Souvent relégués au fond de top 10 d’artistes à suivre parrainés par des marques de téléphone, ils luttent contre 60 ans d’histoire pour se faire une place dans le cœur d’auditeurs qui croient avoir tout entendu. Parce que les meilleures histoires sont souvent les plus courtes, Gonzaï leur rend hommage avec un petit tabouret vers la gloire nommé C’est bien c’est nouveau. Aujourd’hui, Yellow King, un groupe qui refuse d'apparaitre à l'écran (mais rien à voir avec Fauve, ouf). Yellow certes, mais pas King de l'image.

Un groupe en appelant un autre, les types dont il est ici question ont formé Yellow King alors qu’ils jouaient ensemble dans Poincaré (dix hommes, dix guitares, cent pédales) tout en étant membres de Twin Pricks, My Lovely Underground, etc… Je simplifie pour que ça ne finisse pas comme la généalogie des Tudors. Quatre répètes plus tard, nos six hommes ont foncé en studio pour en choper l’instantanéité et en ont tiré ce disque éponyme. Aussitôt composé aussitôt pressé. Et ce qui ressort de cette trinité gravée dans l’urgence est le plaisir comme moteur créatif et forcément communicatif. Des Harvey Pekar du disque… en plus beaux et moins taciturnes.

Quand on n’attend rien en retour on donne le meilleur ? C’est le mantra d’American Splendor et je pense que c’est ainsi que des disques hors formats comme celui-ci existent. Hors formats par sa tracklist, par la longueur des titres, et bien sûr par l’objet qui en est la vitrine.

Ca démarre en burn avec un premier titre qui donnerait des idées à John Frusciante, avant de passer dans un trip cosmologique accentué par un son nourri d’icônes du passé et de tape echo. Une fois lancé, on a le droit à trois morceaux saucés 70’s qui évitent de tomber dans la resucée tant à la mode. Le disque est une transe progressive en trois actes bouillonnant dans un psychédélisme de forme (le son convoque les grandes figures du genre), distordu, lançant des envolées à la fuzz de la vallée de Neptune, les mêmes qu’Omar Rodriguez Lopez aime visiter. Qu’on se rassure, on n’a pas affaire à du psyché de bac +5 arts du spectacle : il faut le riff, le gimmick qui agrippe. Ces trois actes en regorgent, des appels (The Calling) qui commencent en douceur, t’embarquent et une fois que t’es bien attaché, te propulsent là où aucun acide ne t’emmènera jamais. En guise de dernier acte, on a le droit à un pur manifeste de nostalgiques par effet de miroir sur un anthem foudroyé. Entendez par-là des mecs qui revisitent à leur manière certaines grandes figures 90’s (Temple Of The Dog, Stephen Malkmus), lesquelles ont elles-mêmes, en leur temps, honoré les 70’s. L’hommage appelle l’hommage, chaque génération vénérant la précédente lors de son baptême dans l’Electric Church.

En bref, Yellow King est une grande convocation née dans une cave à l’instar des cultes primitifs pour répondre à cette question existentielle : “Are you experienced ?”. La réponse s’impose d’elle-même : “they are”.

Yellow King // S/T // Specific Recordings
https://specific.bandcamp.com/album/yellow-king-yellow-king

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