S’il y a bien une chose apparue ces dix dernières années, avec le Covid-19, la mort symbolique d’iTunes, l’explosion du streaming et l’éternel retour du vieux vinyle, c’est bien la fascination pour les documentaires pop. Souvent axés sur des sujets obscurs qui peuvent se révéler brillants ou absurdes, tour d’horizon de quelques objets pop à découvrir, redécouvrir ou à éviter pour vos soirées de couvre-feu.

Oasis: Supersonic – Mat Whitecross – 2016. 

« Oasis, c’est comme une Ferrari : superbe à regarder, mais dure à conduire ». Ce qu’il y a de bien avec les Mancuniens, c’est qu’avec eux on est sûr de bien rigoler. À bien y réfléchir, les frères Gallagher comptent même parmi les meilleurs compteurs d’histoires – et souvent les plus drôles – avec Christophe Hondelatte ou Pierre Bellemare. Et quand il s’agit de la leur, d’histoire, c’est palace quatre-étoiles. Interrogés séparément et en voix off, Noël et Liam narrent leur récit pour les réalisateurs du docu Amy. Des débuts au chômage dans leur maison familiale avec « Maman » jusqu’au giga concert de Knebworth, tout y passe : la oasis-mania, la cocaïne, la Rolls-Royce couleur chocolat, les anoraks boutonnés jusqu’au menton, les bastons sur les ferries avec des hooligans, le rock‘n’roll et l’arrogance élevée au rang de profession de foi. Doté de fantastiques images d’archives, les deux frères ennemis y paraissent tour à tour arrogants, drôles et fascinants, mais ce documentaire arrive surtout à révéler leurs failles touchantes. Live Forever.

Anvil: The Story of Anvil – Sacha Gervasi – 2010

Ce film a connu un succès en salle et a beaucoup œuvré – avec Dig ! et Sugar Man – pour faire grandir le goût du public en documentaires pop. Le parfait exemple du docu basé sur des inconnus et construit sur un rise & fall touchant. La story d’un groupe canadien de heavy métal de seconde zone qui a connu son succès dans les 80’s et qui tente de revenir des années plus tard. Ou plutôt, le groupe n’a jamais réellement raccroché et c’est ce qui est touchant dans tous ces documentaires : Ils font des petits boulots, n’ont plus de mutuelles, sont has been, mais ne s’avouent jamais vaincus. Les documentaires les plus réussis sont souvent le fruit du hasard : Sacha Gervasi, le réalisateur, est à l’origine un scénariste successful qui bosse pour Hollywood – Spielberg, Tom Hanks excusez du peu – qui se retrouve par hasard dans un bar à observer ces deux vieux mecs d’Anvil brailler devant huit personnes. Adolescent, Gervasi était un métal kid fan du groupe. Armé d’une simple caméra, il décide de traîner avec eux et raconter leur histoire très intime et attendrissante. Le prochain projet de Sacha Gervasi est un biopic sur Boy George.

Last Days Here – Don Argott and Demian Fenton – 2011

Sorti quelques mois après le succès d’Anvil, ce documentaire suit le même schéma en étant plus sombre voire glauque. Moins axé sur l’humour ou sur la relation humaine, Last Days Here est un portrait ultra-intime de Bobby Liebling frontman des obscurs Pentagram – un groupe qui était Black Sabbath avant Black Sabbath. Une œuvre sur les laissés-pour-compte : à presque 60 ans, Bobby squatte le sous-sol de ses parents, est marginalisé, a connu la prison puis devient accro au crack. Un junkie précarisé sur son matelas dégueulasse qui tente avec beaucoup de difficulté de reprendre le contrôle de sa vie. L’exemple du gars talentueux qui n’a pas eu son ticket d’or pour le train du succès. Le seul film où l’on peut observer les membres du groupe Pantera jouer l’assistante sociale pleine d’empathie.

Amazing Grace – Aretha Franklin – Sydney Pollack and Alan Elliott – 2019

Pendant des années, j’ai écouté religieusement ce double disque d’Aretha Franklin enregistré dans une église à Watts, Los Angeles, un soir de 1972. Je le tiens pour un de mes disques de chevet, un des plus émouvants, blablabla. Ce que je ne savais pas, c’est qu’à l’origine, cette performance avait été filmée – par Sidney Poitier, ce n’est pas rien -, mais les bandes sont restées dans les cartons pour des raisons inconnues. Quarante-six ans plus tard, ça sort enfin : le choc, les larmes, le chocolat chaud.

