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24 avril 2025

Connaissez-vous Thibauld Labey, aka le Polnareff sous drogues ?

Que ce soit avec sa véritable identité, sous des pseudos tirés par les cheveux (Timoléon le Jardinier) ou des noms de codes mystiques (Trumpets of Consciousness), le Français irradie l’internet de tubes à 65 vues dont le dernier, Sous GHB au BHV.

Que faire, quand vendre sa musique gratuitement devient un tour de force, que plus personne ne se retourne dans la rue, que plus personne ne parle de vous et que les filles nues ne se jettent plus sur vous comme voilà 40 ans, sur Daniel ? Trahir son âme dans du rap marmonné en visant de loin le top 10 Spotify est une option.

L’autre, c’est évidemment de faire n’importe quoi sans le soucis du regard dans le rétroviseur pour checker qui vous suit. C’est celle-ci sur laquelle s’acharne avec un talent certain Thibauld Labey sur sa chaine YouTube où cohabitent tant bien que mal une poignée de titres déments ; à la condition que le second degré et demi ne vous déclenchent pas des réactions épidermiques, que l’oeuvre de Gilles Dor ait trouvé sa place quelque part dans votre playlist et que la pop française sensible et sans calcul façon Ricky Hollywood ou Dodi El Sherbini réussisse à vous déclencher un battement de coeur.

Une fois admis que nommer un single Sous GHB au BHV est soit une idée de génie, soit une mauvaise blague de fin de soirée entre amis trentenaires, saluons la fragilité du titre, ses arrangements malins et cette voix haut perchée qui rappelle autant Polnareff qu’elle permet d’oublier sa trop longue descente aux enfers et comment, finalement, tout aurait dû s’arrêter après le très bien nommé Goodbye Marilou.
Dans le das de Labey, dont on doute qu’il fera un jour carrière aux Etats-Unis autrement que dans les mines de charbon, un espoir tout de même : la vieillesse, l’usure de l’oreille sur des titres fainéants et sans surprises faussement sur-produits sur des ordinateurs ou simplement l’abondance de notifications quotidiennes nous éloignent toujours un peu plus du frisson de la première fois et de ce jour où la découverte d’un artiste méconnu entrainait immédiatement ce phénomène d’écoutes en boucle, seul à l’abri des phénomènes mainstream et du compteur de vues. En trois mesures, Labey ravive tout comme un agent chimique révélant l’or sous la crasse.

Le cas Thibauld Labey, de plus en plus rare dans un monde désormais étonné de rien, redonne donc des munitions pour notre grand combat collectif contre l’inaudible.

La maigre somme de morceaux écrits par ce garçon faussement fantasque suffit à tenir au moins une semaine en quarantaine – jetez-vous sur « The Rare, The Demos & the Stars vol.1 », disponible sur Spotify. Et la diversité des styles caressés du bout des doigts a de quoi calmer tous les apprentis sorciers : on y croise autant Radiohead que Jef Barbara, Pink Floyd que Katerine, la vision de ton père en short de bain à la plage que le reflet étincelant d’une cheap boite à rythmes entraperçue sur LeBonCoin.

La maigreur du nombre d’écoutes, aussi décevante soit-elle pour le musicien à l’origine de ces pépites, reste malgré tout un signe d’espoir pour le commun des mortels : tomber là-dessus en 2025, c’est comme avoir découvert un gisement. Tout au fond du puits, il y a cette biographie laissée par l’artiste lui-même dans un coin de son compte Bandcamp, et c’est un superbe message de fin pour cet article sans conclusion :

« Entre Charles Manson et Claude François, le double maléfique de Ed Sheeran. compositeur-interprète au sein de Trumpets of Consciousness, Thibauld Labey fait l’école buissonnière en solo et en français avec ce nouveau projet dont, seul maître à bord, il actionne tel le capitaine Nemo les leviers et les manettes dans un but mystérieux et pour des motifs obscurs ».

 

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