – Dal est aussi dans le coup. Donc en réalité, nous le connaissions depuis plusieurs mois avant cette histoire de Posse EP. Même avant de discuter d’une éventuelle collaboration, il nous donnait déjà des sortes de conseils. Il voulait qu’on soit au courant qu’il serait là pour nous si nous avions besoin de quoi que ce soit.

 

Encore une fois avec Monday, vous explorez un autre univers, plus « hip-hop » cette fois.

Tom : Oui, complètement.

Kai : Je connaissais Brian Nasty d’avant, et je me demandais beaucoup comment ça allait fonctionner. Mais au final, ça l’a fait, et ça nous ouvre encore tellement de possibilités supplémentaires ! On est vraiment à se dire : « les gars, on peut littéralement faire ce qu’on veut ! »

Plus d’infos sur le groupe ici.

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