À celles et ceux qui, l’oreille aux aguets derrière leur FAI, cherchent une radio de sauvetage, Nelly est là. Plus mélomane que Nova, moins balisée que FIP, pointue sans que ça pique de trop : la webradio parisienne exerce sa cure et sa curiosité sous toutes les latitudes, et c’est à vous convaincre que la Terre est platine.
Maintenant que me voici arrivé à l’âge où certains prophètes finissent cloués en haut de collines cranioïdes, petit bilan d’étape. Après que le sport a été le Grand Truc™ de ma dizaine, puis la musique celui de ma vingtaine, le cinéma semble s’imposer comme la marotte de ma décennie troisième. Mais tout comme je guette, nonobstant le soleil qui poudroie, le retour des Girondins en Ligue 1 et la future victoire de Paul Seixas au Tour de France, je n’ai pas donné quitus à mes appétences soniques. L’inverse eût été dommage, du reste : rien que sur les derniers mois, j’aurais raté une belle pile de disques, ceux de Water From The Eye, Robert Finley, Forever Pavot, Sharp Pins, Little Simz ou Dry Cleaning, parmi tant d’autres.
Savoir où mettre les oreilles est, pour cela, une chose fondamentale. À la question « qui écoute encore la radio pour découvrir de la musique aujourd’hui ? », je réponds donc : a minima, mézigue, grâce à Radio Nelly.
C’est grâce à elle, née en juin 2020, que des Rebby Sharp, des Noura Mint Seymali, VDB Joël, La Chooma ou encore le Marseillais Johnny Sais Quoi (et son obsédant Love on Ice) ne me sont plus inconnu·es, déniché·es, d’une onde à l’autre, dans l’entrelacs fin des fils musicaux déployés – une passementerie éclectique et élégante où les nouveaux Soulwax, Automatic et Dry Cleaning côtoient standards soul (ah, le Hard to Handle d’Otis Redding ou le I Get Lifted de George McCrae !), fredons folk et afro-funk origine Zambie, Nigeria ou Guinée-Bissau, où
le dernier Little Barrie – le très Can-ien « Electric War », avec Malcolm Catto, fait la courte-échelle à la malice de Stereo Total comme aux cantilènes andines, aux ténébrosités electroclash ou aux galvanisantes rééditions d’Habibi Funk.
Impossible d’entendre deux fois le même artiste dans la journée, sinon dans la semaine – hors morceaux playlistés. Un tango trip-hop libanais, du krautrock des landes celtes, une reprise post-punk du (Theme from) Shaft, une face B sadomasochiste de Rita Mitsouko ? L’indie-rock sauce Madchester de Bryan’s Magic Tears, le jazz rastafari de Count Ossie ? David Lynch qui fait
mumuse dans la nuit, enquillé avec le Beast de Milt Buckner entendu dans Mulholland Drive ? Le glitch-hop de Tipper enquillé avec les mélopées soudanaises de Khojali Osman, ou bien Bowie, Bourvil et Howie B dans le même nycthémère ? Il y a ça aussi en magasin, prêt à flirter avec vos tympans.
Sans oublier les émissions « Parasite » où, chaque soir à huit heures (et non à neuf, tant pis pour Jack Clayton), la sélection se fait thématique, tournant autour d’une année, d’un synthétiseur, d’un artiste et de ses influences, d’un genre musical ou encore d’un slogan mettant volontiers flamberge au vent. Sans omettre, non plus, les soirées « Fiesta Total », farandoles du groove généreusement dispensées sur les vendredi et samedi soirs – des Abranis à Cassius, de Betty Davis à Isotropofunk de Daniele Baldelli.
Avec l’également très louable A Certain Radio pilotée par le site Section 26, Nelly est un précieux viatique sonore. À rebours des playlists étriquées, des sélections à peine plus intelligentes qu’artificielles et des choix rejouant ad nauseam la tendance Tiktok de la veille, il y a toujours un, deux, dix morceaux faramineux à découvrir en se branchant, soleil au zénith ou au nadir, sur Nelly et son flux musical infamilier. De quoi ouvrir, en simultané, une ribambelle d’onglets Bandcamp pour découvrir tous ces disques sur lequel un single seul a levé un coin du zaïmph. De quoi élargir ses gammes et faire sienne cette image footeuse : si pour toute chanson qui marque, il faut un passeur décifi, alors Nelly sait multiplier les offrandes tous azimuts. Pas du luxe, vous en conviendrez, pour alléger le brouillard où prospèrent les fâcheux·ses à front de rhinocéros. Si cet entretien de l’angoisse qu’est la télévision (et les réseaux sociaux, sa dégénérescence) fabrique de l’oubli, et le cinéma, des souvenirs, que manufacture Nelly ? De la curiosité ? C’est bien possible, et c’est heureux.