King of Kong – Seth Gordon – 2007 

Je le place là, tellement mon envie de partager ce monument avec vous est forte. King Of Kong raconte l’histoire de Steve Wiebe, père de famille dans un bled de l’État de Washington, au chômage et dépressif, se questionnant sur son existence. Pour redonner un sens à sa vie, il trouve une vieille borne d’arcade du jeu Donkey Kong et s’attelle à relever le challenge du championnat du monde : faire péter le meilleur score de l’histoire à ce jeu ultra-technique – un gorille qui se balance et qui doit éviter des barils. En face : le tenant du titre depuis des années, l’imbattable Billy Mitchell. C’est l’un des meilleurs méchants de l’histoire, entre Darth Vader, le gars de No Country for Old Man et Eric Zemmour. Billy est le tenancier d’un restaurant dans la vraie vie et voit d’un mauvais œil qu’un minable inconnu veuille le déstabiliser. C’est un des documentaires le plus drôle et superbe qui existe. Une sorte de real Rocky, mais dans l’univers intriguant de la borne d’arcade rétro. C’est aussi plein de rebondissements, du suspense à vous couper le souffle et une immense histoire humaine : les enjeux de Par-Delà le Bien et le Mal de Nietzsche avec un gorille Nintendo qui se nourrit de bananes pixellisées.

The Beatles: Eight Days Week – Ron Howard – 2016

Projet mastodonte ! Quand le réalisateur d’Apollo 13 et de Da Vinci Code décide de se frotter au genre documentaire avec les intouchables Beatles : on lui ouvre grand la porte des archives secrètes des Fab four. Pendant plus de deux heures, on se retrouve immergé dans cette folie Beatlemania. Pas seulement aux États-Unis ou en Europe, mais partout, du Japon en Australie, on assiste aux mêmes scènes d’hystérie : aéroports pris d’assaut, des centaines de culottes jetées, des concerts joués dans des stades de baseball sur de tout petits amplis, les fuites en voiture pour échapper au zombies-fans, les escortes de flics avec le gyrophare à fond les ballons. Le tout, pour quatre Anglais pas très beaux qui se demandent constamment qu’est-ce que c’est que ce bloody bordel. Est-ce que ce monde est sérieux ?

David Crosby: Remember My Name –  A.J Eaton – 2019.

Avec David Crosby, on pense que l’on va se marrer : une trajectoire de hippie qui joue de la guitare pieds nus, la contre-culture, l’alcool, le crack, la prison, un duo avec Phil Collins, le succès dans les stades. Bref, on flairait réunir tous les ingrédients d’un documentaire de plus sur la décadence des rocks stars, ces héros modernes qui ont touché le fond de la piscine dans leur pull bleu marine et se sont relevés. Que nenni, mais alors pas du tout. Erreur sur toute la ligne avec ce film qui se révèle beaucoup plus profond. Bien qu’étant traversé par la personnalité new âge de Crosby, c’est peut-être le documentaire le plus sombre de cette liste. Une œuvre sur les échecs de la vie, les regrets et les confidences sans filtres d’un homme de 78 ans, aux portes de la mort et qui en a peur.

The Defiant Ones – Allen Hughes – 2017

Une série de documentaires qui raconte le destin de deux personnes que tout oppose, mais qui vont se retrouver liées par l’amitié et les affaires : Dr Dre et Jimmy Iovine. Soit la culture Bruce Springsteen-Patti Smith d’un côté et celle de 2Pac et Eazy E de l’autre. Une fresque magistrale de dix heures sur l’évolution de la culture musicale américaine – et donc mondiale – qui part des débuts des enregistrements du rock dans des studios analogiques avec Fleetwood Mac jusqu’à l’apparition d’iTunes, de la musique alternative, YouTube, Eminem, les casques Bluetooth, les meurtres et les cadavres du gangsta rap ou encore l’autotune.

When You’re Strange – Tom DiCillo – 2010

Avec le temps, les Doors de Los Angeles traînent bizarrement une réputation un peu bohème, pleine de poésie un peu nunuche pour lycéens. Ce documentaire est enfin là pour réparer cette erreur et Jim Morrison y apparaît enfin pour ce qu’il était : un Sex Pistols hippie incontrôlable qui voulait foutre l’Amérique à feu et à sang. Au programme : arrestation sur scène, transe collective, leader déviant, FBI, expérience cosmique dans le désert mexicain, ACAB, du sang, des filles, de la mescaline et des pantalons en peau de serpent. Un tueur de pères doublé d’un baiseur de mère. « Whoop ! Whoop! Assassin de la police ! »

Rolling Thunder Revue: A Bob Dylan Story By Martin Scorsese – 2019

Netflix, c’est assez déconcertant. Alors qu’on pense qu’ils n’arrêtent pas de balancer sur leur plateforme des séries sur des cartels/cocaïne/braquage de banques ou des projets à base d’adolescents/sorciers des campus aux pouvoirs magiques, ils sortent en grande pompe et tout fier d’eux un documentaire de plus de 2 h 20 sur une tournée oubliée de Bob Dylan de 1975 réalisé par Martin Scorsese himself. Pas sûr que l’audience adolescente en soit la cible – ils ne connaissent ni l’un, ni l’autre -, mais les vieux rockers, eux, saluent l’effort. Les darons fans d’Éric Clapton seront donc ravis, mais le verdict est que c’est trop long, à moitié bien et à moitié chiant. Sorry, Bob.

