(C) Gérard Love

Déluge de feu, foule mécontente, territoire dévasté, carcasse de tire éclatée : bienvenu dans le monde d’après. Pour vous accompagner dans l’apocalypse-disco, focus sur ces artistes de l’hexagone qui mélangent techno, new wave et attitude farouchement rock’n’roll.  

Golden Bug feat. The Limiñanas – Variation sur 3 bancs

Certains jours, je me dis qu’il faut que j’arrête d’écrire sur la musique : toutes ces conneries ne servent plus à rien. Le présent c’est les kids sur Tik Tok, et c’est très bien comme ça. Au fond, je ne m’adresse qu’à des vieux qui passent leur dimanche matin à classer leurs disques de Mott the Hoople par ordre alphabétique.

Et puis, à chaque fois, je le croise et je change d’avis : Nick Kent. Je n’ai pas le choix, Kent est mon voisin. Je le croise tout le temps. Ou, plutôt, il m’apparaît tel un fantôme quand je ne m’y attends pas.  A la pharmacie, à Picard, au Franprix ou encore en sortant du bar-PMU chinois. Même au plus fort du GRAND CONFINEMENT, je le croisais régulièrement. Il porte toujours son inusable bonnet rasta sur son visage émacié.  Quand je baisse ma garde, Kent me rappel à l’ordre : « Gérard Love, m’enjoint-il, ne laisse pas tomber toutes ces conneries. Ces artistes, au fond, on besoin de toi. Qui d’autres, sinon » ? Il a raison. Qui d’autres pour parler de ce merveilleux morceau de Golden Bug ? Le Français Antoine Harispuru s’est allié avec le couple de résurrection rockist par excellence sur ce titre : The Limiñanas. On attendait les natifs de la région de Perpignan aux manettes du prochain Iggy Pop pour le plaisir des lecteurs en santiags de Rock’n’folk ; Il leur faudra patienter encore. Sortie sur un label de techno allemande, le nom de la compilation est tout un programme : « Velvet Desert Music Vol 2 ». De la techno pour quadra sur laquelle le barbu des Limiñanas raconte ses souvenirs adolescents où se mêlent « mobylette » et « tabacs brun à rouler ».

Funderground feat. Mutado Pintado – The Fun Begins

En lisant dernièrement le livre retraçant l’histoire de la Secte de L’Ordre du Temple Solaire, j’ai appris une chose qui pourrait nous aider. Dans cet ouvrage il est relaté une technique inventée par le guru de la secte suisse, Jo Di Mambro : le Médifocus. Le quoi ?! Une technique de concentration collective permettant de bombarder des pensées positives visant à influer des décisions au niveau national. Di Mambro s’en est servi pour tenter de faire changer l’avis sur des résolutions politiques de chefs d’États (sans grand succès). Pour cela, il donnait une date de rendez-vous à ses disciples et leur distribuait une photo de la personne politique à influencer. Le jour du rendez-vous, des centaines d’adeptes se trouvaient chez eux au coin du feu, en tenant la photo sur leurs genoux. Ils devaient répéter en boucle la consigne de Di Mambro (exemple : « Badinter, ne vote pas la loi pour l’abolition de la peine de mort ») en se concentrant très fort sur la photographie.

Même si cela a fait moyennement ses preuves, je vous propose de faire pareil pour le producteur Jacques. Vous savez, ce musicien avec sa coupe de cheveux improbable qui réalise de la house music de merde en tapant sur des roues de bicyclette. On pensait être débarrassé de lui pour de bon – le gars a dit qu’il arrêtait. Mais non : Depuis son riad au Maroc, le mec a décidé de revenir. Il paraît qu’il a trouvé des nouveaux pots de confitures vide pour « gling-gling » dessus avec une fourchette.

Je vous propose donc la date du 11 juillet 2020 à 22 heures, pour une séance de Médifocus d’environ 30 minutes afin que Jacques revienne sur sa décision. Qui ne tente rien, n’a rien, non ?

J’ai réalisé un Doodle pour participer, ici. Et vous pouvez télécharger la photographie à imprimer de Jacques sur ce lien.

Attention, il faut que l’on possède toute la même photo : n’en découpez pas une dans Les Inrockuptibles.  Merci à vous. Et merci à Ivan Smagghe et Autarkic sous l’alias Fundergound pour ce morceau.

Boombass – Pour Que Tu

Ensuite, c’est Hubert Boombass qui signe ce très beau morceau – sous son propre nom et non celui de Cassius. On ne va pas parler des difficultés à la fois intime, affective et artistique que traverse actuellement Hubert. Juste lui témoigner humblement que ce morceau est magnifique : en droite ligne du Elle et Moi, ce vieux morceau disco 70’s par Max Berlin. Saviez-vous que Max Berlin était le frère de Marc Cerrone ? Non ? Et saviez-vous que Sinclair est le frère d’Hubert Boombass ?