Ma première question sera la plus banale qui soit : pourquoi avoir choisi ce nom-là, ce prénom-là, Nelly ?
Le « surgissement » de ce nom remonte à une vingtaine d’années, bien avant la naissance de la radio. A cette époque, je partageais mes découvertes musicales avec mon entourage en faisant des compilations sur CD. Au début, c’était assez rudimentaire : les morceaux étaient gravés les uns après les autres, sans réel souci d’enchaînement, et au verso je griffonnais la liste au stylo. Un très bon ami, avec qui je collabore par ailleurs sur des projets graphiques, m’a incité a créer des visuels et à donner un titre à cette série. Il a balancé le nom : « Les Goûters de Nelly ». Je l’ai pris au mot et, à partir de ce moment, les compilations ont eu droit à un visuel un peu chiadé, un collage numérique d’éléments variés, d’images insolites chinées sur internet. Évidemment, le titre lancé par hasard a été gardé scrupuleusement, et désormais les compilations avaient une âme, une humanité, celle de la mystérieuse Nelly qui les programmait. Lorsque bien plus tard la radio est née en prolongement de ces playlists, il m’a semblé naturel de garder le nom.
Quelle était l’idée qui a initié et rendu nécessaire, à vos yeux, la création de Nelly en juin 2020 ? Qu’est-ce qui la rendait nécessaire, à vos yeux, dans le pléthorique paysage des webradios ? Le confinement du printemps 2020 a-t-il joué un rôle ?
J’ai toujours eu cette envie de créer une radio. D’ailleurs, il y a eu des prémices : peu à peu, les compilations des Goûters de Nelly ont évolué, l’ordre des morceaux n’a plus été laissé au hasard, les pistes étaient fondues les unes aux autres et des collages sonores et des jingles ont fait leur irruption. Rapidement, je me suis trouvé à l’étroit dans l’espace des 80 minutes du CD. Au bout de quelques écoutes, je n’avais plus envie d’écouter les morceaux dans le même ordre, je voulais quelque chose d’évolutif.
Entre-temps, la manière d’écouter de la musique a elle aussi évolué : l’hégémonie du CD a été supplantée en très peu de temps par le téléchargement, le streaming. Mais j’ai toujours eu du mal avec les algorithmes des plateformes de streaming ou le fait d’écouter une collection de MP3 en mode shuffle. Pour moi, la radio offrait cette possibilité de créer la surprise tout en permettant d’instaurer une véritable atmosphère sonore en enchaînant les morceaux de manière intentionnelle.
Ce que j’ai toujours ressenti correspond d’ailleurs à un phénomène très actuel : on est dans une période où les gens sont en recherche de curation, le fait d’écouter une playlist élaborée par un être humain connaît un nouvel engouement, certainement en réaction à la froideur des algorithmes et de l’intelligence artificielle qui régissent la plupart des plateformes de streaming – tout comme, parallèlement, le retour au vinyle (et même à la cassette) se fait à contre-courant de la dématérialisation totale de la musique.
Pour autant, aucune radio, à ma connaissance, ne correspondait exactement à ce que je souhaitais créer, à l’éclectisme musical que je recherchais. Et de nos jours, mettre en place une webradio est beaucoup plus accessible à un particulier, avec un minimum de matériel, qu’il y a vingt ans. Il manquait une occasion, et le confinement du printemps 2020 l’a offerte. Je sais que pour la plupart des gens cette période a été extrêmement difficile à vivre, et convoque de très mauvais souvenirs, alors je me considère vraiment chanceux d’avoir eu ce laps de temps libre de deux mois, sans la pression du quotidien, pour démarrer le projet Nelly. Je me suis saisi de ce temps et de cette énergie disponibles pour mettre au point le système de diffusion, enrichir la base musicale, résoudre les nombreux bugs (au début des tests, la radio s’interrompait toutes les trois heures), ce qui m’a permis de lancer officiellement Nelly en juin 2020.
