Ian Svenonius n’a pas d’âge. Une sorte de fils caché (et improbable) de Kid Congo. Comme lui, Ian a multiplié les formations (quatre au compteur) avec une carrière démarrée il y a plus de quinze ans. Il signe un quatrième LP sous l'identité Chain & The Gang intitulé "Minimum Rock’n’Roll", d’une durée de trente-deux minutes. Le minimum certes, mais pas syndical.

Chain_And_The_Gang_-_Minimum_Rock_N_Roll_1024x1024Du panache, une gueule, et une voix de story teller défoncé au crack. L’essence de Chain and The Gang réside dans l’énergie de ce showman, qui crache ses lignes dans la gueule d’un micro qui ne lui a rien fait. Ian Svenonius a ce côté inquiétant, malsain et terriblement fascinant propre à l’emploi. Pour le reste, les trois filles s’en chargent : mélodies, choeurs, instru… Et si on voulait pousser le vice du cliché de la chronique rock éculée, puisqu’on y est déjà jusqu’au cou (un exemple pour les novices, il n’est plus permis depuis bien longtemps de faire le coup du fils caché dans une chronique musicale), je dirais que Svenonius nous rappelle un certain Jagger sur scène, au look dandy trash (et j’en ai fini). Mais ce qui est bien avec lui, c’est qu’il joue son rôle avec une sérieuse dérision. C’est le genre de chanteur qu’on verrait bien à Marble Arch, le corner’ speaker de Londres où des freaks en tout genre viennent prêcher tout et n’importe quoi. Sûr qu’il rameuterait une belle foule de cinglés autour de lui.
Mais Ian n’est pas uniquement le singe mal léché qu’il exhibe sur YouTube. Écrivain en parallèle de son groupe, il signe des ouvrages aussi barrés que sa musique, comme en atteste son dernier (2012), Supernatural Strategies for Making a Rock ’n’ Roll Group. L’auteur assure y proposer une « vision révisionniste de l’histoire du rock« , notamment par le biais d’entretiens exclusifs avec Brian Jones et autres rock stars trois fois mortes, dont le discours ne peut être que totalement désintéressé.

Mais oubliez tout ça. Pour une première écoute, on se moque totalement de ce que raconte le type dans sa chanson ou de savoir s’il a traduit Jules Vernes en hébreux. Du moins si on est un minimum amateur de rock’n’roll comme le dit le chanteur. Une assertion qui n’est apparemment pas de l’avis de tous. Lorsque j’ai lu dans le petit pitch envoyé par les attachés de presse que Svenonius signait avec cet album « une charge contre la sur-information, le trop de « tout » qui nuit finalement au plaisir », je me suis demandé depuis quand on s’intéressait aux paroles dans le garage et le rock. Sa chanson Devitalize dénoncerait la gentrification, ai-je lu ailleurs. Moi, j’avais juste compris qu’il gueulait Just go home ! De là à entamer un commentaire de texte sur un morceau de deux minutes, c’est un peu exagéré. C’est comme si je disais, « le rock, c’est un peu comme la litote en littérature, c’est censé dire le moins pour suggérer le plus, mais par la musique et l’intention, tu crois pas ? »

Continuant mes recherches, j’ai lu dans le Washingtoncitypaper.com (à prononcer dot com si on veux parfaire son image de connard snob) un truc du genre « le rock demeure le vecteur choisi par Svenonius pour délivrer ses manifestes sociopolitiques ». Hé, les gars ? On s’en fout !!! Pas besoin de connaître la teneur du manifeste, le son suffit à faire jouir des tympans en mal de violence choisie. Là, on trouve un groupe qui envoie des riffs gratuits et répétitifs, bien pensés. Une voix grave, archi sensuelle et décadente. Une basse sombre qui crée la tension nécessaire. Inutile de poursuivre la dissection sommaire (et chiante) du son de Chain & The Gang, il s’agit là de rock garage pur sang, point. Enjoy.

Chain & The Gang // Minimum Rock’n’roll // Fortuna POP !
http://chainandthegang.bandcamp.com/


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3 commentaires

  1. Si les deux premiers albums de Chain and the Gang ne sont pas indispensables pour quelqu’un qui ne considère pas que Ian Svenonius est un dieu vivant, c’est vrai que In Cool Blood est assez jouissif.
    Pour le dernier, c’est encore trop frais pour me prononcer.
    En concert à la Méca dans pas long.

  2. A écouter aussi, le duo XYZ qu’il forme avec Baldu des DumDum Boys, (boites à ryhtmes vintages, synthés analogiques et guitares fuzz) le 33t viens de sortir sur monotone records.

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