On est à la bourre, certes. Malgré la flopée de chroniques, petites phrases et interview accordées à la nouvelle sensation blues-psych-soul (pioche celui que tu préfères) nommée Duck Duck Grey Duck, Gonzaï a attendu de les voir en concert pour se faire une idée plus globale, plus complète de leur musique. Bullshit, on est à la bourre OK, mais du coup, mieux qu’une chronique sur leur premier album « Here comes… », une interview dans la petite loge du groupe après leur set de première partie du groupe Two Gallants.

a4195074442_10Si Duck Duck est un nouveau groupe, son leader lui est bien connu de la sphère garage blues : Robin Girod s’avère aussi être le leader des Mama Rosin et le fondateur du label Moi J’Connais Records. Lui et Reverand Beat-Man (patron de l’excellent label Voodoo Rythm) représentent les têtes de gondoles de la scène Suisse, et plus particulièrement de Genève. C’est donc l’occasion d’évoquer l’identité blues qui règne chez tous les groupes issus de ce pays alpin, devenue le petit Memphis Tennessee des années 2000.

Puisque j’avais eu deux interlocuteurs pour caler cet entretien avec le trio genevois, il y eut comme un couac. Prévue initialement à 21H, j’avais décalé à 21h30, comptant ainsi prendre le temps d’une pinte avec ma pote entre le concert et le boulot (car oui, ça reste du travail). Mais l’info s’est perdue. Quand j’arrive, les mecs n’attendent plus, ils viennent de passer commande au resto pour se taper une entrecôte, prévoyant sans aucun doute de vitupérer contre Gonzaï pendant tout le repas « La nana n’est même pas venue quoi ! Pfff… j’hallucine. Allez, ressers-moi un verre ». C’est donc avec un air contrit que je les arrache à leurs amis et assiettes bientôt pleines. Nelson, Pierre-Henri et Robin s’installent de bonne grâce autour du dictaphone pendant que je cherche sans succès des pastilles à la menthe pour masquer l’odeur de houblon.

Gonzaï : J’ai lu que votre album était issu d’une session studio improvisée de trois jours, qui a si bien marché que vous en avez fait un disque, et donc un groupe qui n’existait pas avant ça. Ça s’est vraiment passé comme ça?

Robin : La vérité, c’est qu’on existe depuis un moment, mais la forme officielle avec le disque, elle est récente c’est clair. On joue depuis des années. On a d’abord joué à deux, puis à quatre…c’était un peu hybride au début. On a fait la première partie de Nick Waterhouse à Genève lors de sa première tournée, avec deux potes qui faisaient les choristes. Puis on a repris un truc plus blues, c’est comme ça qu’est sorti le morceau Mexico.

Nelson : À la base, on a composé ça pour une vidéo de snowboard, parce que mon frère fait du snow et qu’on voulait depuis longtemps faire un truc ensemble. Comme la session studio a été hyper efficace et a abouti à plein de morceaux, on s’est dit qu’il fallait qu’on en refasse. L’album s’est créé en trois sessions d’enregistrements de trois jours.

Robin : Moi j’arrivais d’un concert la veille avec les Moriarty, j’avais pris le train, j’étais dans les vapes…on a joué les morceaux un peu dans la brume comme ça. On les a joué pour la première fois dans le studio et on les a gardé tel quel.

On n’est plus de la génération des guitar héro.

G : Et pour les paroles, ça se passe comment… ?

Robin : Tu l’auras peut être remarqué mais c’est pour ça que parfois les textes se répètent… !

G : Quand bien même, c’est un peu chaud non ?

R : Bah on n’est plus de la génération des guitar héro. Déjà, on n’a pas de thunes. Et puis on aime trop l’énergie jazz des années 40’ – 50’ où les mecs arrivent en studio et ça sonne à mort. On s’est retrouvé à jouer des morceaux sans savoir ce qu’on voulait faire et surtout pas pour faire un disque. C’est ça qui est cool.