Bleu, Blanc, Satan – Camille Dauteuille & Franck Trébillac –  2017

J’ai bravé le froid d’hiver pour me retrouver dans un cinéma du côté de Porte des Lilas – si mes souvenirs sont bons – alléché par l’avant-première de ce projet : un documentaire sur la scène black metal française, celle des origines pré-internet des années 90. Un mouvement situé largement en province, où des adolescents s’ennuient, traînent dans les cimetières en hoodie noir, réalisent des fanzines photocopiés et vendent des disques par correspondances. Une œuvre de qualité à l’époque où la branche française de Vice proposait encore des sujets artistiquement ambitieux.

What Happened, Miss Simone? – Liz Garbus – 2015

J’ai un rapport particulier avec Nina Simone parce qu’elle a fini sa vie dans un petit bled tout près de là où j’ai grandi : Bouc-Bel-Air, quelque part entre Marseille et Aix-en-Provence. Quand elle est décédée, l’évènement a même fait la une du journal régional La Provence. J’avais un ami au collège dont le grand frère, pompier, était intervenu à son domicile pour constater sa mort. Je ne savais pas qui elle était. Dans les années 90, Nina Simone était connue grâce à une musique de pub pour Chanel, et c’est à peu près tout. Cela n’intéressait personne. Évidemment, des années plus tard, on en sait plus sur ce monument de la musique d’après-guerre. Ce documentaire nous éclaire sur son parcours atypique, hors-norme et captivant où se mêle violence conjugale, talent pur, rapport de couple malsain, maternité, militantisme, chasse aux sorcières et maladie mentale. Qu’est-ce qui a merdé, Nina ?

Beastie Boys Story – Spike Jonze – 2020

Ce docu a été mal reçu par les critiques. Après visionnage, je ne comprends pas trop pourquoi. Les survivants des Beastie Boys ont tenté un dispositif innovant : une présentation du genre Keynote avec PowerPoint géant devant un public. Cela donne un effet stand-up américain et, même si les blagues semblent trop écrites, on sent une réelle émotion des deux New-Yorkais à partager leurs vies. Et des anecdotes à raconter, ils en ont plein…

Kurt Cobain : Montage of Heck – Brett Morgen – 2015

Documentaire très intime sur la star dépressive de la génération X qui contient de très nombreuses images d’archives (même de la pellicule Super-8 où apparaît le bambin Kurt) et des témoignages de ses proches – son père, carrément. En dehors de la structure du récit, ce long métrage interroge également sur notre voyeurisme vampirique à l’égard de nos pop-stars préférées : les images très intimes filmées au caméscope du couple Kurt-Courtney enfermé chez eux avec des traces d’aiguilles dans les bras nous plongent dans l’embarras et accentuent cette scopophilie morbide.

Lemmy – Wes Orshoski and Greg Olliver – 2011

On a tous été choqués de découvrir à travers ce documentaire dans quel bordel était l’appartement de Lemmy, et qu’il y passait aussi ses journées à jouer aux jeux vidéo. En dehors de ça, c’est le formidable portrait d’un type qui a voué sa vie au rock’n’roll (« Dans la vie, il faut faire des choix, entre fonder une famille et le rock’n’roll, j’ai choisi le rock’n’roll »). Motörhead n’était pas très aimé des critiques et il faut attendre 40 ans avant de se dire que c’était un grand groupe. De grands moments d’émotion quand il évoque sa période Hawkwind (« S’ils ne m’avaient pas viré, je serais encore avec eux aujourd’hui ».) puis des confidences profondes sur la paternité. Ça et ses mythiques mini shorts en jean. Je vous recommande de le regarder jusqu’à la fin : pendant le générique, ils ont monté toutes les blagues foireuses que Lemmy n’arrête pas de raconter à longueur de journée. Le gars c’était un peu Les Grosses Têtes de RTL avec beaucoup de Jack Daniels.

God Bless Ozzy Osbourne Mike Fleiss, Mike Piscitelli – 2011. 

Idem, mais avec Ozzy. Spoiler : Signe de maturité ultime, il se décide enfin à passer son permis de conduire.

Whitney: Can I Be Me – Nick Broomfield – 2018. 

