(C) Gérard Love

Revenu d’à peu près tout, le leader des Happy Mondays sort un disque malin – « Visits From Future Technology » où il met en avant son enthousiasme au service d’une pop joyeuse. 

Oui, mes gâtés : c’est bien Shaun Ryder des Happy Mondays sur cette photo. On pensait que le mec était complètement à la ramasse, à près de 60 ans, tenant le zinc d’un obscur pub de Manchester à sucrer des fraises entre deux rééditions sur ces jours glorieux des années 90 – soit il y a 20 ans. Et le voici, un nouvel album sous le bras, avec ce physique le faisant ressembler à un mix entre Mr Spock et Shrek. Qu’est-ce qui t’est arrivé, Shaun ?

 

L’ancien leader des Happy Mondays a été très récemment atteint d’une sorte d’alopécie qui lui a fait perdre tous les poils : capillaire, sourcil, couilles, etc. Pour remédier à ce problème, qui tombe en pleine promo de son nouveau disque de la résurrection, « Visits From Future Technology », il s’est fait un tatouage permanent aux sourcils ainsi que sur le crâne pour imiter des cheveux, afin de moins ressembler à « un gros orteil », dixit le principal intéressé.

Pour ceux qui connaissent le personnage et se sont délectés de sa biographie – Twisting My Melon en 2011 et inédit en France – on peut penser que ce genre de merde n’arrive qu’à lui. Une de plus. Car, telles les tribulations bibliques de Job, Shaun Ryder a connu lui aussi son lot de souffrances, d’errements et d’interrogations existentielles. Il a dansé un peu trop collé serré avec le diable. Ce dernier, ricanant sous sa capuche noire, n’hésitant pas à lui désigner, de son doigt aux ongles pointus, un sablier maléfique s’écoulant trop vite – gnark ! gnark ! gnark !

Sortez-moi de là

Depuis 1992, Shaun Ryder a survécu à peu près tout : aux magouilles de Tony Wilson et Factory Records, aux dealers de Manchester, aux coups de putes du star system, à l’alcoolisme, au crack-bordel-de-merde, à l’addiction lourdingue avec l’héroïne pendant deux décennies, à la perte de ses dents, à trois divorces et quatre pensions alimentaires, aux regards éplorés de son comptable, aux rires et moqueries du public devant le changement atypique de son physique, à la saisie de sa baraque, aux redressements judiciaires à répétition, aux arnaques de ses agents-avocats-amis et autres assignations en justice.
Pendant que les critics rocks le traitaient d’analphabète – et donc d’abruti – il a subi une opération de la hanche et porte désormais une prothèse, lui laissant une claudication – pour laquelle, par vanité, il refuse de se servir d’une béquille. Il ne possède plus de sourcils et connaît des problèmes de thyroïde qui ont gonflé son corps. Il a aussi chopé un Covid hardcore qui l’a cloué au pieu un paquet de jours. Et il souffre d’arthrite. De plus, il a été diagnostiqué du syndrome TDAH – trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention. C’est sympa, tout ça, nan ?

I look like Uncle Fester”: the second life of Shaun Ryder - New Statesman

Question musique, on ne compte plus les reformations des Happy Mondays et Black Grape, aux line-up changeants. Ryder n’a plus réalisé d’enregistrement depuis pratiquement 2010. Qu’a fait notre ancienne gloire de l’indie-dance depuis tout ce temps ? Il a trouvé une sorte de rédemption médiatique à travers… la télé-réalité.

Oui, l’ex-chômeur de Manchester est bizarrement devenu une star aux yeux du grand public en participant à l’émission anglaise, Sortez-Moi De Là Je Suis Une Célébrité – où il est arrivé en finale. Plus tard, entre deux apparitions dans Qui Veut Des Millions, il a aussi participé à un autre programme où il se met à la recherche des extra-terrestres – Shaun Ryders On UFOs sur la chaîne History Channel.

Ne le jugez pas :  le mec n’avait plus rien à bouffer. Les années 90 n’étaient plus – et pas encore – à la mode. La gueule de bois a été très lourde pour Ryder qui se retrouvait sévèrement addict à l’héroïne. Tonton Shaun n’avait plus de thunes, mais possédait cependant des tonnes de dettes. Comment ramener de la nourriture sur la table de la cuisine si plus personne n’achète de disques et si l’on est considéré depuis 1995 comme un loser et/ou un junkie ? Il a donc à accepter des propositions indigentes : faire le con à la télé.

Il y a un côté malsain à voir finir sa carrière de cette manière ; surtout quand on a été décrit comme un des plus grands poètes anglais doublés d’une des plus éminentes personnalités issues de la classe ouvrière anglaise. Car, si le visage de Shaun Ryder a disparu des couvertures des magazines de musique, il s’affiche désormais sur celles de Télé 7 jours, en tête de gondole des caisses de supermarché.