G : En tout cas à vous trois c’est le tiercé gagnant, « Here Comes… » connaît un gros succès d’estime, vous avez des papiers dans tous les sens, même dans Télérama

R : Ouais, on a eu trois lignes dans Télérama, mais trop bien vues ! Moi, j’ai connu la catastrophe en France avec Mama Rosin, même si on a beaucoup tourné ailleurs. Ici, ça a hyper mal marché, on n’a pas vendu de disques. Quand on faisait des tournées avec le John Spencer, les gens trouvaient qu’on était trop moches avec notre banjo. Quand on jouait avec Moriarty, là on était trop punks…Bref, ça n’a jamais collé. Là, tout d’un coup, les gens s’y retrouvent. Il y a cette touche un peu surfy, soul, et le disque a vachement vite pris. Le type de France Culture a dit un truc super : « c’est un bande de branleurs ».

PH : Dans le texte, c’est Luc Frelon qui disait « ils ont un petit côté un rien branleur ».

R : En fait, il nous disait qu’il en avait marre d’écouter des disques trop bien foutus. Alors qu’en nous écoutant, il avait l’impression d’être dans notre cuisine, de nous regarder en train de triturer les trucs. C’est génial qu’il l’ait vu comme ça parce que c’est exactement ce qu’on veut !

Le blues, c’est en train de devenir l’indie rock non ?

G : Vous pouvez nous expliquer pourquoi presque tout le bon blues actuel vient de Suisse ? [Ils éclatent tous de rire.]

R : Alors c’est ma passion en ce moment de parler ça. Je dirais qu’on aborde le blues, mais ça ne veut pas dire grand chose à part que c’est black… Je pense qu’on a tous un peu du blues en nous. Ce qui est super en Suisse, c’est qu’on n’est pas connus, donc on peut faire tout ce qu’on veut. On a pas du tout de pression et du coup il y a plein de groupes qui germent. Même chez les p’tits gars de 18 ans, y a des cultures de dingues et personne ne se dit « putain faut que je monte à Paris jouer à la Maroquinerie ». Ils jouent dans des squats et ça créer une force quoi. Puis, il y a dix ans ça a été la grande époque Voodoo Rythm. Énormément de groupes sont venus de là, ça a permis beaucoup de choses. Grâce à ça, plein de groupes existent en Suisse, comme les Come’N’Go.

G : Sûrement, mais ce qui nous parvient, c’est vraiment très marqué blues. Et puis vous jouez au festival Les Nuits de l’Alligator…

R : Ouais mais ça nous échappe cette couleur tu vois. Peut-être que blues, c’est en train de devenir une manière de parler de l’indie rock ?

PH : On fait pas vraiment du blues !

R : Non mais on va laisser dire ça parce que…en tout cas pour nous, non.

N : C’est vrai qu’on a quand même tous écouté des bluesmen à un moment donné. Beaucoup de jazz avec Robin aussi. Notre son, c’est la somme de nos influences à tous les trois. Mais le blues, c’est peut-être devenu une manière de faire du rock un peu groovie aussi. C’est tellement large…

R : Pareil pour le psych, tout est psyché !

G : Robin, tu as monté ton label Moi J’Connais Records en 2009, alors que Voodoo Rythm existait déjà et sortait plein de groupes du même genre. Ça fait pas un peu doublon ?

R : À l’époque, VOODOO Rythm se cassait la gueule. Les instances musicales types SACEM lui tombaient sur la gueule avec des histoires de droits qu’ils n’avaient pas trop payés… A ce moment là, on s’est dit avec les Mama Rosin que si on voulait sortir un disque, bah on allait devoir le faire nous-mêmes. Finalement, le Voodoo n’est pas mort et on a sorti un disque chez eux, mais on a eu envie de continuer à faire des disques et essentiellement des rééditions.

PH : Et puis c’est pas vraiment la même identité.

N : C’est génial qu’il y ait plusieurs labels et groupes en Suisse qui apportent de la diversité. Sans se faire concurrence. Entre nous et Beat-Man, ça n’a rien à voir.