Plus les stars sont populaires, plus leurs chutes sont douloureuses. Dans le showbiz, pas de golden-parachute, tu te casses les dents et personne ne va t’aider à les ramasser. Le rise & fall le plus tragique et vertigineux : de chanteuse psalmodiant l’hymne américain à la finale du Super Bowl enlacée dans un drapeau, Houston finit des années plus tard par fréquenter des motels glauques pour fumer du crack. Entre les deux : le grand roman américain, la chute de l’Empire.

The Possibilities Are Endless – Edward Lovelace and James Hall – 2014

No Fun. Edwyn Collins était une pop star d’envergure qui passait à Top of the Pop dans les années 80 avec son groupe Orange Juice, connaissant ensuite une carrière solo ponctuée de hits – « A Girl Like You » dans les 90’s. En 2005 il est victime d’un AVC terrassant qui le laisse à l’état quasi végétatif. Les premiers mois, il arrive à seulement prononcer quatre mots : « oui », « non », le nom de sa femme ainsi que cette phrase énigmatique – « the possibilities are endless ». Pire, cet accident lui a causé de lourdes amnésies qui ont effacé une partie de sa mémoire et qui ont causé des dommages physiques. Un handicap qui se traduit aussi par des problèmes d’élocutions majeurs et une difficulté à s’exprimer clairement. Jamais voyeuriste, cette œuvre magistrale et très personnelle nous guide sur la reconquête des souvenirs et des émotions d’Edwyn et laisse une grande place à l’amour, l’empathie, la rédemption par l’art. C’est surtout le portrait d’un couple uni dans cette épreuve et qui se bat pour la rémission. Élu meilleur film musical de l’année 2014 en Angleterre.

Matangi/Maya/M.I.A Steve Loveridge –  2018

Oui, ça raconte la carrière de M.I.A: de l’underground anglais à la finale du Super-Bowl avec Madonna. Cela nous décrit aussi son processus créatif et son background. Mais pas que : ce film interroge avec une rare pertinence la question du militantisme dans la pop. De The Clash, U2 en passant par Rage Against The Machine : quelle place pour aborder les sujets politiques ? Ou plutôt, la bonne question ici : Est-ce que l’on peut-être une pop star sur MTV avec des chaînes en or tout en abordant des sujets délicats sur les réfugiés ou la guerre ? À vos stylos, vous avez 90 minutes.

The Allins – Sami Saif – 2017

Ca commence par une horde de fans se rendant sur la tombe de GG Allin afin d’uriner dessus. Oui, c’est un documentaire sur le punk-rocker le plus extrême de l’histoire. Le réalisateur Sami Seif a eu l’idée de ce documentaire en découvrant par hasard que la mère de GG Ali, Arleta Allin, n’était pas une accro au crack, mais une grande mère catholique du New Hampshire tout ce qu’il y a de plus adorable. Comment GG est-il devenu ce monstre ? Maladie mentale ou famille dysfonctionnelle ? À vous de vous faire une idée, mais – attention – âme sensible s’abstenir. À noter que le Sami Seif réalise des documentaires sur des sujets toujours dérangeants de la pop culture : on lui doit The Video Diary of Ricardo Lopez où il revient sur l’histoire de ce fan de Björk qui a envoyé un colis piégé à l’acide destiné à tuer la chanteuse islandaise avant de se donner la mort…

Steve Aoki: I’ll Sleep When I’m Dead – Justin Krook – 2016

Ah ! Celui-là est intéressant parce qu’absolument dégueulasse. C’est Spinal Tap version Techno-EDM. Ce portrait suit la carrière de l’épouvantable Steve Aoki, fils de businessman dont l’ombre est omniprésente. Une carrière qui prend une forme de course au libéralisme et au grand n’importe quoi. Un monde où l’apport artistique est complètement absent au profit des chiffres, de la surenchère, du profit et des algorithmes. Debout sur ses platines Pioneer qui jouent toutes seules sa clé USB, le DJ lève les bras devant 90 000 personnes puis il leur lance des tartes à la crème avant d’ingurgiter une canette d’energy drink devant la caméra. Un bon résumé de l’état de la musique dans les années 2010.

I Am Thor – Ryan Wise – 2016 

« Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissaaaante ! » Évidemment, c’est encore construit sur un canevas rise & fall mais – bon Dieu, Christ roi de l’univers – quel magnifique sujet ! Dans les années 80, Thor a sorti des disques de heavy-glam rock assez horribles qui aujourd’hui méritent toujours d’être achetés rien que pour leurs pochettes. C’est une espèce de culturiste (40 titres de bodybuilding) à la permanente peroxydée, maquillé comme une pute d’Europe de l’est dont l’univers musical se situe à mi-chemin entre Kiss, Ziggy Stardust et les Maîtres de l’Univers. Thor a eu son petit succès au début et puis, of course, c’est la dégringolade. Ce docu suit le très attachant Jon Mikl Thor dans sa galère et, au fond, on adore les voir galérer, nos petits freaks de la pop culture. Un petit bijou, en attendant celui sur Manowar.