Combien y a-t-il de personnes derrière la webradio Nelly ? Est-ce une œuvre collective ou solitaire ? Que faisiez-vous avant Nelly ?
Nelly est d’abord une aventure solitaire mais je suis plutôt bien entouré : deux personnes très proches, Faün et De Melliaux, qui partagent avec Nelly un certain goût pour l’éclectisme, collaborent régulièrement à la curation avec des mixes thématiques, sans compter les amis et les gens de passage qui ont contribué, soit en enregistrant des voix, soit en portant une oreille acérée pour critiquer de manière bienveillante et constructive.
J’ai toujours eu cette envie de créer une radio. Quand j’étais ado, je faisais des mixes sur cassette et on créait des enregistrements de radios fictives avec les copains. Puis, à vingt ans, j’ai intégré brièvement une radio associative en Essonne. La radio avait quelques programmes locaux, mais la plupart du temps, elle retransmettait un flux musical externe qui arrivait par satellite. Un jour, la connexion satellite est tombée en panne pendant plusieurs semaines. Avec un copain, on s’est retrouvés d’un coup à devoir bricoler un programme de remplacement au pied levé. C’était complètement bancal, on découvrait les nouvelles possibilités offertes par l’ordinateur, mais c’était très formateur – le copain en question est aujourd’hui responsable technique à Radio France ! Et puis surtout, la graine était plantée.
Par la suite, j’ai été embauché pendant deux ans dans une radio nationale – concours de circonstances, le voisin de mes parents y travaillait. Ce fut une expérience abominable : la tâche elle-même (composer des écrans publicitaires) était sans intérêt et abrutissante, la programmation musicale (de la variété dégoulinante des années 70, 80 et 90) représentait tout ce que je détestais, le tout couronné d’une première confrontation avec le management brutal du monde de l’entreprise.
La goutte d’eau, c’était les airs de Pascal Obispo qui tournaient, malgré moi, en boucle dans ma tête, et qui étaient encore présents au réveil. J’ai fini par démissionner.
Je retiens tout de même de cette époque deux choses, la première étant un aperçu de l’organisation technique d’une radio, c’est quelque chose qui m’a servi pour Nelly. La deuxième, c’est la rencontre avec un programmateur musical, qui travaille aujourd’hui à France Inter, qui avait une culture très large et qui m’a fait découvrir énormément de choses. Beaucoup de classiques que je connaissais mal : Pixies, New Order, Cocteau Twins… Je m’échappais souvent pour aller bavarder dans son bureau et repartir ensuite avec une pile de disques sous le bras !
Pour parler, prosaïquement, petits et gros sous : de quoi la webradio vit-elle ? Et en vivez-vous, de cette webradio – ou bien est-ce un projet purement bénévole ? Combien de temps lui consacrez-vous, par jour ? Faut-il nécessairement cadrer cet investissement en temps, en argent, en énergie, consacré à Nelly ou bien cette exigence ne s’est jamais fait sentir jusqu’à présent ?
Le modèle économique, c’est vraiment la question du moment. Jusqu’à présent, c’est un projet qui a été totalement bénévole, en partie à perte même puisqu’il faut payer une redevance à la SACEM, l’hébergement du site internet, le serveur de diffusion, etc., mais je ne m’en souciais pas trop. Le déclic est venu quand j’ai réalisé que des gens commençaient à écouter, et que ça pourrait être intéressant que la radio se développe davantage, avec notamment des émissions plus nombreuses et plus régulières.
J’envisage donc de créer un système de financement participatif libre, tout en gardant l’accès à l’écoute totalement gratuit : dans un premier temps, pour être en mesure de régler les frais courants, d’acheter du matériel, de rémunérer les contributions et les mixes des collaborateur·trices ; dans un deuxième temps peut-être pour en vivre, mais on verra ce que ça donne.
C’est un projet qui est assez chronophage. Difficile de chiffrer exactement en heures, ça dépend des jours, mais c’est un peu comme un deuxième job ! Pour le moment, il n’y a pas eu besoin de cadrer – je parviens malgré tout à avoir une vie sociale – mais il est peut-être temps, en effet, de passer à une deuxième phase de l’aventure et de chercher une source de financement pour assurer l’avenir de Nelly !
Quel est le matériel nécessaire à la programmation et à la diffusion en continu de Nelly – machines, ordinateurs, logiciels, etc. ?
