Avec des caresses en uppercuts, Destroyer m’a mise Kaputt sans relâche pendant des mois. Cet album a osé dessiner à coups de pastels un coucher de soleil dans mon iris et a su me réconcilier avec les saxophones tout juste acceptables dans les téléfilms à l’eau de rose.

Vu que c’est la seule musique ouatée à laquelle je suis restée fidèle cet hiver et puisque l’album sort enfin en France cet été, il est enfin temps d’arrêter de lutter pour vous ouvrir à ce ring moelleux. Car même si vous ne la cherchiez pas, Destroyer est votre alternative aux groupes de chillwave qui prolifèrent dans la paresse. Ça m’aura pris du temps, notez, mais me voilà lassée de leurs voix noyées dans la réverb et leurs nappes vaporeuses pliées sans le moindre effort, même si je reconnais qu’il n’y a pas bruit de fond plus adapté pour se morfondre sur la neige qui fond. Je ne vais pas vous citer de titres chillwave ici car le souvenir laissé par la plupart de ces chansons dure moins de temps qu’il n’en faut à une bougie chauffe-plat pour se consumer, surtout si, l’insomnie aidant, je passe d’un blog (http://www.gorillavsbear.net/) à un autre (http://www.transparentblog.com/) et enchaîne les morceaux en oubliant jusqu’à leur nom sans culpabiliser pour autant. A quoi bon s’attacher à des mélodies pauvres où des voix articulent douloureusement des paroles surement rédigées sur un bout de rouleau de papier-toilettes ?Avec Destroyer, en revanche, le souvenir résiste comme une brûlure au soleil alors que la recette n’est pas si éloignée : instruments MIDI, une large place pour l’ambiant et une exposition symptomatique de chaque battement du cœur sur la place publique avec des voix féminines qui ronronnent.

Frôlant la quarantaine, le Canadien mal rasé qui incarne Destroyer s’appelle en fait Dan Bejar et c’est son neuvième album sous ce nom, sans oublier de préciser qu’ il a également joué avec The New Pornographers. Mais s’il s’est cogné à l’indie-pop dans toutes ses catégories, rien n’était jusque là comparable à cet album. Ses paroles ont toujours l’air d’être arrachées à un recueil de poèmes qu’un psychopathe aurait griffonné sur une future proie et nous voilà complices de son crime en acceptant les confessions sur l’oreiller: « wasting your days, chasing some girls, alright, chasing cocaine through the backrooms of the world all night, sounds, smash hits, melody maker, NME, all sound like a dream to me  ». On reste ainsi pendu à son souffle coupé qui le révèle aussi passionné qu’instable ou amer, crooner déstabilisant qui pourrait s’être inspiré de Bryan Ferry. C’est aussi l’envers romantico-kitsch de sa musique qui m’autorise la comparaison. Avec des synthétiseurs datés des 80s, il ouvre un puits sombre sur Bay Of Pigs pour  déverser son ivresse amoureuse. Et rarement sur ses mélodies, Destroyer ne balise ses titres pour qu’ils aient une structure pop. Au contraire, il ouvre de grands espaces atmosphériques sans qu’on s’y perde. Sur Chinatown, Poor In Love ou Savage Night At The Opera par contre, les mélodies frissonnantes restent en mémoire, elles sont douces mais leurs paroles tranchantes sont traîtres et le moelleux oreiller qu’il nous propose est en fait peut-être voué à nous asphyxier au petit matin. Vraiment, il est difficile de cerner ce songwriter qui  saupoudre presque chacun des neuf rounds de son disque de saxophones sirupeux qui provoquent un vertige émotionnel tout en restant dépourvu de naïveté. Dans son gant de velours, Destroyer ne desserre jamais les poings, la concurrence, elle, reste knocked out.

Destroyer // Kaputt // Merge (Differ-ant)
http://www.myspace.com/destroyer

(En concert à la Maroquinerie le 27 juin)

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