John Lennon l'a dit et il avait bien raison : « Parler de musique, c'est comme parler d'amour : pourquoi en parler ? » Aussi, cette folie de vouloir absolument noircir des pages sur la jouissance musicale pure s'apparente souvent à un combat perdu d'avance. Alors foutu pour foutu…

Hasard ou pas, les noms de groupes « psyché » commencent souvent par les lettres « A » et « B ». Après les papas du genre Black Angels, nous voici en présence des Blue Angel Lounge. À tel point qu’on se dit qu’au moment de choisir le nom de leur groupe, tellement défoncés, ils stagnèrent aux premières lueurs de l’alphabet. Ce n’est donc peut-être pas une coïncidence si le groupe allemand signa son premier album chez… A Records, propriété d’Anton Newcombe.

On les retrouve aujourd’hui avec 20 chansons triées sur le volet. Et comme le BJM, le Blue Angel Lounge réussit le tour de force de pondre de grandes épopées psyché avec peu de moyens : une guitare acoustique, un peu de réverb’ et le tour est joué. Qu’importent les moyens techniques, le feu sacré est là. Une vraie science du romantisme brut qui éclate au grand jour dans ces enregistrements volontairement sous-produits, qui feraient sauter au plafond pas mal d’ingé’ son. Tout aussi évident, le lien avec Allah-Las, notamment sur Walls, ballade psyché à la simplicité déconcertante.

Ici, tout est direct’, spontané, brut’. Et pour cause : il s’agit principalement de demos. Si bien qu’on ne peut s’empêcher de citer feu The Velvet Underground, tant sur le versant rock’n’roll qu’acoustique. Au milieu un fleuve qui coule, fier et droit. D’un côté, le hachoir électrique hérité de Sterling Morrison. De l’autre, le calme du métro parisien un lundi matin, cette sensation de vide indescriptible qui vous saisit à la gorge après la tempête sonore et qui fut si bien mise en musique par les New-yorkais, Sunday Morning en tête. Les deux faces d’une seule et même pièce sur laquelle on peut lire « Avant/Après ».

« Ball of confusion, that’s what the world is today hey ! » Déjà, en 1970, les Temptations ne s’y trompaient pas, en comparant notre chère planète à une « boule de confusion ». Traduction : un vrai bordel, papi. Si la fin du monde n’était vraisemblablement pas en décembre 2012 – sans quoi je ne serais pas (encore) en train de vous casser les bonbons avec un énième groupe « psyché » – l’apocalypse, ça ne devrait pas tarder (Charlie, Le Bataclan, la Seine qui déborde, les rues de Paris complètement bloquées, etc) et il faut bien dire que ce ‘In Times 2006 – 2010’ traduit à merveille cette impression d’être au bord du gouffre qui s’échappe des égouts en 2016. Son Of The Ocean, Supernova Ending, Caroline, Leg Dich Zur Ruh, Stella Star, Yeah Track, Street & Exile, Torn (Secure Existence), j’en passe et des meilleures, avec des paroles prophétiques qui ne laissent pas (vraiment) place au doute : « You made the wrong decision, lost and you have no vision, now all you do is waiting, now all you do is waiting. » Lassés d’attendre que quelque chose se passe enfin, les Teutons appuient sur le bouton avec la renversante What You Got et ses 3 minutes de beauté noire aux parfums d’apocalypse : voilà, c’est fini !

The Blue Angel Lounge // In Times 2006 – 2010 // A-Recordings (Differ-Ant)
http://blueangellounge.com/

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