 

Depuis ses shows télé à la recherche des extra-terrestres et Sortez-Moi De Là, il s’est encore vu proposer de participer à l’émission poubelle 100 Years Younger In 21 Days. Le principe ? Des stars has been se rendent en Sardaigne, où elles sont soumises à des tests pour voir quel âge elles ont – à l’intérieur et à l’extérieur de leurs corps – avant d’être soumises à des régimes alimentaires stricts, de l’exercice et à des traitements peu orthodoxes.

L’un de ces traitements inclut des shampooings à l’urine de vache, des soins du visage aux escargots ainsi que des lavements au café. Générique de fin, rideau. On rallume la salle et le public se dirige, encore groggy, vers le discret éclairage de couleur verte au-dessus de la porte : sortie de secours.

Et puis, sorti de nulle part : ce nouveau disque

Entre deux projets boiteux pour la télévision et des concerts de reformation nostalgiques, Shaun s’est construit un home studio au fond de son jardin. Petit à petit, et avec l’aide de collaborateurs de passage, il a mis en boîte un paquet de morceaux. Son manager de l’époque lui a conseillé de ne pas les sortir et de rester concentré sur sa nouvelle médiatisation people. Dix putains d’années se sont écoulées. Et c’est en écoutant, durant le confinement, les conseils plus éclairés d’Alan McGee – ancien patron de Creation records – que Shaun Ryder s’est enfin décidé à sortir ce projet du tiroir.

Ryder ne fait pas cela pour la gloire. Plus personne n’écoute des disques en entier et les retombées de streaming sont anecdotiques. Mais il a envie de se faire plaisir. À l’écoute de ce disque, il est à l’aise, il prend son pied et cela se sent. Tous les morceaux sont malins, frais et en dehors des étiquettes : vaguement dance, très alcoolisé, enfumé, purement anglais et donc magnifiquement pop. Certains sont influencés par les Talking Heads – comme l’addictif Mumbo Jumbo – d’autre par The Clash – Popstar’s Daughters. Le résultat est vraiment surprenant de fraîcheur.

Il y a une injustice qui persiste avec le cas Shaun Ryder : on le catalogue comme un gros défoncé ou un analphabète qui aurait connu une brève période de gloire durant les années 90, et puis plus rien. Il n’en est rien. Que cela soit avec les Happy Mondays ou Black Grape, Shaun Ryder a rarement commis de mauvais disques. Monsieur est talentueux, bosseur et exigeant. Je ne comprends pas que chaque nouvel effort lancé par un Nick Cave ou un Jarvis Cocker soit accueilli avec des colliers de fleurs par certains médias tandis que Shaun Ryder ne récolte que sarcasme ou indifférence.

Mais la routourne va tourner. Voilà quelques semaines, le très sérieux journal The Times se fendait d’un long portrait du Mancunien en le qualifiant de « trésor national anglais ».

 

Sans tomber dans un virilisme claironnant, ce type est définitivement une icône pop, un survivant : un artiste qui est revenu de tout et qui se fout de ce que l’on peut bien penser de lui. Et allez bien vous faire foutre avec votre Nick Cave et son grand front ! Célébrons ensemble le retour de Ryder – ce Charles Bukowski fluo – sa gouaille, son charisme bordélique de poète de l’ecstasy. Shaun est un grand parolier, mais il est surtout l’un des pires chanteurs de la pop. Et il a fait de ce défaut – chanter faux – une force et une marque de fabrique dont on se délecte. Moitié Brian Wilson pour la pop solaire et moitié Shane MacGowan pour la déglingue, il possède ce que 98 % des autres artistes tièdes n’ont pas : une âme, une attitude de fils de pute, du charisme à revendre. Ryder, c’est le John Lee Hooker de la défonce animé d’une voix qu’un Keith Richards n’a jamais pu posséder.

Je t’aime très fort mon gros, Shaun. Avec ou sans sourcil, tu es un putain de héros.

Shaun Ryder // Visits From Future Technology // 2021 / SWRX Recordings
https://slinky.to/VisitsFromFutureTechnology

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15 commentaires

  1. j’ailancé des oranges a la gueule du type a al loco! en venant dune soiree heavely avec flowered up manics e st etienne. on n’est pari pas loin renifler et boire un carton de rouge.

  2. LES HAPPY MONDAYS C’ETAIS DEJA A L’EPOQUE DE LA MERDE EN BARRE 78 CARATS ALORS UN ALBUM SOLO DE CET ESCROC DE Shaun Ryder EN 2021 J’EN A RIEN A BRANLE

  3. toi le broussalieux enmerdeur en chef ( c peut dire!) & tu en sera content tellement tu es bête!! bête! reste dans ton confinement trouve toi une copin(e) et fout nous la paix içi a gonzai, t é un super hasbeen, il en faut d’akord, mais eloigne toi, joue en ligne gagne et voyage.

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