Nelly est une webradio plutôt sobre énergétiquement : l’essentiel de la diffusion se fait via un Raspberry Pi, un nano-ordinateur de la taille d’une boite d’allumettes, sans écran, avec une alimentation de 5V, qui tourne sur Linux et qui n’utilise que des programmes libres. J’ai écrit de A à Z le programme informatique qui crée le mix final diffusé à l’antenne, car rien de ce qui existait ne me convenait. Ce programme permet une grande souplesse et d’aller au plus proche de la manière dont doit sonner Nelly. Il y a également un programme de traitement de son, qui permet d’égaliser légèrement la dynamique des morceaux avant diffusion. Toute la production – de la création des habillages sonores à celle des émissions, en passant par l’élaboration de la programmation musicale et des visuels – se fait sur un ordinateur de bureau tout à fait classique, et toujours sur des logiciels libres, comme Audacity pour le montage sonore ou Gimp pour les retouches d’image.
Pas d’animation à l’antenne, aucun nom affiché sur le site, assez minimal (notamment par rapport aux informations données sur les morceaux) : est-ce une volonté consciente de conserver un certain mystère, un certain laconisme, autour de Nelly ?
Tout à fait. L’entité mise en avant, c’est Nelly, à travers les choix musicaux, et l’habillage sonore. Ensuite, la taille de la structure et le peu de gens qui y collaborent poussent à une certaine sobriété, mais si Nelly se développe, ça changera peut-être à l’avenir, et il y aura certainement plus de voix à l’antenne, sans forcément que ce soit de l’animation à proprement parler. De même, le site est assez minimal car il n’y a pas de webmaster à plein temps, donc pour le moment, on se concentre sur l’essentiel.
J’ai toujours été fasciné par l’éclectisme de FIP, et notamment leur art de l’enchaînement.
On reconnaît, dans votre couleur d’antenne éclectique et élégante (par les tops horaires, le soin apporté aux enchaînements de morceaux, la variété des styles et des horizons mis en avant, ou la présence non négligeable d’instrumentaux) des influences de l’ancien Nova et de FIP, en plus emballant. Était-ce voulu ? Était-ce des radios que vous écoutiez enfant, ado, adulte ; des radios que vous écoutez encore ? Y a-t-il d’autres radios ou webradios, d’autres programmes, en France comme ailleurs, qui vous ont servi (et servent encore) de modèle ? WFMU aux États-Unis ? NTS en Grande-Bretagne ?
Indéniablement, FIP et Nova ont été des influences. A l’époque où l’accès aux nouvelles musiques se faisait essentiellement par la bande FM, elles ont été chacune à leur manière défricheuses, et ont proposé une manière différente, beaucoup moins formatée, de faire de la radio. Ces deux aspects étaient passionnants et ont joué pour beaucoup dans ce qui m’a poussé à me lancer à mon tour. Nova a commencé à se normaliser au début des années 2000, et à passer de la pub à outrance, tout en gardant un esprit audacieux de façade. Aujourd’hui, ils embauchent des humoristes de gauche, c’est tout à leur honneur, mais je trouve tout le reste complètement inintéressant.
J’ai toujours été fasciné par l’éclectisme de FIP, et notamment leur art de l’enchaînement. On sent que chaque morceau est sélectionné soigneusement en fonction du précédent, il y a une vraie « patte » de programmation qui fait l’identité de la radio. C’est quelque chose que je souhaitais aussi pour Nelly : passer d’une atmosphère à une autre, d’un genre musical à un autre de manière cohérente, fluide, presque invisible. Contrairement à FIP, Nelly a un habillage d’antenne, des jingles, mais ces derniers viennent pour la plupart en surimpression sur la musique, pour garder de longues plages de mix sans interruption.
WFMU et NTS ? Bien visé : les deux ! Elles témoignent d’ailleurs d’un réel renouveau venant des radios internet, la première avec un côté un peu artisanal, la seconde avec un côté plus pro, dont la formule « une heure / un DJ » a d’ailleurs inspiré tout un tas de webradios dans le monde entier (jusqu’à calquer leur site internet, parfois). J’ai découvert quantité de morceaux et d’horizons musicaux en y laissant traîner les oreilles. C’est cette liberté, cette diversité, cette richesse du contenu qui fait l’identité de ce type de radios, mais on ne sait jamais à l’avance où on met les oreilles. Dans le cas de Nelly, c’est un peu différent : je cherchais une identité forte aussi, mais plus homogène, même dans la diversité. Quelque soit l’heure de la journée où on se connecte, on ne sait pas ce qu’on va entendre, mais on sait un peu quel type de programme on va trouver.
