Faire mieux que le duo Zucchero-Paul Young et son tube de 1991 Senza Una Donna ? Alessandro Cortini et Daniel Avery y arrivent tranquillement avec leur album en commun « Illusion Of Time » : tous les plaisirs électroniques de l’Italie et de l’Angleterre réunis sur un disque.

A voir fleurir les multiples articles sur les différents sites dits culturels, l’irréelle période de confinement actuelle a au moins le mérite d’encourager à prendre le clavier. Et, comme plus personne n’achète de disque, ils continuent quand même à sortir alors que toutes les boutiques sont fermées et que commander en ligne est aussi égoïste que de se découvrir une passion pour le jogging sur le tard. Plus dématérialisée que jamais, la musique circule toujours alors autant en parler.

Le cas du « Illusion Of Time » d’Alessandro Cortini et de Daniel Avery pourrait même faire figure de précurseur en la matière puisqu’il a été composé à distance sur plusieurs années, les deux musiciens s’étant à peine croisés entretemps. Voilà un disque pré-confinement confectionné par échange de mails en mettant aux prises deux des producteurs de musique électroniques les plus intéressants du moment. Si on est loin des nuits passées dans les luxueux studios recouverts de tapis persans et garnis de matériels hors de prix, le talent compense aisément l’éloignement via un manifeste assez clair des qualités de deux hommes. Avec le respect mutuel comme principale source de motivation, l’idée de travailler ensemble s’est faite assez naturellement selon les intéressés et sans véritable officialisation, chacun envoyant à l’autre des titres et des idées.

D’un côté, l’Anglais Daniel Avery est passé en quelques années de DJ prometteur de la scène techno londonienne à artiste confirmé avec son parfait deuxième album sous haute influence early Aphex Twin « Song For Alpha ». De l’autre, l’Italien Alessandro Cortini s’est fait la main comme clavier de Nine Inch Nails avant de développer une œuvre solo ambient envoutante avec notamment ses deux derniers disques « Avanti » et « Volume Massimo ». Entre la hype et le bon goût du Britannique et la science et la technique du Transalpin, l’attelage paraît a priori assez alléchant. C’est confirmé sur un disque grandiose par moments qui couvre également un aspect visuel pas forcément conseillé aux épileptiques.

Pour ce projet commun clairement ambient aux nappes travaillées (Sun), l’alternance entre les deux styles se fait aussi facilement que le jeu de passe de l’Atalanta Bergame. Dans une ambiance toujours très sombre de futur cyber punk menaçant, on distingue assez facilement l’aisance mélodique de Cortini (Illusion Of Time, At First Sight qui sonnerait presque comme du Mogwai) ou les plages plus crépusculaires (Sun, CC Pad) voire carrément shoegaze (Enter Exit) propres à ce fan de My Bloody Valentine qu’est Avery.

C’est peut-être le seul reproche (avec l’agaçant Inside The Ruins) qui pourrait être fait au disque : il semblerait que chacun ait fait son morceau supervisé par l’autre sans que les musiques des deux producteurs ne fusionnent complètement. Ce qui pourrait toutefois être le cas sur le majestueux Water qui envoie très loin dans le trip cosmique. Ce serait en somme la bande-son rêvée pour se sentir pleinement à l’entame d’un énième film post-apocalyptique quand il va falloir sortir dans les rues désertes pour aller faire le plein de Granola.

Daniel Avery et Alessandro Cortini // Illusion Of Time // Phantasy Sound

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