Gaga: Five Foot Two – Chris Moukarbel – 2017

L’exemple parfait du mauvais documentaire. Encore plus manipulateur que Gérald Darmanin, Lady Gaga joue la carte action ou vérité. La fausse promesse d’un récit où on s’approche au plus près de l’ARTISTE, ses souffrances, ses états d’âme-Éric mais où tout est savamment mis en scène. Lady Gaga se met à nu – au sens littéral aussi – et semble malheureuse à en pleurer au bord de sa piscine de Los Angeles. Mais au fond, pendant ces deux longues heures de jérémiades non-stop et de bénédiction à l’adresse de Dieu et de l’Amérique, on ne comprend pas bien pourquoi elle est malheureuse. Très mauvais, trop américain, mais intrigant.

Eric Clapton: Life in 12 Bars – Lili Fini Zanuck – 2019

Ah ! Ah ! Ah ! Non, mais, Éric Clapton, quoi. Il ne manquait plus que lui. Bon, on rigole, mais ce documentaire n’est pas drôle : plutôt sinistre même. Décrit tout à tour comme un carriériste, un égoïste doublé d’un calculateur qui quitte ses groupes pour saisir les opportunités sans dire au revoir, Clapton y apparaît rarement sous son meilleur profil. Pire, on découvre un mec pas du tout attachant, taciturne et pas drôle du tout. Je ne m’attendais pas à voir un artiste aussi dépressif et mal dans sa peau. Sinon, c’est toujours les mêmes conneries rock’n’roll : les Beatles, les fleurs dessinées sur les murs, les vieux disques de Muddy Waters, les horribles Cream, la période poivrot-raciste, les tonneaux d’alcool, des types qui jouent de la guitare électrique en faisant des grimaces pas possibles, les disques de merde avec les Allman Brothers, ses problèmes avec sa maman qui l’a rejeté avec des violons derrière, etc. On ne nous épargne rien, et cela pendant plus de deux putain d’heures. Ce qui fait réfléchir, c’est que Clapton semble enfin avoir trouvé la paix avec lui-même à partir de 50 ans, soit au début des années 90. Ce que je déplore aussi dans ce long métrage, c’est qu’il n’y a aucune intervention de son coiffeur : comme avec la drogue, au niveau capillaire, Clapton a tout essayé. À noter, de chouettes scènes où l’on voit Clapton s’enfiler de la coke dans le pif à même la pointe d’un couteau. Bah quoi ? C’est ça que vous vouliez, non ?

Breaking a Monster – Luke Meyer – 2015

Trois kids de 13 ans jouent du metal sur YouTube. Quelques mois et des millions de vues plus tard, ils obtiennent un deal record de 1,8 million de dollars avec Sony. Pour gérer ces morveux et rentabiliser la machine à cash, la major leur met le manager des Jonas Brothers dans les pattes en guise de nounou. Il s’ensuit des moments mémorables et surréalistes pour un portrait très fin entre l’Ancien Monde – les majors, ces ventes de disques, les costards-cravates – et ces gamins qui sont plus intéressés à jouer à Angry Bird sur leur téléphone que par une signature de contrat. Une version Disney de A Kind of Monster de Metallica. Très bon.

Daniel Darc: Pieces of My Life – Thierry Villeneuve et Marc Dufaud – 2019 

Au début, je voulais fuir ce documentaire. Déjà, parce que le co-réalisateur présent lors de la projection portait des santiags, et ensuite parce que je suis las des rocks stars mortes. À un moment, le cocktail sexe, drogue et « c’était mieux avant » devient aussi indigeste que les séries à base de cartel sud-américain. Puis à la fin de la projection, j’ai revu mon jugement.
Marc Dufaud n’est pas tombé dans une narration à l’américaine. C’est plutôt sa vision parfois décousue, très intime et poétique en forme d’hommage de la part d’un gars qui a bien connu le chanteur de Taxi Girl. Darc raconte des conneries rock’n’roll devant la caméra et le public avide dans la salle s’est marré. La séquence d’après, Darc cherche difficilement une veine valide et enfonce mollement une seringue dans son bras : le public ne riait plus, le silence était total. Oui, le rock’n’roll peut être sinistre.

Gimme Danger – Jim Jarmusch – 2016

Peut-être que j’ai trop écouté ce groupe. Ou bien c’est cette vision d’Iggy qui donne ses interviews en claquette ? Peut-être aussi que Jim Jarmusch est trop fan et respectueux – pas assez de recul, donc – mais une chose est sûre : ce documentaire est assez banal, voire pénible. La faute aussi à un manque d’images d’archives – le groupe n’ayant jamais été trop exposé médiatiquement – son académisme et la linéarité de son récit. Vite oublié.

