(C) Gerard Love

Rescapé des maudites années trip-hop, le dj producteur marseillais Dj Oil sort sur le label d’Ivan Smagghe un incroyable nouveau disque de transe occulte teinté d’afro-futurisme. Ex-fan des 90’s, où sont tes années folles ?

Vous en possédez sûrement encore, quelque part. Ils sont cachés bien au fond, pas trop en vue – c’est presque embarrassant. Je parle des disques de trip-hop. Parmi eux, il y a peut-être ceux du groupe Troublemakers, le groupe de DJ Oil, il y a 17 ans en arrière.

J’ai beaucoup d’affection pour Lionel Corsini aka Dj Oil. C’est un Dj marseillais aux faux airs de Jean-Pierre Darroussin, actif localement depuis 1993. Il a survécu à toutes les fermetures de clubs de la région où il prêche un G.Funk racé, drogué et érudit dans une ville où les adolescents portent des chevalières et des gourmettes. C’était aussi un véritable passeur de disques qui a beaucoup compté pour moi. A la fin des années 90, il animait une émission sur une radio marseillaise basée dans le quartier de la friche Belle de mai – Radio grenouille88.8 fm. DJ Oil y passait des vieux disques de Tangerine Dream, Donna Summer, du downtempo viennois en vogue à l’époque comme Kruder & Dorfmeister, du vieux hip-hop, mais aussi pas mal de disques obscurs de jazz-funk ésotérique comme Andy Bey ou Gary Bartz. Il s’obstinait à faire le grand écart entre la scène hippie Krautrock, le disco et le jazz-Black Panther du label Black Jazz Records. J’enregistrai ces trucs sur des k7 scotchées et j’y notai toutes les références sur un calepin en essayant d’y déceler des ramifications entre l’underground psyché des 13th Floor Elevators et la scène Acid house 1988. Un grand merci à toi, Dj Oil.

Tout cela se passait en 2000, donc, juste après cette folie décadente de la French Touch House. Comme pour digérer ce festin indécent de foie gras, le mouvement Trip-Hop est né : on arrête la cocaïne, on abaisse les BPM, on ressort les disques de reggae et de Pink Floyd. Parmi tous les disques de Trip Hop sorti à cette époque, c’est, bizarrement, le groupe marseillais Troublemakers – créé par Dj Oil, Fred Berthet et Arnaud Taillefer – et leur premier disque «Doubs & Conviction» qui a décroché le pompon. Dj Oil et sa bande ont donné beaucoup de fierté à la scène locale – surtout après la mauvaise blague de House camping Superfunk. Avec des magnifiques morceaux tels que Electrorloge, c’était l’un des seuls groupes purement électroniques venu de province qui avait une crédibilité (signé sur un label de Chicago Guidance, puis sur Blue Note). Surtout, Troublemakers effaçait notre dette envers la société avec nos délits majeurs que sont Massilia Sound System et tous ces groupes sudistes dégueulasses qui jouent du reggae de blanc en pantacourt et chantent les valeurs propres au pays de Jean Giono : le pastis, l’OM et la «bonne méreuh».

Plus globalement, le mouvement musical trip hop était d’une richesse folle entre 1996 et 2001. Certains ont mal vieilli (Massive Attack, tous les Portishead ?), d’autres, étonnamment, s’en sortent haut la main à la réécoute (Howie B, Moby?). Beaucoup de mal a été dit sur le Trip Hop, en grande partie parce qu’il a ensuite basculé sur le mouvement musical le plus réactionnaire que la pop culture ait connu. Vous voyez de quoi je parle ?

Cosmic Chill Lounge…

Oui, la Lounge music : «Midnight Cafe Lounge : Le Meilleur De La Musique Des Bars Et Restaurants », « French Lounge », «Paris Lounge», « Deep Lounge », «Private Lounge », « Hôtel Costes Pompougnac-Sa-mère », « Gentleman Luxury Chill Out »… A partir de 1999-2000, les pharisiens se sont introduits dans le temple pour vendre leur camelote de merde : tout était feutré et brillant. Il fallait que cela sente le pognon, les halls d’hôtel à la moquette épaisse et la lumière élégamment sophistiquée. Combien de compilations à connotation Lounge ont vu le jour dans ces années-là ? Tous ces disques de hip hop Naturalia ont tué ce qui se voulait, à l’origine, un mouvement musical créé dans les ghettos de Cologne ou de Bristol empreints de dub et de disques New Wave blanc de Fun Boy Three. Tout le monde sonnait Trip-Hop, de Zazie à Morcheeba. Au final, plus personne ne voulait en entendre parler.

