Avec la luxueuse publication de “Axe Victim” en juillet dernier, premier album de Be-bop Deluxe initialement paru en 1974, Cherry Red Records poursuit la réédition de l’œuvre studio du groupe mené par le guitariste Bill Nelson. L’occasion de redécouvrir cette formation britannique à la trajectoire singulière allant du glam rock flamboyant teinté de progressif à la New wave synthétique.

Un coffret comprenant trois CD garnis de bonus, une « John Peel session », un DVD, un livret illustré, un poster et même des cartes postales… On se demande si “Axe Victim”, enregistrement certes intéressant, mais plutôt mineur, méritait autant d’égards. Oui, car la démarche s’inscrit dans un projet d’ensemble, Cherry Red Records ayant entrepris il y a quelques années de rééditer progressivement l’entière discographie de Be-bop Deluxe initialement parus entre 1974 et 1978.

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Cette réédition est l’occasion de rappeler que ce groupe quelque peu oublié a fourni une contribution non négligeable à l’esthétique glam aux côtés de Roxy Music, T-Rex et autres David Bowie. Toutefois, le premier effort que représente “Axe Victim” peine encore à s’affranchir de l’ombre tutélaire des Spiders From Mars, en mêlant extravagance électrique et une solennité très Rock’n’roll Suicide. Néanmoins, le talent de compositeur et d’interprète de Bill Nelson s’y affirme déjà. Tout comme sa dextérité à la guitare qui s’exprime souvent ici en mode cascade. Notons cependant que la virtuosité n’étouffe pas trop les chansons et leurs atouts mélodiques. À l’image de Adventures In A Yorkshire Landscape ou la lumineuse six cordes de l’Anglais navigue déjà avec une grande aisance entre blues et jazz. Nelson se révèle aussi être un chanteur habité aux qualités vocales indéniables. On en jugera à l’écoute de ses morceaux mid-tempo aux refrains un peu sucrés (l’hymne contagieux Jets At Dawn, sortie en 45 tours à l’époque) qui sont aussi les plus convaincants. Nelson s’en tire par ailleurs très bien en matière de balade interlope avec le crépusculaire Night Créature.

Entre glam progressif et New wave

Plus intéressant encore est Darkness (L’immoraliste), titre qui ferme l’album original. Les inflexions nasillardes de la voix rappellent toujours Bowie. Mais ce morceau glitter-baroque, avec son piano, ses cordes et ses chœurs emphatiques annonce la sophistication qui marque les 33 tours suivants, “Futurama” (1975) et de “Sunburst Finish “(classique du groupe paru en 1976 dont la pochette au mauvais goût certain est reproduite dans l’article L’Histoire du féminisme derrière les pochettes misogynes publié dans le dernier numéro papier de Gonzaï). Des albums qui seront par ailleurs enregistrés sans les musiciens qui interviennent sur “Axe Victim” (le guitariste Ian Parkin, le bassiste Robert Bryan et le batteur Nicholas Chatterton-Dew), la version originelle de Be-bop-Deluxe étant rapidement dissoute. Nelson s’entoure ensuite de techniciens plus solides (le bassiste Charlie Tumahai, le batteur Simon Fox et le claviériste Andy Clark).

En leur compagnie, le guitariste élabore un étonnant mélange de rock décadent et de lyrisme prog’ dans lequel les claviers et les ruptures rythmiques joueront un rôle majeur. Mais la formule ne durera qu’un temps, car Nelson est un artiste particulièrement curieux et ouvert aux expérimentations. Apte à se remettre en question (ce qui est suffisamment rare pour être mentionné concernant un musicien de sa génération), il sera profondément marqué par les apports de la new wave à la fin des années 1970. Il entraînera son groupe vers des contrées plus épurées dans le passionnant “Drastic Plastic” (1978 – seul album malheureusement non réédité par Cherry Red), disque qui clôt l’aventure Be-bop Deluxe. On y croise des morceaux gorgés de riffs punky (Loves In Flames, Possession) voire déjà très « synthpop » (Electrical Language). D’autres possèdent la rigidité du post-punk « dur » naissant (le diptyque New Precision/New Mysteries). Des chemins qu’empruntera aisément le compositeur par la suite, que ce soit en compagnie de Red Noise (Sound-on-Sound, 1979) ou sous son propre nom dans les années 1980.

Réédition de “Axe Victim” chez Cherry Red, en commande ici.

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