En voilà deux pour qui on aurait aimé s’exciter. Signés chez nos amis de Teenage Menopause et porté par de troublantes ressemblances avec Elli & Jacno, le duo venu de Montréal a composé dans sa cabane un EP qui ressemble à la fébrile maison des trois petits cochons. Un morceau épique de cinq minutes, une reprise d’Anne cherchait l’amour et le reste des cloisons qui tombe au premier coup de vent ; pari à moitié réussi.

C’est fou ce que j’aurais aimé Essaie Pas, groupe au nom improbable qui plus est accueilli au sein d’une écurie irréprochable, aux cotés de poulains cloutés tels Le Prince Harry, JC Satan ou Jessica93. Comble du comble, le duo canadien est le premier du genre à être signé par Teenage Menopause. A l’inverse des groupes précités, Marie Davidson et Pierre Guerineau flirte avec la pop cassée, les synthés et boites à rythmes typiques du son guerre froide – l’époque, pas le groupe – et nos deux ovnis se payent même le luxe de laisser batteur et bassiste au placard, ce qui est toujours une bonne chose pour celui qui désire écouter un disque tranquillement en caressant son chien empaillé quand vient le dimanche soir.
Le plus dur dans cette histoire courte – 6 morceaux, 34 minutes au compteur – c’est qu’elle commence bien, avec un titre d’une violence satinée à l’extrême, d’une beauté telle qu’on a l’impression d’entendre Siouxsee partouzant avec Armande Altaï, espèce de délire crypto-punk bagouze jusqu’au bout des ongles titillant les cordes du lyrique en s’enfonçant, mesure après mesure, au fond d’un tunnel rectal qu’on appellera, pour rester poli, de la synth-pop d’enfoirés sacrément talentueux. A l’écoute de Carcajou, le thermomètre affiche moins de zéro; nous voilà prêt à nous les geler comme pendant un hiver canadien, forcément coldwave.

La suite, hélas, n’est pas à l’avenant. A peine le temps de subir une reprise d’Anne cherchait l’amour qui permet de rapidement conclure que si Elli Medeiros a toujours chanté comme une casserole, entendre une copie est encore pire. Puis de tendre l’oreille aux quatre autres chansons médiocres mélangeant le blip blip au bruit froid des machines avec pour seules satisfactions les rares halètements de la chanteuse et cette guitare lointaine qui peine à cracher son blues blanc. On ne va donc pas s’acharner sur la bête, Essaie Pas joue la carte du dépouillement et cette mise à nu DIY a le parfum d’inachevé, de musique d’ascenseur et d’escalator qui de fait ne passera pas la postérité. Le corps de Jacno étant depuis longtemps refroidi, le papier se termine comme il a commencé : il y a un monde entre Nuit de noce et Les Nuits de la pleine lune. Les belles chansons qui vieillissent mal possèdent au moins une excuse.

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