Comment sont sélectionnés les morceaux, nouveaux comme anciens, passant à l’antenne ? Sur quels critères ? Est-ce le résultat d’échanges, d’une contribution collective, ou est-ce une responsabilité individuelle ?
C’est une responsabilité totalement individuelle. Il y a beaucoup d’intuition, que ce soit pour les anciens et les nouveaux morceaux. Mais j’essaye de privilégier ce qui me semble sortir un peu du lot, pas forcément ce qui calque exactement la programmation déjà existante. J’apporte une grande attention aux textures sonores : Nelly est un mélange de chaud et de froid, de sons synthétiques et acoustiques, en essayant d’alterner le plus possible en les programmant. Quand je déniche un morceau avec une consistance sonore un peu particulière, c’est un plus.
Où vous abreuvez-vous ? Chez les disquaires ? Chez les DJs, chez vos confrères et consœurs des webradios ? En concerts ? Par des recommandations d’artistes ou des cooptations algorithmiques ? Via quels médias, sur quels blogs ou réseaux informels de fanas de microsillons ? Comment dégotez-vous des Bubble Wrap Trap, des Futurum, des Biziwungu Dieudonné ou des Chorchazade, par exemple ?
A Paris, on a la chance d’avoir des disquaires assez exceptionnels, qui offrent vraiment un contenu varié et pointu. J’ai découvert pas mal de choses dans leur bacs, oui. Je traîne souvent du côté de Pop Culture, dans le XIe, et de Balades Sonores, qui possède un fond énorme. Près de chez moi, il y a un tout petit disquaire, Bar Italia, qui a toujours des choses intéressantes, malgré la taille, et un tenancier très sympa et disponible.
Mais, évidemment, beaucoup de découvertes sont aussi faites sur internet, d’abord via des blogs ou sites que je consulte régulièrement, comme l’incroyable mine d’or qu’est In Sheep’s Clothing Hi-Fi, The Listening Post Blog, ou Tristes Humanistes qui propose des mixes et des morceaux introuvables ; des blogs qui mettent en avant de la musique d’une zone géographique précise, tels qu’African Grooves, et puis quelques blogs en français également, comme Les Oreilles Curieuses ou même le blog de la médiathèque de Rueil-Malmaison ! Ensuite, de nombreuses trouvailles sur les réseaux sociaux, et là, l’algorithme prouve qu’il y a un réel intérêt en ce moment pour le digging, quand on voit la quantité de contenu exhumé des pépites du passé.
Mais l’une des sources principales est la plateforme Bandcamp, qui, au-delà du fait qu’on peut saluer leur éthique vis-à-vis des artistes, est extrêmement intuitive et encourage la recherche et la découverte. Pour l’album de Bizimungu Dieudonné, par exemple – un des coups de cœur de l’année 2025, Nelly a diffusé les deux-tiers de l’album –, c’est là que je suis tombé dessus, avant d’entrer en contact avec la maison de disques.
Du côté de la radio, NTS et WFMU toujours, bien sûr, mais ils proposent tellement de choses intéressantes qu’il serait difficile d’énumérer quel·le·s DJs ou émissions. Je citerai tout de même les émissions d’Iggy Pop, et Freak Zone de Stuart Maconie sur BBC6, consacrée à la musique expérimentale.
Comment la programmation des morceaux se fait-elle ? Au jour le jour ou par blocs de plusieurs journées ? Entièrement à la main ou de façon (au moins en partie) automatisée ?
Pour les émissions thématiques comme « Parasite », les morceaux sont entièrement sélectionnés à la main, mais dans la journée, la programmation est en partie automatisée, même si la part d’aléatoire est extrêmement réduite. La playlist est créée chaque heure en fonction d’un grand nombre de paramètres du logiciel de diffusion qui permettent de choisir à chaque enchaînement le morceau le plus adéquat parmi plus de 30 000 titres : genre musical, tempo, année, dernière diffusion, etc. Le gros du travail est en amont, car il faut sélectionner chaque nouveau morceau et indiquer manuellement tous les paramètres qui assureront un mix fluide. Il y a également un tri régulier à faire car la base s’enrichit sans cesse, je mets certains morceaux de côté et j’en ajoute d’autres.
