On ne vous l’apprend pas, s’y retrouver dans la masse des titres et artistes a depuis quelques années tout du parcours du combattant pour celui qui parcourt l’Internet tel les allées d’un hypermarché avec perdu sur chaque rayonnage un musicien échelle 1/9 vous tendant désespérément les bras avec ses mélodies de poche. Question : comment distinguer le bien du brillant ? C’est là que les compilations « La souterraine » du micro-label Mostla interviennent.

Puisque vous semblez au courant de tout, on ne vous l’apprend pas non plus : le monde musical se pète quotidiennement la gueule comme une noix de coco. Perdre du temps à lire des blogs ou sites indie alors que dorénavant tout se passe via Facebook, mener de grandes croisades pour opposer les majors aux petites enseignes indie, rien n’a plus aucun sens ; et je veux bien croire que le petit séisme soit perturbant pour certains.
Dorénavant c’est un monde où tout se mélange dans le même bac, Lady Gaga sample Zombie Zombie, François & The Atlas Mountains passe au Grand Journal en prime time, l’auto-entreprise Fauve vend des camions de disque à des non-voyants, Lara Fabian est condamnée à un exil chez Poutine pour écouler ses invendus et Stromae fait la Une de l’édition américaine de Time Out. On trouvera toujours deux aigris ayant dépassé la quarantaine pour s’étonner de ce raz de marée fukushimesque qui emporte tout sur son passage avec trois bouts de ficelle, mais c’est à vrai dire un grand tout uniforme auquel l’auditeur est désormais confronté; chaque marchand du temple – petit ou grand – tentant de s’attirer la sympathie d’un public globalement plus cultivé que celui des générations précédentes. L’envie de singularité pour plaire au plus grand nombre étant devenu la norme, il n’y a donc pas plus de raisons d’entrer dans une Fnac pour acheter le nouveau disque de cet incroyable artiste de synth-wave canadien écouté sur Facebook que de se ruer chez votre disquaire de proximité pour récupérer le nouvel essai pour sourds de Rihanna en édition vinyle. Dans le premier cas, le vendeur à gilet vert – désormais préposé à la vente de cafetière sans filtre – vous regardera avec des yeux de merlan frit, dans le second le type derrière la caisse vous prendra de tellement haut que vous aurez l’impression de lui avoir demandé un bootleg de Phil Collins à Antibes, dans sa pire période FM.

Ecouter des disques dont on se souviendra en 2053 est donc devenu, pour résumer, compliqué.

Tout au plus, un cruel combat sans vainqueur dont les rares rescapés sont ceux qui restent tapis dans les tranchées. C’est vrai quoi; se briser les reins sur un triste tableur Excel affichant 45 ventes (dont 10 en digital et 22 à la Fnac de Saint Lazare), à quoi bon ? Un jour les historiens raconteront certainement plus précisément comment notre période s’écrivit, et comment la parenthèse enchantée qui vit la pop music générer des millions de dollars de profit se clôtura au crépuscule des années 2000, et comment plusieurs milliers de groupes attirés par l’odeur du billet vert finirent par trouver un vrai travail après s’être pris dans la tronche leurs relevés SACEM servant tout au plus à payer la facture EDF d’un appartement vide, faute de succès. Cette époque, marquée par un retour à l’artisanat, c’est ce moment où les vrais musiciens semblent avoir compris que la vraie musique se joue plus qu’elle ne s’achète et que pendant que d’autres cherchent encore à faire carrière, eux au moins ont le luxe d’écrire de vraies chansons que plus personne n’a le temps d’aimer.

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Voilà plus d’un an que les forcenés du label Almost Musique ont lancé leurs compilations gratuites titrées MOSTLA, toutes dédiées à défricher des artistes off the radar. Echo retentissant, proche du zéro pointé. Pas mauvais joueurs, les mêmes – aidés cette fois par Laurent Bajon d’Aligre FM – ont également décidé de lancer une autre série nommée « La Souterraine » dédiée aux Français pas vraiment prophètes en leur pays. Outre le fait que tous, d’Antoine Loyer à Arlt en passant par Noir Boy George ou Cliché, trouveront tôt ou tard leur place dans un manuel scolaire destiné aux archéologues de l’underground made in France, le troisième volume de « La Souterraine » s’avère à la limite de l’indépassable. C’est évidemment mieux que toutes les playlists et mixtapes concoctées par les faiseurs de bruit, c’est aussi un formidable arrêt sur image du magma créatif sur lequel le Français a quotidiennement le cul rivé sans rien entendre, c’est enfin un subtil pied de nez aux formats traditionnels. Certains creusent leurs tombes, d’autres grattent la terre pour remonter à la surface. Avec « La Souterraine » , la lumière est au bout du tunnel. Extraits de sensations à l’écoute de ce troisième volume biblique, façon track by track.

Aquaserge – A l’amitié

Un titre qui évoque une chorale d’enfants alcoolisés chantant du Soft Machine dans l’église de Canterbury.

Joseph Edmond Vincent Leduc – Jolie machine

Les chœurs flippants du Cargo Culte de Gainsbourg en version canadienne avec des caribous d’élevage derrière les synthétiseurs de Femminielli.

Rémi Parson – La tristesse

Breaking news : un chirurgien vient de réussir la première greffe de boite à rythmes sur un malade cardiaque avec Blue Monday en trame de fond. New disorder.

(Please) Don’t Blame Mexico – Les yeux

C’est Noël, toute la famille est assise autour du piano familial, papa chante une adaptation de White Christmas pour des enfants qui pensent encore que Skrillex est un nom de médicament. L’innocence a du bon.

Eddy Crampes & the No Moustache Orchestra – White spirit

La nouvelle saison de Koh Lanta se déroule dans un supermarché avec une course de caddies entre douze cocaïnomanes tentant d’atteindre la caisse le plus rapidement sans sniffer. Sans sniffer. Sans sniffer.

Petit Tambour – L’aurore

Hiver 2015. Enfin sobre, Jean-Louis Aubert réécoute le disque composé avec Michel Houellebecq et décide, stupéfait par la médiocrité dudit objet, de licencier sur le champ son Directeur Artistique. Puis enregistre son propre droit de réponse avec une cloche-tambour.

La Baracande – Là haut là haut dedans la tour

Un matelot breton biberonné (sic) au Venus in Furs du Velvet décide un soir de tempête de s’enfermer en haut du phare pour enregistrer une comptine de fin du monde. Relax baby, be coule.

Cikatri$ – Quand me réveillerai​-​je ?

Aucune vision sur ce titre, seul déchet de la compilation. On penserait bien à un morceau de Mademoiselle K enregistré par une chanteuse sous speed, mais c’est déjà une vision d’horreur.

Baptiste W. Hamon – Les bords de l’Yonne

Bertrand Cantat et Alain Bashung roulent au bord d’une Renault 25, direction Auxerre. Au loin des indiens, les deux chanteurs mettent le clignotant.

Facteurs Chevaux – Scie

La mère Buckley a eu le temps d’enregistrer une dernière fois son fils en pleine noyade et le résultat est encore plus hanté que sa reprise du Hallelujah de Leonard Cohen.

http://souterraine.biz/
http://souterraine.biz/album/la-souterraine-vol-3

1 commentaire

  1. Rho la misère… et ces voix nù-new-wave ?! joseph edmond machin leduc pour en pendre un, le son est pas vilain si on est pas synthéphobe, mais le vocal putain !
    Sinon merci pour les barres sur petit tambour et les bords de l’yonne(il a vieilli raphael…), ils riront bien en 2053.

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