Qui est David Aiguillon de Fenioux, dans le 79 ? Les sourcils de Domenech sont-ils plus épais dans la réalité que dans la BD de Bouzard ? So Foot relit-il TOUTES ses planches avant parution ? La Mannschaft est-elle vraiment encore constituée de grands blonds à moustache, coiffés d’une mulette ? Qui est Bouzard ? Y avait hors-jeu ou pas ?

Lecteur gonzaïeux, salut à toi. J’ai des précisions à t’apporter, avant le coup d’envoi : Bouzard n’a pas sorti de super disque de rock tout bizarre vendu à 142 exemplaires et chéri par une secte de 142 obsessionnels de la pédale fuzz overkitée crachant du shoegazing au kilomètre, leur œil triste lorgnant, of course, vers le bout de leurs boots. Non, Bouzard est dans les p’tits Mickey, comme on dit. Mais tu peux rester, tu verras, c’est marrant. Comme lui, oui. Mais pas toujours, ça dépend des fois. Tout le monde peut passer au travers de son match, même les plus grands champions, comme nous le verrons plus loin. Bref. Seconde précision : même si tu n’aimes pas le foot, dont il va beaucoup être question dans les lignes qui vont suivre, tu peux rester tranquille en tribune, ça va valoir le coup. Enfin, j’espère. Le temps de retrouver mon sifflet, mon short lycra orange millésime 89, et on y va.

Plageman, bitch soccer

J’ai rencontré Bouzard sur une plage : son stylo y dessinait un loser avec un pagne pour cape et un ballon de volley en guise de masque. C’était Plageman, super héros des campings balnéaires transpirant la lose à plein nez. Ca se passait quelque part dans les années 90, une époque où mon budget BD débordait souvent du relevé de compte. Le mec qui a inventé la Carte Bleue doit être un descendant du Catenaccio : une famille d’enculés, définitivement.

Penser à garder sa position sur le terrain, oublier les gouttes de sueur qui piquent dans les yeux, ne pas se jeter, ne pas s’éparpiller, regarder le ballon, pas l’homme.

 

Plageman m’ayant arraché quelques sourires, je le conservai dans ma bibliothèque. Il y est encore. Mais pour dire la vérité, un gros tas de poussière s’est installé dessus. En BD comme en musique, quand on commence à vouloir être renversé cul par-dessus tête à chaque disque / album à bulles, on se prend à mettre la barre de plus en plus haut. Et, aussi sûr que le dernier Saul Williams est une grosse daube (et ça, c’est pas cool), Bouzard n’avait chez moi pas réussi à détrôner Gaston Lagaffe et Alan Moore. Le temps a passé. Un chrono de 90 minutes ne suffirait pas. Il y a eu Dark Knight, le mondial 2002, Laetitia Shériff, RIEN, le mondial 2006 et l’hoooooooorrible adaptation de Watchmen au cinéma, l’Euro 2008 ; bref, Bouzard et moi, on ne se causait plus. J’avais oublié (c’est vrai, ask to the dust). Mais depuis tout ce temps, on avait un point commun : une passion irraisonnée nous poussant à regarder 22 mecs de plus en plus tatoués au fil du temps, courant après un ballon de plus en plus flottant les années passant, tenter de pousser ledit ballon dans une cage de 7m32 sur 2m44 pour désigner la femelle sur laquelle iraient se jeter les mâles de l’équipe (ceci est un sample de Pierre Desproges). On était donc amené à se revoir. Ca s’est passé en 2006.

So Foot, théâtre de Bouzard

 

Le match retour, je l’ai joué tranquille à domicile. Un ami m’a ramené le numéro de So Foot avec Ribéry en couverture : le début d’une histoire d’amour qui dure depuis bientôt six ans (avec So Foot, bande de barjots, pas avec Ribéry), qui m’a aussi remis Bouzard entre les crampons. Bigre ! Le bougre y dessine sur le foot. Et c’est drôle (enfin pas toujours), nom d’un stade sponsorisé par une multinationale de l’assurance. Et tout ça est sorti récemment en BD, sobrement intitulée Football Football.

Penser à ne pas trop causer technique, crochet du gauche et croquis sans gouache, pour ou contre Domenech, roulette, une-deux et coup d’crayon.


Pour être tout à fait précis, il y a aussi ses strips parus dans Libé pour la coupe du monde 2006 et l’Euro 2008 et pour ce dernier, heureusement que Bouzard était là pour éviter de pleurer. Pour être encore plus précis, il y a deux tomes. Pour être tout à fait franc, j’aime son côté un rien dilettante, où ses planches finissent parfois en eau de boudin, tel un amour de contre mené en trois touches de balle que l’attaquant salope d’une frappe de grand-mère repoussée avec les cheveux par le gardien. N’empêche qu’à certains moments, ses strips sont des frappes dans la lucarne, propulsant le FC Zygomatique en tête du championnat. D’autant que le bonhomme n’hésite pas à causer foot carrément hors-jeu, développant d’étranges théories qui tutoient celles de Marco Bielsa. Et si vous ne savez pas qui c’est, renseignez-vous, cet entraîneur mérite d’être connu.

Pour être tout à fait honnête, je ne peux qu’aimer ce gars qui dessine les joueurs allemands avec des moustaches et une mulette, qui se fout foutrement bien de la gueule de Raymond Domenech et qui découvre avec horreur que son fils est le maillon faible de l’équipe du tournoi de sixte estival. Sans parler de sa tendance à VIVRE sur son canapé pendant les grandes compétitions de foot. Et puis il y a son gimmick d’intro. Chaque planche débute par une question d’un mystérieux correspondant, qui se fait appeler David Aiguillon, dit vivre à Fenioux dans le 79 et termine chaque question par un « Sinon, toi t’es trop du miel », « Sinon, rôlôlô que t’es super ! », « Sinon, toi tu es punk », etc. Croyez-le ou non, je truffe mes mails de ces conclusions étranges.

Sinon, y avait pas hors-jeu, mais alors pas du tout.

Bouzard // Football Football tome 1 et 2 // Dargaud, collection Poisson Pilote

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