Vous la connaissiez l’histoire du musicien électronique français devenu une star internationale par accident quarante ans après ses débuts ? Oui ? Mince. Et celle du même musicien qui retrouve un disque inédit sous une console analogique et qui décide d’exhumer l’objet, là encore, quarante ans après ? Non ? Eh bien la voici.

C’est peu dire que les rééditions et autres décongélations de morceaux inédits sont de saison. Pas la peine d’engager un cochon truffier pour les déterrer ; la vieille nouveauté est partout. Il y a celles imposées par le service marketing après la mort de l’artiste (Prince et Bowie en 2017, sur la carte des menus de tous les restaurants) et celles d’artistes encore en vie ; et sur ce registre citons les « Lost Tapes » de Can comme les « Paradis Retrouvés » de Christophe comme autant de heureux hasards qui donnent l’impression à la génération de l’an 2000 de retrouver de formidables capsules ensevelies dans les années septante.

Par un étrange tunnel temporel dilatant les coupes de cheveux comme les modes successives, c’est ainsi qu’on en arrive au mystère Bernard Fèvre, aka Black Devil Disco Club. Inutile de préciser sa drôle de trajectoire, encore qu’on puisse en profiter pour dézinguer la bio (non, Bernard n’a pas directement influencé les travaux de Daft Punk, Justice et Aphex Twin) et rappeler au passage que s’il est encore vivant aujourd’hui, artistiquement s’entend, c’est notamment grâce à un sample des Chemical Brothers en 1999. Les joies du recyclage. Avec, au passage, un remix inédit de Luke Vibert pour un morceau qui porte, encore une fois, bien son nom.

Sans transition, et faisant suite à une première vague de rééditions parues l’année dernière, « Orbit Ceremony 1977 » semble avoir finalement trouvé la clef pour s’échapper du passé. Disque perdu de l’an 77, de l’aveu de son auteur, il a été retrouvé par hasard alors que Bernard travaillait sur d’autres essais rétro-futuristes (meaning : d’autres chansons des années 70). Moins ravageur que « Cosmos 2043 » (composé la même année et aussi réédité), un peu moins écrit aussi, « Orbit Ceremony 1977 » est à la musique spatiale ce que le silex est au feu ; quelque chose comme le témoignage brut des débuts de l’artiste, disons, le premier feu aux poudres. On y entend déjà tout : cette fascination pour les musique de films policiers SF (That is to be), le groove des Martiens sur clavecins (Mestophiles) et puis quand même, des surprises comme Out of Dark qui évoque Prodigy trente ans avant sa naissance. Surpuissamment kitch, pour peu qu’on cherche à écouter ce disque de jam selon les critères esthétiques de 2016, ou étrangement visionnaire si l’on remet les choses dans leur contexte historique, une marche lunaire un peu bordélique où le maitre de cérémonie, la soixantaine bien tassée, se retrouve désormais en compétition avec des gamins cherchant en vain à reproduire les sons d’époque. C’est peut être ça, le conflit générationnel. Mais ça n’a pas l’air de surprendre Bernard, à qui une voyante avait jadis prédit qu’il « réussirait très tard ». La boule de cristal n’a pas précisé si le meilleur était encore devant.

Bernard Fèvre // Orbit Ceremony 1977 // Alter K
En concert le 17 décembre à la Maroquinerie avec DRAME, Rubin Steiner et Pointe du Lac. (Gonzaï Night)

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4 commentaires

  1. il a ete arangeur pre maquettes (et accepté) sur l’album ‘ a nu ‘ d’ Alice Sapritch en ’75, accompagné par le groupe système krapouchik.

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