G : Beat-Man. Génial, mais il a l’air si fou !

En Suisse, y a un gros racisme anti-français ! […] Les fachos genevois veulent vous crever les yeux.

G : Pour en revenir à Duck Duck, pourquoi ne pas l’avoir sorti sur ton label ?

R : Déjà parce qu’on a sorti pas mal de groupes actuels du genre Mama Rosin, Hell’s Kitchen, Adieu Gary Cooper… Et on en a pas mal chié parce qu’on avait envie de les pousser mais les distributeurs, quand ils voient écrit blues garage années 70’, ils t’en prennent 300, voire 40 parce qu’ils en ont rien à foutre. Donc c’est beaucoup de boulot pour ne finalement pas être écouté comme on l’aurait aimé.

N : Et puis c’est plus sain aussi de pas le sortir sur son label.

R : Carrément, du coup j’avais envoyé les morceaux à Beat-Man mais ce n’est effectivement pas son son donc il voulait le remixer. Puis Casbah Records a envoyé un mail super enthousiaste et je pense qu’ils ont vraiment contribué au succès du disque. Sold out en deux semaines…wouah.

N : Et comme ça on avait les deux réseaux : Casbah et Moi J’Connais.

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G : Et sinon, le racisme anti suisse, ça va, vous le vivez bien en France ?

Tous : Euh…on l’a pas senti.

Nelson : Par contre en Suisse, y a un gros racisme anti-français ! C’est horrible. Genre vous venez nous piquer notre travail et tout. Les fachos genevois veulent vous crever les yeux. Mais c’est quoi le racisme anti Suisse ? C’est par rapport aux banques et tout ?

G : Ah non pas celui-là ! Je parlais juste des moqueries sur l’accent, les conneries quoi.

R : En tout cas, quand on nous demande d’où on vient, on leur dit qu’on est genevois, ça crée une curiosité, un étonnement.

PH : Mais c’est vrai qu’on est moins représenté dans les médias français que les Belges. La scène musicale belge fait vachement parler d’elle ici.

N : Tu peux dire des groupes suisses, célèbres ?

R : Ce qui est super, c’est que quand on tourne en Belgique, on se tombe dans les bras parce qu’on vit la même chose. Tu vas à Liège ou à Québec, c’est la même. Solidarité dans la francophonie ! On vit ça maintenant mais ça va bien s’arrêter. Les groupes suisses, ils méritent de tourner aussi.

G : Et ils le font, non ?

R : Très peu ! Par rapport aux autres pays genre Allemagne, Autriche, Italie ou ce que tu veux…en France, très peu. Avec Mama Rosin, on a fait 20% de notre carrière en France et c’était jamais très bien. J’exagère un peu, y a eu plein de trucs cools à Toulouse par exemple, mais la scène garage est excellente là-bas.

G : Bah oui, Toulouse et Bordeaux quoi.

R : Exactement. D’ailleurs là on est train de se préparer des petites dates avec le nouveau groupe de Magnetix, Avenue Z (nouvelle formation avec un ex Catholic Spray, NDLR). Non mais moi j’adooooore là-bas. On y a vécu des expériences de ouf. Puis ils ont trop de bons groupes, les anciens Shiva and the Dead Men par exemple, maintenant il y a les Dividers que va sortir Casbah, avec un ancien Shiva d’ailleurs.

G : Un message à Gonzaï ? Genre « ça fait cinq ans qu’on vous fait signe et on a pris que des vents » (ce que Robin m’avait glissé sur le chemin vers leur loge) ?

R : Nan mais c’est cool que vous soyez là. C’est bien aussi un peu de fraicheur.

PH : Ouais mais là on va vraiment manger froid…

Parfait, on restera sur cette conclusion auto promotionnelle : chez Gonzaï, on est frais.

Here come…. Duck Duck Grey Duck // Casbah Records
https://duckduckgreyduck.bandcamp.com/

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