Si vous n’avez jamais essayé le voyage astral, il est encore temps d’embarquer sur « Gulliver », dernier album de la formation anversoise Condor Gruppe. Au programme : un voyage cosmico-psychédélique haut en couleurs et riche d’influences, et mené d’une main de maître par la formation de virtuoses belges.

« Il n’y a pas de condor en Belgique », dirait l’ornithologue avisé à quiconque tenterait de lui prouver le contraire. Et il aurait tout à fait tort : Condor Gruppe survole le pays flamand depuis une bonne dizaine d’années, déposant çà et là quelques albums majestueux, aussi singuliers et originaux que bourrés d’influences et de curiosités instrumentales. Le dernier date d’une dizaine de jours seulement : « Gulliver », un immense trip space-rock-psyche-soundtrack-krautrock vers un peu partout et nulle part à la fois.

Condor Gruppe s’est formé en 2012 à Anvers. Deux des membres sont des anciens du groupe Creature With the Atom Brain, une formation de stoner-psyché revendiquant deux influences : un film de zombie de 1955 dont il emprunte le nom, ainsi que le 13th Floor Elevators. Condor Gruppe fonctionne comme une formation en perpétuelle évolution : le leader et chef d’orchestre Michiel Van Cleuvenbergen esquisse quelques ébauches d’idées et de mélodies, qu’il soumet à son noyau dur de musiciens pour une première salve d’expérimentations. Ensuite, il recrute régulièrement de nouveaux talents selon les directions que le groupe souhaite emprunter, comme le sitariste Nicolas Mortelmans formé par Anoushka Shankar. En soi, la méthode n’a rien de très original, mais force est d’admettre qu’ici, elle fonctionne diablement bien.

CONDOR GRUPPE - GULLIVER LP / SDBAN ULTRA SDBANULP26 - Vinyl

En 2014, le premier album « Latituds Del Cavall » ressemblait à une rencontre au milieu du désert entre Kyuss, Ennio Morricone et Jodorowsky. Deux ans plus tard, le groupe enregistre un album hommage à Moondog. En 2018, c’est « Interplanetary Travels », un autre trip plus sombre et spatial que les précédents. « Gulliver » jongle avec toutes ces précédentes influences, en incorporant la frénésie du krautrock, des musiques du monde planantes et de nouvelles divagations western, comme sur Inside Out. L’album s’ouvre sur What Could Have Been, un long instrumental construit sur une basse tendue et hypnotique rappelant le One of These Days de Pink Floyd, autre influence majeure du groupe.

Si le Condor survole pléthore d’influences musicales et culturelles de très bon goût, il franchit régulièrement frontières et océans pour composer sa musique aux milles couleurs. En plus du sitar mentionné plus haut, « Gulliver » jongle entre flûte de pan, handpan, guimbarde, darbouka (sorte de tambour traditionnel présent en Afrique du Nord et au Moyen-Orient) et tanpura (instrument à cordes indien, cousin germain du sitar). Farid est un bel exemple de ce mariage multi-instrumental, sublimé par un clip aussi onirique qu’envoûtant.

La musique du Condor est autant psychédélique qu’éminemment cinématographique. Le groupe voue un véritable culte aux bandes-son (particulièrement celle des films italiens des années 70) et a d’ailleurs récemment été choisi par le festival du film de Gand pour interpréter la musique du film de vampires érotico-surréaliste belge Les Lèvres Rouges (The Daughters of Darkness). L’excellente soundtrack est signée François De Roubaix, autre influence revendiquée du groupe : le concert fut donc comme une consécration, juste avant la sortie de leur dernier album.

Alors certes, Anvers est plus connu pour ses diamants que pour ses condors. Mais il ne faut pas s’y tromper, « Gulliver » vole déjà très, très haut.

Condor Gruppe // Gulliver // Sdban Ultra
https://condorgruppe.bandcamp.com/album/gulliver?from=hpnn

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