Et Dj Oil, là-dedans ? Ses Troublemakers ont aussi souffert d’avoir leurs morceaux sur certaines de ces compilations. J’ai perdu de vue et des oreilles le DJ marseillais. Il a réalisé des voyages musicaux et il continue de mixer sans relâche. Il a aussi sorti des disques de hip-hop pour quadra : c’est à dire des disques où on se sent obligé d’être en filiation avec le rap des années 90, Blackalicious et tous ces trucs ennuyeux. Comme s’il n’existait pas d’autre alternative pour un Digger quarantenaire de sortir des disques de hip hop de vieux. Et puis il y a eu aussi en 2013, le match à mort contre David Guetta : un épisode tout droit sorti de « La Fabrique Du Monstre » de Philippe Pujol (tapez DJ Oil/ David Guetta dans Google, vous comprendrez).

Et enfin, en cet été moite de 2018, alors que plus personne ne l’attendait, Monsieur DJ Oil se pointe sans frapper sur le label d’Ivan Smagghe, avec ce disque « Bref Avenir ». Et quelle claque, putain.

The Eye Of The Tiger

Oui, carrément : l’oeil du tigre, Rocky Balboa qui puise dans ses dernières ressources pour se raccrocher aux cordes du ring de la pop, la gueule en sang au son de Survivor des Destiny’s Child à fond les ballons. « Bref Avenir » est rempli de talk over Anarcho-militant, mais aussi d’afro futurisme. Un album qui fait du bien au milieu des centaines de disques doliprane de funk-pop parisien en chemise à fleurs, moustache et banane en bandoulière qui font le bonheur des magasins de fringues (la nouvelle Lounge?). Dj Oil apparaît ici comme une figure du MAL à côté de tous ces jeunes prétentieux de droite. Une sorte d’Aleister Crowley funky à l’haleine chargée en Pastis.

« Bref Avenir» est stupéfiant aux nombreuses réécoutes avec des détails qui nous avait échappé à la première écoute. Le Marseillais nous offre une production habile et discrète, un véritable savoir-faire de sorcier vaudou avec son dosage de funk psychédélique, dissonant et trippant. Des longues plages instrumentales d’où émergent quelques samples vocaux tordus. Ambiance new wave à la Vanity 6 sur Maybe, tribute au downtempo Viennois 90’s sur Fall, immense track afro-futuriste avec Heritage et Rain. Tout en retenue, DJ Oil prend son temps pour lâcher les chevaux comme avec le merveilleux morceau Paresse. Tous les morceaux font dans les sept ou huit minutes, et comme aux grandes heures de son émission de radio, on sent les influences de Don Cherry, Eddie Gale, Can ou bien encore l’ambiance froide et néo-world new wave d’un Thomas Dolby ou David Sylvian. Un disque qui nous démontre combien sont vaines les fantaisies de notre imagination devant les réalités fécondes du mouvement de la vie. A Marseille, on n’aura pas Mario Balotelli, mais il faudra compter de nouveau sur DJ Oil pour mouiller le maillot.

Dj Oil – «Bref Avenir» (Les Disques De La Mort. 2018)
https://lesdisquesdelamort.bandcamp.com/album/bref-avenir 

7 commentaires

  1. Je me souviens courant deux milles avoir skouaté chez une poulette qui créchait du coté du panier et qui m’avait laissé les clés de son appart ou je l’ai attendu une partie de la journée et de la nuit vu qu’elle bossait dans une boite de presta son & lumières Marseillaise. Et donc, sa fréquence radio à elle c’était Radio grenouille. Ce que j’ai pensé du 88.2 urbain durant ces heures de fournaise et d’attente entrecoupé de disques de Marley et Tosh? Tu t’en tapes, c’est pas grave, je vais quand même dire. Ben coté programmation ce jour là, c’était surtout beaucoup beaucoup Dub avec potard tordu dans l’infra basse comme d’hab pour ce genre sonore.
    Musique alors quasi vitale pour les Bobos qui ne se nommaient pas encore ainsi, on disaient “altermondialiste” à l’époqueu. Ces Clone de Ben Harper rêvaient tous d’Afrique et de Jamaïque.
    Si on résume pour la jeunesse Bourgeoise Blanche Française fin 90 qui ne voulait plus entendre parler de Rock (on les comprends quand même) pour faire sa crise underground on avait le choix entre l’ Electro+Pop ou/soi l’ Electro+Reggae Hip Hop. Au final pour moi, pas de différence entre les deux juste une musique un poil “ambiant d’ascenseur” débité aux Kilomètre.
    Le populo du quartier devait se contenté lui, du Pera d’Alliance Ethnik voir la clike du 9.3 fagocité par le ShowBizz parisien qui venaient en plus se servir en CC ou Bédo chez eux, peuchère! ou des Massillia Sound System tiens, qui ne sont pas que Pastis et Aïoli n’en déplaisent à l’auteur de l’article. Ces gars sont moins con qu’ils n’en on l’air, le coté Pagnolade est je crois une tentative fédératrice de leurs part.
    L’album “3968 CR 13” c’est quand même plus écoutable que “Moby”.
    Et Bang une praline au fond des cages

  2. bad manners en cité colline de marsseilles cça avait des kouilles! vu ntm & Oberkampf ou oth dans le même panier & jim à Rourke soir de coupe y’ a eu keke kekes o tapis!

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