Nelly exprime une appétence prononcée pour les musiques extra-occidentales et pour les instrumentaux. A contrario, il y a assez peu de chansons en anglais et extrêmement peu de morceaux en français. Est-ce une volonté consciente ou la conséquence logique de l’ouverture des playlists à tous les azimuts (en termes de rotations, de genres musicaux, de pays, etc.) ?
Ce n’est pas du tout un hasard. Nelly se veut ouverte, curieuse et internationaliste : l’idée, c’est de sortir un peu de l’hégémonie de la musique anglo-saxonne et française d’une part, et de la structure pop couplet/refrain de l’autre, même si ça a malgré tout sa place dans la programmation. C’est aussi pour cela qu’il y a très peu de morceaux chantés en français, parce que Nelly privilégie un peu plus la rythmique, le groove à la « chanson ». Mais les artistes français ne sont pas pour autant exclus : Nelly passe beaucoup de Colleen, de Melody’s Echo Chamber et de Kit Sebastian, par exemple. Et plus récemment, au gré des découvertes, du En Attendant Ana, du Charlotte Leclerc, ou du Froid Dub, avec la B.O. du film Fotogenico.
Le fait qu’on soit dans l’ère du digging, que les compilations de musique nigérienne, vietnamienne ou péruvienne sortent dans tous les sens, et que de nombreux artistes méconnus en France soit réédités est à mon sens moins une cause, qu’un phénomène que Nelly accompagne volontiers.

Achetez-vous tous les disques et les morceaux que vous passez ou bien faites-vous, en partie, une sélection parmi ce que les labels vous envoient en numérique ?
Un peu des deux, mais pas en proportions égales ; les disques c’est un sacré budget ! Le fait que les labels envoient leurs nouvelles productions en numérique, c’est très pratique, et ça permet de passer à côté de moins de choses. J’essaie de jeter une oreille à tout ce que je reçois, mais je prospecte aussi beaucoup sur internet. On passe parfois des morceaux non réédités, introuvables sur les plateformes, qu’un collectionneur passionné aura uploadé sur un blog ou sur Youtube, parfois au prix de la qualité audiophile !
Avez-vous eu des échos, des retours sur la webradio ? Savez-vous si vous êtes-vous écouté seulement en France, par des francophones, ou bien votre auditorat brasse-t-il plus large ?
De nombreux retours par mail ou contacts via les réseaux sociaux, depuis un an environ, et la création de l’émission quotidienne « Parasite ». J’ai eu un mail d’un auditeur aux Pays-Bas, et je vois des connexions régulières dans quelques pays d’Europe et en Amérique du Nord, mais il est clair que la plupart des gens qui écoutent sont en France. C’est vraiment très enthousiasmant de savoir qu’il y a des gens qui apprécient, comme cette personne qui tague FIP sur les réseaux sociaux, en disant que « ce qu’ils font c’est bien, mais que Radio Nelly c’est mieux », ou cette auditrice qui envoie un message pour raconter « qu’elle dansait chez elle sur la programmation de la soirée Halloween. »
Comment envisagez-vous la suite pour Nelly ? Avec un lieu peut-être, à la manière d’autres webradios, en France ou en Belgique ?
Pour le moment, la priorité est de trouver un modèle économique qui permette de se développer de manière pérenne, ce qui permettrait d’accueillir davantage de collaborations et d’enrichir le programme. J’ai déjà quelques idées en tête mais je suis curieux de voir ce qui peut arriver au hasard des rencontres. Pour le lieu, il faut voir, c’est vrai que c’est une tendance du moment, les cafés-webradios : rien que dans mon quartier deux d’entre eux ont ouvert, dont un en bas de chez moi. Il ne faut rien exclure, mais ce n’est pas à l’ordre du jour dans l’immédiat. Je trouve ce genre de projet très chouette, mais j’évite de me jeter sur ce qui est dans l’air du temps. J’aimerais que Nelly garde une singularité.
si tu a pas de blé ecoute disco sucks cdr qui traine chez quelqes disques en l’air sans risks
OÏ WRIGHT JACK!
Marre d discaires collés sur leur cul avec cogs ni BJR, ni rien attendent les bonnes âmes qui leur rapportent tel un chien chien d croustilliantes et chères oeuvres, c + 1 metier ni un epassion c devenu d banquiers Robbers. web kills the vinyl format *
9 serrés S