Fauve « corp », qui fait grand bruit depuis plusieurs mois, vient de sortir son premier EP, « Blizzard », terme utilisé pour la routine, la nausée, la tristesse. Ecoute du blizzard, donc.

Le résultat était couru d’avance, mais il s’agissait tout de même d’attendre l’EP. L’écouter pour de vrai, juger sur du tangible. Tant de gens ne pouvaient se tromper. Et pourtant.

Les plus grands savants l’ont dit, de Public Enemy à Nicolas Jaar : ne jamais croire la hype. Parce que c’est bien plus cool, Fauve n’est pas un groupe, mais un collectif, ou corp, façon Wu Lyf ou Breton, à savoir les derniers feux de paille qui momentanément ont embrasé la hype. Projet, corp, collectif, comme les groupes susnommés, Fauve c’est aussi donc des vidéos. Comme les « pâtisseries », courts essais postés sur Youtube, seul endroit où il y a un vrai travail vidéo-musique, qui annoncent une vraie recherche, et qui ne se retrouvera pas sur l’EP « Blizzard ».

Collectif donc, qui arrive avec une idée totalement nouvelle, originale et inédite : faire du talk over. Vraie recherche de nouveau ou peur de chanter, de s’engager. La question se pose quand on voit qu’en tout point le groupe se cache derrière la normalité, tenant des propos dignes de ton meilleur copain qui a un peu trop picolé ce soir. Comme pleurer son amour perdu en écoutant Damien Saez, comme se rebeller contre la société en portant des lacets de couleurs différentes.

En bref, de la musique pour gens sans problèmes. Et le collectif de s’en défendre, d’affirmer faire des concerts pour les gens « de sept à soixante-dix-sept ans ». L’amour grand public. De la musique qui parle à tout le monde, mais plus à ceux qui peuvent comprendre, les jeunes adultes et les adultes encore jeunes, parisiens de préférence, les gens qui ont pour problème principaux dans la vie une machine à café qui a avalé ta monnaie ou une mobylette qui n’a plus d’essence.

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On peut cependant leur reconnaitre une certaine capacité à enthousiasmer. Et il faut admettre que si elle séduit les foules, la chose n’est pas mal faite, et la prose servie dans un écrin bien ficelé. La musique proposée n’est pas des plus vulgaires, bien arrangée, et nous avons bien affaire à des musiciens. Des premiers jets plus touchants ; 4000 îles, les « patisseries », avant l’engouffrement dans la brèche Grand corp(s) malade de l’indie. Alors quoi ? Il semblerait que ce ne sont pas de bons musiciens qui changent le monde, qui changent la vie. On ne peut en fait que déplorer que cette musique ne soit pas mise au service d’une cause plus grande qu’un amour tiède ou qu’elle ne déclenchera pas plus de folie qu’un weekend à l’improviste au Touquet (après tout, on a qu’une vie).

Avec cet EP, Fauve se pose comme un collectif qui n’a rien de sauvage, et qui tristement ne propose que du convenu en clamant lutter contre la routine, essoufflé d’avoir trop couru après le blizzard.

Fauve // EP Blizzard // Autoproduit
http://fauvecorp.com/

19 commentaires

  1. Un webzine d’hipster Parisianiste qui critique un groupe dit “hype qui s’adresse à des Parisiens de préférence”, la bonne blague. Ce collectif a au moins pour lui d’être touchant, contrairement à ce webzine qui pue l’autosuffisance.

  2. Je me permettrai juste de rajouter, au delà du fait que l’avis sur Fauve n’engage que son auteur, que des “parisiens” qui tapent sur un groupe “parisien”, est-ce que ça fait forcément du parisianisme ? C’est pas plutôt l’inverse en fait, à la base ? Bref, et trêve de digression, merci de relire vos vieux R&F des années 90 avec Noir Désir en couverture pour le débat Paris/province, pour le reste chez Fauve, comme chez WU LYF précédemment, c’est peut-être davantage l’engouement soudain des médias pour le projet qui rend le tout suspect. Les mêmes Fauve avec 30 amis sur Facebook et trois posts sur trois blogs à la con, la perception du groupe ne serait peut-être pas la même…

  3. On dirait du slam de bobo produit avec les sousous de papa … Du rap de Ste Enogat à la déprime prépubertaire… ça pourrait marcher…

  4. Je pense que ça servait vraiment à rien d’en faire un article; franchement Gonzaï n’avait vraiment pas besoin d’en parler. C’est con je trouve, enfin c’est dommage.

  5. Quand j’ai découvert le clip de Kané il y a environ 1 an, j’ai tout de même eu l’impression de découvrir un OVNI à la beauté aussi éphémère qu’une carrière potentielle. Juste de quoi casser trois pattes à un connard. Ce qui n’est pas si mal.

  6. “En bref, de la musique pour gens sans problèmes.”
    “2XGM”, c’est clair, c’est carrément pour les gens sans problèmes.
    Certes, c’est pas la musique du siècle, mais faut pas exagérer non plus.

  7. Tu devrais mettre des guillemets à ça, je crois que c’est pas de toi…
    ” les gens qui ont pour problème principaux dans la vie une machine à café qui a avalé ta monnaie ou une mobylette qui n’a plus d’essence.”
    ==> Vu avant ton article dans un flux de commentaires Youtube.

  8. En fait, j’essaie d’analyser les paroles de Fauve, je les comprend bien sur, mais une seule question me dérange, et je n’arrive pas a comprendre.
    Qu’est ce que la signification du “blizzard”? Que veut il dire dans les chansons de Fauve? Pourquoi emploie il aussi souvent ce mot? Pouvez-vous m’éclairer, que je puisse comprendre encore mieux la signification des paroles cordialement.

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