Tu ne connais rien à la techno ? Tu veux qu'on te laisse tranquille pour écouter tes vieux disques de Bowie en chouinant ? Ok. Mais sache que dehors les jeunes t'attendent pour la révolution et qu'ils sont chauds : Villanova, Vox Low, Loic Minel, Simple Minds et SvenVäth... Ces mecs sont armés de barres de fer et veulent en découdre avec la terre entière.

Remote – Tyckal

Alors, on s’absente deux secondes ici, et ça devient l’arrrière-salle de Rock’n’Folk ? Ouin-ouin-les guitares du VRAI ROCK, ouin-ouin Iggy Pop et les Rolling Stones. Et les punks parisiens de Remote, on attend qu’ils soient morts et réédités en coffret chez Rhino pour en parler ? Personne pour voir la filiation directe avec le « Spreading The Disease » d’Anthrax en 1985 ? Mais merde, ces mecs sont les outsiders de la techno bleu blanc rouge depuis 2008 avec leur premier album avant-gardiste « Dark Enough ». Le sort s’acharne sur eux et il faut guetter les maigres pistes en digital pour pouvoir se prosterner aux pieds de ces Thanatos de cuir chromé et en jeans remplis à craquer. Au programme, des pulsions cuirophiles et une virée dans une nuit aussi noire que le reflet de fantasmes aux allures reptiliennes et souterraines.

Andrew Weatherall – The Last Walk (Vox Low Riding The White Horse Version)

Western et duel au soleil. Vox Low, nos chouchous parisiens, ont fait du chemin et c’est en toute logique qu’ils remixent le gourou des opiacés digitales, Sir Andrew Weatherall – c’est lui que l’on entend au chant. Un titre qui peut faire écho à différents morceaux western-hippie, comme l’album solo de John Philips, du guitariste des Mamas & The Papas, en 1969 : comptines à la steel guitar sous Dexamyl et le « Voice Of Change » du groupe Mason Profitt. Ou encore, au sous-estimé album solo de David Crosby de 1971, “Cowboy Movie” : trip de près de dix minutes à travers les collines rouges et arides de Topanga Canyon en route vers l’Olympe de Bel Air pour aller prêter obédience à des cultes noirs californiens: lent, hallucinatoire, malsain et hippie. Me and my good partners we were riding…

Arnaud Robotini – Seeking Hapiness

On le pensait fini et rincé. De mauvaises langues comparaient même ses derniers efforts avec Black Strobe à du Dick Rivers mélangé à de l’EBM lourdingue. Et ce n’est pas sa reprise du In The Ghetto d’Elvis qui va jouer en sa faveur… Et pourtant, tel Rocky Balboa contre Dolph ‘Ivan Drago’ Lundgren, il trouve la ressource pour relever la tête. C’est au milieu d’un maxi lâché au hasard qu’apparait ce morceau, Seeking Hapiness, belle et poignante comme le slow de Megadeth A Tout Le Monde. Rebotini endosse le costume de martyr, revêt le Saint-Suaire de Dave Mustaine et, sans aucune honte, se met à nu et pleure tout son saoul dans ce morceau au relents d’Human League au ralenti. Il cherche notre pardon pour expier ses péchés devant l’autel des vierges noires. Alors oui, Arnaud, c’est comme cela qu’on t’aime : il est là le southern blues digital que tu recherches. Avec ça, tu laisses la concurrence de jeunes minets en slim sur le trottoir. Et tu leur pisses à la raie. Welcome home, monsieur Rebotini.