Suede: The Insatiable Ones – Mike Christie – 2018

« Mon Dieu, la britpop m’évoque cette poignée de main entre Noel Gallagher et Tony Blair ». Le saviez-vous ? Ricky Gervais de The Office a commencé comme manager du groupe Suede. Ceux qui ont connu la vague pop anglaise des années 90 sont devenus, avec l’âge, la cible idéale pour les docus-pop. Tous ces groupes en ont fait : Oasis, Blur avec No Distance Left to Run, Pulp et son A Film About Life, Death & Supermarkets, Made of Stones sur les Stone Roses. J’ai arrêté mon choix ici sur Suede. Déjà parce que je trouve que ce groupe est sous-estimé et ensuite parce que je fais ce que je veux. C’est une story classique du rock’n’roll qui dure plus de deux heures : les débuts galères, le succès, les relations qui se désintègrent, le guitariste qui claque la porte, les doutes, les modes qui passent, la coke, l’héroïne, le crack aussi, la spirale, les mauvais disques, les corps qui gonflent sous l’alcool, la résurrection, etc. On a déjà vu cela mille fois, mais ici il y a un je-ne-sais-quoi dans la transparence et l’objectivité des confidences qui rend ce documentaire plus humain et touchant que les autres.

Bros: When the Screaming Stops – Joe Pearlman and David Soutar – 2019

« On avait chacun un uniforme : blue-jean, tee-shirt blanc, bandana rouge et perfecto ». Hell yeah ! Alors celui-ci est sorti un peu de nulle part et fait désormais partie des incontournables du genre. Basé sur un sujet en or – le groupe Bros, merde – ce documentaire a surpris tout le monde : c’est un doc-pop neuf étoiles ! On revient sur l’incroyable ascension de ce boy-band 80’s à la blondeur aryenne – j’ai toujours pensé qu’ils étaient Allemands – et on les suit, la cinquantaine passée, en train de préparer leur come-back. Sauf que les jumeaux sont liés par une relation toxique depuis toujours. Et pour ne rien arranger, l’un des deux a perdu ses cheveux ! C’est Spinal Tap, mais en vrai : Matt et Luke Goss n’arrêtent pas de sortir des punchlines de très haut niveau (la visite de l’appartement de Las Vegas est priceless) et apparaissent tour à tour hilarants et tragiques dans ce documentaire décrit lors de sa diffusion comme un des plus grands films musicaux de tous les temps.

Fyre – Chris Smith – 2019

L’histoire curieuse d’un festival de musique pour hipster de luxe – sorte d’alternative VIP à Coachella – prévu sur une île des Bahamas, montée sur du vent et qui s’avère un naufrage d’anthologie. Ou comment une bande d’amateurs – ou véritable escroc – se sont pris le plus grand bad buzz de de la décennie. Le film est monté dans un brillant crescendo pour aboutir à un chaos magnifique. Un film catastrophe doublé d’un véritable thriller où les influenceurs d’Instagram en prennent pour leur grade. Très drôle et captivant. Le rappeur Ja Rule, lui, ne s’en est jamais remis. Don’t believe the hype.

The Man From Mo’Wax – Matthew Jones – 2016

Ce jour-là, on était exactement six personnes pour assister à cette unique projection lors d’un festival. Un documentaire qui n’a donc pas trouvé son public : dommage, car c’est un des tout meilleurs trucs vus récemment. Cela revient donc sur la folie Trip Hop, Mo Wax’, Unkle, Dj Shadow à travers le parcours et la personnalité de James Lavelle. Ce dernier était le Pharrell Williams des années 90, un des plus éminents hipsters-curator, avant même que ces mots existent. Un gars toujours en avance et hyper malin : quand tout le monde écoutait Pearl Jam, lui il portait des lunettes en écaille transparente et collectionnait les disques de jazz japonais à 19 ans. C’est une évocation pas toujours flatteuse du patron du trip hop – qui a pourtant donné son accord, participé et ouvert ses archives au projet – pour un résultat très honnête et donc très humain. On découvre un mec armé d’une ambition démesurée et qui n’hésite pas donner des coups de couteau dans le dos si besoin. On assiste à ses mauvais choix et son arrogance. Il se sépare vite des artistes qu’il trouvait excitants aux débuts, les laisse tomber pour vite passer à the next big thing, puis vole ou s’attribue le talent de ses poulains. On assiste aussi à sa chute. Le portrait d’un requin attiré par les projecteurs et la frime, mais qui interroge sur le phénomène de hype et sa finalité. C’est superbe, et ça change des documentaires manichéens.