La Mverte – No Trepassers

Ça a débuté comme ça. Je feuilletais docilement Télérama qui m’annonçait la sortie du nouvel album de Vincent Delerm, « Panoramique ». Là, j’ai eu un moment de faiblesse. Je me suis dit : « Tiens…Et pourquoi pas » ? Après tout, moi aussi je le veux, mon grand frisson parisien. Moi aussi, j’ai envie qu’un artiste m’emporte à bicyclette sur la côte Normande. Avec le sourire aux lèvres et un pull marin rayé sur les épaules. Le sourire de ceux qui ont raison, le sourire des justes : le sourire de ceux qui votent Raphaël Glucksmann.

Donc, j’écoute Vincent Delerm de bon matin dans le tramway en couronne de Paris. Avec sa production étouffée et cotonneuse comme une émission de France culture, ses petites notes de piano mélancolique et ses jérémiades, je m’apprête à être transporté dans un film de Jacques Rivette. Sauf que je ne me trouvais pas dans le VIème arrondissement de Paris, mais dans le fameux XVIIIème arrondissement. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit du quartier situé au nord-est de la capitale. Un quartier qui se transforme petit à petit en Crackland. Bien loin – et en même temps si proche – des quartiers gentrifiés, c’est un peu comme le projet Amsterdam de la série The Wire : les mecs y fument du crack en pleine journée, écroulés sur les bancs ou bien errent comme des zombies aux ralentis, les bras croisés, en scrutant le bitume mouillé à la recherche de miettes de cailloux opiacés. Donc je suis là, de bon matin avec mon trip Delerm dans les oreilles et en face de de moi se tient une femme défoncée aux cracks. Écroulée sur la banquette, elle n’a plus d’âge et tient sa pipe en verre à la main. Elle porte une mini-jupe en jean crasseuse retroussé jusqu’aux hanches. Ses jambes tuméfiées sont maigres et osseuses, avec des marques qui tirent vers le violet et le jaune pisseux. Dans mes oreilles : Vincent Delerm me raconte ses souvenirs du Tour de France 1986.

Le décalage de réalité est un peu extrême. Les chansons de Delerm m’apparaissent alors comme une violence extrême : un message d’une caste étanche à la réalité, de la pure science-fiction. Tout le contraire de notre disciple du Malin, La Mverte. Alexandre Berly de son vrai nom, connaît bien le rugueux XVIIIème arrondissement pour y traîner ses bretelles la nuit. Il nous offre ce morceau sorti très discrètement : c’est dommage car ce twist de toxicomanes artificiels est une de ses meilleures productions. Même les mecs sans chaussettes de la Porte d’Aubervilliers lèvent le pouce.

Moesha 13 – No Go Zone

Moisha est jeune, représente Marseille et nous impose à coups de genou dans les couilles ses productions aux compte-gouttes. Son travail se situe dans ces sonorités actuelles qui mêlent glitch-Youtube en bitrate 128, gabber-tuning avec Air Max fluos aux pieds, rap français à la sauce Genesis P-Orridge et influences kuduro Angolaises épileptiques. Derrière les platines, on a été surpris de voir cette jeune fille mixer du black métal avec de la drill.  Les lecteurs de Gonzaï fans d’Eric Clapton seront dubitatifs, les autres – plus curieux – saluent l’effort. « Si c’est trop, c’est que tu es trop vieux », disait Iggy Pop.

Arnaud Rebotini – Workout (Perel remix)

En fait, j’ai bien écouté Vincent Delerm et je pense qu’il m’a ensorcelé. Chez lui, c’est souvent axé sur des images mentales nostalgiques Franco-françaises aux couleurs sépia. Une chose très curieuse, c’est sa manie de coller l’adjectif « garçon » à presque cinquante balais (« c’était moi, le garçon »). Il s’en sert presque autant que Alkpote dit le mot « pute ». Delerm ne dit jamais « homme » ou « monsieur » ou encore « jeune homme ». Non, il se voit toujours comme un adolescent dans sa chambre en 1983.

Il y a chez lui un morceau étonnant, presque punk rock dans l’attitude, qui s’appelle Hacienda. C’est sorti sur l’album précédent – oui, j’ai écouté tous ces disques. Un morceau culotté car le gars fait référence, l’air de rien avec son pull Armor Lux sur les épaules, au second summer of love Anglais ! Sur ces mêmes notes de piano interchangeables, le gars nous raconte le grand Manchester grisonnant, avec ses briques rouges, la techno, la sueur et la drogue. Il décrit le sol de l’Hacienda avec « les pieds qui collent à cause la bière », cite le groupe The Charlatans et les « filles indie-pop à franges ». Écoutez ces rimes du refrain : « Un enfant dort ce soir / sur ton t-shirt de Johnny Marr ». Mais quel escroc ! Le mec ose tout ! C’est tellement absurde que c’est superbe. Avec Arnaud Rebotini, on n’est pas très loin de l’Hacienda. Pendant le confinement, le moustachu techno a décidé de chanter comme Simple Minds en 1982.