A&N – Infection

« CHRIST EST MORT POUR NOS PÉCHÉS. » Quand on arrive à Marseille, via l’autoroute du soleil, il y a ce message peint sur un mur entier, lettres blanches sur fond bleu azur d’environ douze mètres sur six. Depuis toujours, ce slogan m’interpelle. On l’oublie à chaque fois, et quand on passe devant, d’un coup – bam ! – tu remets en question ta vie entière. Et ce n’est pas pour rien que cette inscription se trouve à l’entrée de la cité phocéenne : comme une mise en garde avant d’entrer dans l’Empire du vice. Le label de La Dame Noir l’a bien compris, il règne sans partage sur cette nouvelle Babylone à l’influence démoniaque, tel un roi Nebucadnedzar sous opium et virtuose des arts sataniques. Disque après disque, tels des hosties tachées de sang, inlassablement les maitres ouvriers de ce label évangélisent les nantis, les pécheurs, sous un soleil de plomb et en claquettes Arena. C’est lent, c’est moite, c’est pute, c’est beau à pleurer, comme les larmes de sang du Christ dans le jardin de Jétsémaneh.

DJ Oil – Rain

David Guetta ? Demandez-lui, ce qu’il pense de DJ Oil. On pensait la route du DJ marseillais toute tracée, en pilote automatique. Entre deux sorties au Frioul et La Belle de Mai, celui qui ressemble curieusement à une version hip-hop de Jean-Pierre Daroussin dans les films de Guediguian, crée la surprise avec ce maxi. Et ce n’est que justice pour cet activiste des premiers jours : je me souviens de ses émissions sur Radio Grenouille, que j’enregistrais religieusement sur des K7 scotchées. La découverte de Tangerine Dream, Donna Summer ou les Blackbirds. Au final, c’est ce que l’on retrouve ici : influence afro-punk, jazz funk psyché au BPM martial et krautrock fumeux.

 Clayton Steel – Forget

La Deep House ? Voilà ce que c’est devenu : un ramassis de connards de droite tout maigres qui se dandinent mollement en Marcel échancré. Un truc dégueulasse à la Martinez Brothers. On a du pognon, du rosé, Instagram et on t’emmerde. Cette merde pue autant qu’un emploi fictif d’attachée parlementaire. Continuez à fermer les yeux et à boire du club maté : un jour le grand Armageddon viendra. En attendant, on peut s’intéresser à la synth pop fiévreuse et fébrile du mystérieux Canadien Clayton Steel. Il reprend ici fièrement le flambeau des Pet Shop Boys. L’époque de l’album « Introspection » en 1988. Une pochette chromatique où on pouvait admirer ces photos intérieures signées Eric Watson, et où les Pet Shop, tout en couleur pastel jaune canari, serraient un petit chien mignon.

My Favorite Robot – Manifesto (Villanova RMX.)

« Sell out, is the new underground » : se vendre, c’est le nouvel underground. Toutes les nuits (froides), j’écoute des maxis techno. Et au fond d’une face B, cette track qui me scotche direct. Un véritable manifeste techno que n’aurait pas renié Guy Debord, digne des plus grands anthems technos comme We Have Explosed de FLSOL, What Time Is Love de KLF ou le Junkie’s Prayer de Mirwais. À écouter en boucle, comme un mantra discoïde lent, en regardant sans le son une VHS de Johnny Mnemonic : film cheapo-cyber punk hypnoptique avec Keanu Reeves, Takeshi Kitano et Ice T. Ces mecs de Villanova t’apportent les clés de l’univers sur un plateau en argent.

Superpitcher – Raver

Le saviez-vous ? Si on synchronise « Dark Side Of The Moon » de Pink Floyd avec le film Le Magicien d’Oz de 1933, on assiste à un véritable rite occulte : les paroles font sens avec l’action du film et révèlent un sens caché. Pour que cela fonctionne, il faut appuyer sur play pile au moment du troisième rugissement du lion de la MGM. Faut-il y voir un complot illuminati du troisième ordre mondial ? Après tout, l’auteur original du livre – OZ de L. Franck Baum – faisait partie des cercles occultes instaurés par la prêtresse new-yorkaise Helena Blavatsky en 1908. Les mecs de Pink Floyd, eux, étaient juste des gros hippies défoncés qui ont trop forcé sur les livres de Science-Fiction et la bière tiède. Cela reste une énigme. Tout ça pour dire que je viens de découvrir que le dernier morceau du producteur allemand Superpitcher est la bande-son parfaite du film An American Hippie in Israel de 1972.