Until The Light Take UsAaron Aites et Audrey Ewell –  – 2010

“Pure fucking Armageddoooooonnn!” La Norvège a accouché de deux choses : le groupe A-Ha et – dans un genre légèrement différent – la scène black métal. Pour ce documentaire réalisé avec beaucoup de soin, tout le Muppet Show du true norvegian black métal est de sortie : Immortal, Darthrone, Satyricon et bien sur le grand méchant Varg Vikernes de Burzum interviewé dans sa cellule en mode Charles Manson. Tout y passe : la création du mouvement, le maquillage cadavérique, Mayhem, le suicide de Dead, les meurtres, les conneries nazies, l’homophobie, la haine, les cuirs cloutés et les hallebardes. Il y a aussi des questionnements intéressants sur la récupération de l’esthétique black métal par le monde de l’art contemporain. En 2016, Feinriz de Darthrone, que l’on voit beaucoup, ici a été élu au conseil municipal de sa ville. Une prochaine idée de documentaire ?

Alan Vega, Martin Rev, Suicide: Five Films by Marc Hurtado – 2018

Cocorico ! Celui-ci est réalisé par un Français. Attention, ne pensez pas que c’est un documentaire biographique à base de storytelling paresseux. Hurtado est musicien et a collaboré avec Vega depuis un long moment. C’est en étant à son contact que l’idée de réaliser cette série de films singuliers sur Alan Vega est née. Il se penche ici sur son travail de plasticien, sa musique, sa vision. Hurtado nous invite chez le punk new-yorkais : c’est mal filmé, assez cheap mais, putain, c’est un portrait très juste et très touchant – notamment les séquences d’Alan sur son lit d’hôpital. C’est issu d’un coffret qui contient des courts-métrages ainsi que le long, Infinite Dreamers. Hurtado n’a pas réussi à réunir les fonds nécessaires auprès des producteurs – c’était avant la mort de Vega – il a donc tout fait lui-même. Du coup, cela ne passera pas sur Netflix : il va donc falloir que tu lèves ton cul de ton canapé pour trouver ce truc.

 Grace Jones: Bloodlight and Blami – Sophie Fiennes – 2017

L’intention ici n’est pas faire du storytelling, mais de réaliser un portrait de Grace Jones à 66 ans. Sophie Fiennes (qui se trouve être la sœur de l’acteur Ralph, aucun rapport, mais je tenais à vous livrer cette info) a suivi la légendaire chanteuse pendant des mois : de New York, Paris jusqu’en Jamaïque, on la voit tenter de réaliser un disque autoproduit, s’engueuler avec un peu tout le monde, piquer des crises, rire, se confier, nous présenter sa famille. Même si c’est un portrait très juste, le résultat s’avère très décousu, voire pénible à suivre. Dommage.

Un peu, beaucoup, à la folie – Robin Ecoeur – 2019

Dommage pour nos haters d’amour, mais il n’y a pas que des branleurs à Gonzaï. La preuve avec ce projet signé Robin Ecoeur sur le sujet difficile de la santé mentale dans le monde de la musique. Ceux qui se sont tapé un paquet de biographie ou docu-pop en arrivent à la même conclusion : peut-on être saint de corps et d’esprit quand on fait partie de Motley Crue ou Death Row records. Et comment fait-on pour concilier son art et sa santé. Robin – qui fait partie du crew Gonzaï, donc – a gagné le prestigieux prix best work of music journalism 2019 au Music Award avec ce documentaire.

Paris is Voguing – Gabrielle Culand – 2016

Un magnifique état des lieux de la scène débridée et survoltée du voguing à Paris : ces teams représentés sous forme de house qui s’affrontent lors de ballrooms intenses dans des figures de danse ultra-techniques. Un documentaire qui fait écho au film Paris is Burning de 1991 sur la scène new-yorkaise. Étonnant et surprenant, on n’a rien fait de mieux ici au niveau contre-culture depuis la tecktonik. Depuis, le voguing a connu un succès retentissant et se décline en série télévisée – Pose sur FX – et les protagonistes de ce film produit par Vice se sont même produits à l’Élysée pour la fête de la musique. Oui, Emmanuel Macron a posé avec eux. Mais il a fait la même chose avec Lenny Kravitz : nous ne sommes pas dupes.

Avicii: True Stories – Levan Tsikurishvili – 2018.

Un chef-d’œuvre ? Oui, sans aucun doute. Ce documentaire suit le parcours atypique de la jeune star suédoise d’EDM : Avicii – Tim Berling dans le civil – le dernier martyr de la pop culture. Une sorte de croisement entre Kurt Cobain et Bob Sinclar, sacrifié sur l’autel du pognon et des filtres Instagram. Ce film ne nous épargne rien et nous présente une vision cynique du monde de la musique, où le talent – anecdotique – est relégué ici au profit du consumérisme le plus fou. On voit le jeune DJ tenter d’affronter une pression inhumaine, craquer, prendre des médicaments et avoir des crises d’angoisse aiguës, mais on le force quand même à monter sur scène avec sa clé USB. Avicii s’est suicidé peu après la production de ce documentaire : il s’est taillé les veines et la carotide avec les tessons d’une bouteille de vin dans la suite d’un palace luxueux des émirats arabes. Il avait 28 ans.