Cardinal & Nun – I Met the Devil

La dernière personne exécutée en France par la guillotine, c’était le 10 septembre 1977 à Marseille. Malgré son ciel bleu, le macabre est une tradition dans la cité phocéenne. Sous le pseudo Cardinal & Nun, le jeune Marseillais Loïc Bodjollé s’inscrit dans cet héritage.  Il convoque l’EBM, le blues de Robert Johnson et un zest de disco. Un peu comme si le cerveau funèbre du groupe de black métal Darkthrone s’essayait à l’exercice d’un disque de house music.

Simon Says – Intermezzo (feat. Natalia Modenova)

Le groupe Pink Floyd sort un coffret rempli de compacts disques lasers 5.1 au son DTS pour audiophiles qui couvre leur période pas très glorieuse 1987-2019. Sérieusement, qui achète ces merdes ? Vraiment ! Un coffret super cher avec tous ces morceaux dégueulasses d’un groupe à la ramasse qui vit dans un château, se parle par l’entremise d’avocats et voyage en limousine séparé. Je ne sais même pas qui achète encore des compacts disques lasers à la Fnac ou Cultura. Peut-être les lecteurs du magazine français Rolling Stone ? Mais puisque que l’on parle de Pink Floyd, j’aimerais glisser ici mon amour pour ce disque sous-estimé du claviériste Richard Wright en solo. Son premier album solo « Wet Dream » de 1978 est sorti à une période pas top-top pour lui : après des années de bons et loyaux et services, Wright a vu son statut changer de membre fondateur à simple employé auquel on lui octroyait un salaire indigent pour la Pink Floyd Incorporation. Sympa les copains hippies. Son disque solo est cependant une merveille de rock-prog méditerranéen, du « Dark Side of the Moon » – sans le côté chiant – mélangé à du Steely Dan. C’est à l’ambiance gorgée de soleil 70’s que me fait penser ce très bel effort solo de Simon Says – du duo parisien Il Est Vilaine. Un disque que j’ai beaucoup à base de carte postale estivale, très érudit, entre pop 80 et poésie. Un rendez-vous aquatique.

David Shaw and the Beat – Nuclear Bomb

L’écrivain pop Tom Wolfe, a signé un article visionnaire qui pourrait décrire à merveille le dernier essai du punk David Shaw. Dans ce long article de 1965 commandé par la revue Esquire, Wolfe s’immerge dans la culture des fans de bagnoles 50’s customs, cette communauté qui ne jure que par les Cadillac avec des ailerons requins et des moteurs surgonflés. Rien que le titre original de cet essai en dit long : There Goes (Varoom! Varoom!) That Kandy-Kolored (Thphhhhhh!) Tangerine-Flake Streamline Baby (Rahghhh!) Around the Bend (Brummmmmmmmmmmmmm).  Wolfe dresse brillamment un portrait de ces fétichistes rebels qui ont le visage de James Dean tatoué sur l’avant-bras et des cachetons de méthamphétamine caché dans la poche de leur chemise en jean Levis.  Il a cette phrase pour les décrire : « ces concepteurs du baroque moderne de l’Amérique pour les ados ésotériques » qui colle pile poil à ce que tente d’insuffler David Shaw avec son dernier album. Vroom vroom !

Fabio Me Llaman Soltero – Fmlls (MontCosmik remix)

J’ai regardé en entier le dessin animé Scoubidou Rencontre Kiss (Scooby-Doo ! And Kiss : Rock and Roll Mystery en VO). L’histoire : pour fêter Halloween, le célèbre groupe de musique glam-rock KISS offre un grand concert dans son parc d’attractions. Lorsque d’étranges événements viennent hanter les lieux, le Scooby-gang décide de mener l’enquête. Pourquoi, je regarde ce truc ? Pour le geste, je suppose. En tant qu’œuvre, c’est vraiment une haute idée de ce que devrait être la pop. Anyway, j’ai passé un bon moment et aujourd’hui on a besoin de cela. Au fond, comme disait Pierre Drieu la Rochelle : « on est plus fidèle à une attitude qu’à des idées ». Ce qui pourrait résumer la carrière de Kiss. L’attitude, c’est aussi très important chez ce jeune Nantais de MontCosmik. Il sort des productions superbes où l’union des chaires et le ténébrisme se rejoignent pour ne former qu’un. Hail Satan !

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