Zarkoff – Someone, Somewhere In Summertime

L’idée ? Quand Steve Strange du groupe Visage est décédé, le label Unknow Pleasures a enregistré une compilation tribute à la scène new wave. L’occasion d’écouter des covers de nos idoles post-punk maquillées préférées : Gary Numan, Human League, Depeche Mode période prépubère de « Speak & Spell », Duran Duran, Fad Gadget et ce morceau des vilains Écossais de Simple Minds. Une façon de marquer sa différence aussi : ceux qui étaient haïs dans les pages de Rock’n’Folk se révèlent de véritables héros aujourd’hui. Une façon de dire qu’on emmerde Jimi Hendrix et que plus personne n’écoute un groupe pourri comme les Who.

Loic Minel – West Is Far

« Il n’y a rien à faire / excitation au niveau zéro / je ne peux pas me trouver de filles / parce qu’elles cherchent toutes des héros / Et on est rien qu’une armée de mecs qui s’emmerdent avec rien à faire. » Voilà ce que hurlaient les punkrockers de The Adolescent en 81. Là, je suis revenu de la fromagerie bio où j’ai acheté du Brillat Savarain frais que je déguste au chaud en écoutant le dernier Benjamin Biolay. Et tout en écrivant ces lignes, je me dis que je suis trop vieux pour toute ces conneries. Et puis ce génial Loic Minel sort ce maxi – très rockab-new wave – et je me prends à imaginer un monde meilleur : celui où Peter Hook de New Order jammerait sur le slow prog-rock Estranged de douze minutes signé Guns’n’Roses. D’ailleurs, avez-vous remarqué que la pochette de « Use Your Illusion » est un détail de la fresque L’école d’Athène de Raphaël ? RIEN n’est jamais dû au hasard..

Mixhell – Crocodile Boots

Simple pose que de citer des œuvres heavy metal ici ? Pas sûr, car au final tout se rejoint. Voyez plutôt : ici, bizarrement, il s’agit du batteur de Sepultura qui s’acoquine avec les Anglais drogués acid house de Paranoid London. Le résultat est une longue jam enfumée dont émergent ces trois titres. Le death metal de Sepultura, la club culture Aciiiid, le Mahavishnu Orchestra et même un zeste de l’esprit kraut de Can. Niveau post modernisme, qui dit mieux ?

 Tiga – No Fantasy Required

Alors lui, personne n’en attendait plus rien. Le mec revient d’entre les morts. Depuis la vague electroclash, le producteur Tiga m’a toujours fait penser à un mec arrivé au sommet de la Jet set par hasard. Du genre à se mettre de la coke dans le nez en attendant de mixer, fiévreux et sentant la chatte chinoise, dans un palace de Shanghai avec le jetlag dans la gueule. Moitié Bob Sinclar, moitié Motley Crüe. Et puis, il réalise ce putain de disque qui s’est révélé un des meilleurs albums de l’année écoulée. Il fallait vraiment un mec comme lui, qui soit sorti de l’underground pour se vautrer dans le stupre et la décadence pour nous ramener le zeiteigst des 80’s: ultra froid, triste, minimal, chanté donc pop. Magnifique.

 OFF – Be my dream. 1988

Écouter ces vieilles merdes techno-EBM racées, c’est comme écouter « On The Beach » de Neil Young. C’est aussi un message pour tous ces « producteurs » fatigants avec leurs banques de sons d’usine Abbleton. Les disques des Allemands de OFF – pour Organisation For Fun – ce sont les lois hébraïques gravées dans la pierre du Mont Sinaï, le buisson ardent et Moïse qui se bat contre les idoles du dieu Baal. Et pour ceux qui n’en ont jamais eu rien à foutre de Sven Väth – c’est lui qui hurle sur ce morceau – cette piste magique permet de le cataloguer comme le Gary Numan de la techno. Avant-gardiste, visionnaire, punk et pop à la fois, avec une attitude dingue à la Glenn Danzig en tee-shirt noir sans manches. Au final, de quoi on a besoin au juste ? Des machines, des rangers et de la bière. Et nique ta mère.

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