Stiv: No Compromise, No Regrets – Danny Garcia – 2019

Très mauvais. Bon sang, qu’est-ce que c’est pénible ces documentaires fauchés sur les rockers drogués : la déglingue, le junkie way of life glorifié et des disques pas toujours terribles. Aussi pénible que le Born to Lose à propos de Johnny Thunder de Lech Kowalski.

Detroit Techno – Jacqueline Caux ‎–  2018

Le design de la couverture est assez merdique, j’en conviens, et il ne rend pas hommage à ces deux superbes documentaires réunis ici. Avec une réalisation auteuriste, intime et arty (produit par le centre Pompidou, voilà-voilà) ces films sont parmi les seuls à décrire les racines de la techno de Detroit en donnant la parole aux artistes et en se laissant imprégner par les lieux ravagés de la motor city. Le deuxième film est un petit joyau : il part à la recherche du mystérieux The Electrifying Mojo, ce DJ de radio qui a été le premier à passer Kraftwerk et Parliament dans ses émissions et donner le background à tout un tas d’apprentis sorciers des machines. Bien que réalisés par une Française qui a passé près de vingt années sur ces sujets : les films sont durs à trouver. Un portrait de Caux est à regarder ici.

Tickled – David Farrier and Dylan Reeve – 2018

Le meilleur pour la fin ? Pas de musique ici, mais le sujet est tellement absurde et bizarre que cet objet filmique non identifié est rentré directement au panthéon de la pop culture. Je ne vais pas tenter de vous pitcher l’histoire : vous ne me croiriez pas. Tout ce que je peux dire c’est que vous ne serez plus la même personne après l’avoir visionné. Je me souviens avoir regardé ce truc d’un œil, par hasard. Les premières minutes, j’étais légèrement perplexe. Passe quinze minutes, j’ai hurlé : « qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! ». Passé quarante minutes, j’ai appuyé sur pause, je me suis levé docilement pour aller chercher le paquet de cigarettes dans le tiroir de la chambre et j’ai allumé une clope. Avant ça, j’avais arrêté de fumer depuis deux ans et sept mois.

Oldies but goldies: 

The Filth and the Fury – Julien Temple – 2000.

La bible ? Ce film est réalisé avec un montage qui va faire école pour les années à venir et influencer tous les documentaires. Rempli d’images d’archives magnifiques, construites dans un crescendo magistral allié au coup de génie de faire témoigner les Pistols dans le noir : The Filth and The Fury est LE classique du genre. Avec un émouvant John Lydon qui pleure littéralement la mort de Vicious.

Living with Michael Jackson – Martin Bashir – 2003

Documentaire en deux parties qui sent le stupre et a fait scandale lors de sa diffusion sur la BBC, et dont l’onde de choc s’est fait ressentir dans le monde entier. C’est tout simplement l’objet visuel le plus dément et envoûtant sur la vie intime d’une pop star décadente et dégueulasse. Et quel plus beau cas d’étude pour cela, que la figure de ce Dieu babylonien de Michael Jackson. Martin Bachir a passé huit mois entre 2002 et 2003 avec Jackson : chez lui, en voyage, dans sa limousine, ses suites d’hôtel, Las Vegas, Neverland. Tout y est abordé : les soupçons de pédophilie, la figure tyrannique de son père, son enfance volée par le show-business. Forcément, sur ces huit mois la caméra capte des scènes dignes des Dix Commandements de Cécile B. DeMille. Regardez la scène de shopping absolument démente dans un magasin de meubles où Jackson achète pour près de 600 000 dollars en 12 minutes, de la même manière que tu fais tes courses à Monoprix. Bachir est aussi présent dans la suite de la suite d’un palace parisien, le fameux jour où Jackson balance son bébé par-dessus le balcon pour le montrer aux fans. Un enfant de deux ans qui porte constamment un voile sur le visage pour ne pas être surpris par les paparazzis. Des scènes christiques où des personnes tombent dans les pommes devant lui, squattent devant les hôtels, s’infiltrent dans sa limousine. Une personne pleure, tombe de tout son poids sur le sol en larmes, en pleine crise de démence après avoir juste touché du bout des doigts Jackson : aucun être humain ne peut rester de marbre devant ces réactions. C’est tellement dingue, qu’à ce niveau, c’est de la science-fiction.

 

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