Faire le tour du monde. Le concept reste assez incroyable. Faire le tour des choses, tout voir et tout entendre.

Faire le tour du monde. Le concept reste assez incroyable. Faire le tour des choses, tout voir et tout entendre. Sentir une planète par ses éléments, en faire l’expérience pour ne plus vraiment savoir où est le « chez soi ».

Il n’y a qu’une chose dont on ne fera jamais le tour: l’humain. Parce que goûter tous les humains de la terre resterait un sport à haut risque.

Notre évolution suit de près la courbe de l’histoire (que celle-ci soit cyclique ou linéaire). L’humain ne laisse derrière lui qu’une petite manifestation d’existence : l’art. Aujourd’hui, en cette fin de janvier deux mille neuf après Jésus-Christ, nous cherchons plus que jamais les signes de notre évolution. Et parce que nous trouvons tout sur Internet à part la trace de notre ADN déjà modifié, nous ne pouvons qu’observer les œuvres. Pensons une seconde à ce qui nous a semblé moderne ces dernières années. Je vois Modern Guilt de Beck, les albums de Laetitia Sheriff et des Fiery Furnaces; la docu-fiction type Cloverfield, Rec ou Entre les Murs; et pourquoi pas les livres blog de l’acabit d’un Lunar Park. Des œuvres parfois enchantantes, souvent agaçantes, résumant souvent notre époque à une fête disco coké proche du Nervous Breakdown.

C’est dans ce contexte qu’arrive Ben Kweller et son nouvel album. Le moment décisif où nous aimerions tourner la page pour ne garder que le meilleur et oublier les erreurs du passé dont nous ne sommes pas responsables.

Il me faut le dire tout de suite; le grand désavantage de l’homme ce sont ses paroles insipides. Car qui sauver comme grand parolier, hormis Dylan pour l’histoire, Reed pour l’ambiance, Coyne pour l’ironie… pour tout le reste, on préférera lire Balzac (vous savez qu’on peut lire Balzac par plaisir, n’est-ce pas ?). Mais Ben Kweller a un avantage : faire ce pourquoi on aime les disques de Julie Driscoll. Une musique précieuse à mille lieux des considérations esthétiques d’une maison de disque. Un album de méditation réelle, bien plus proche de l’homme que n’importe quelle conférence de deux heures où l’on vous apprendra qu’un événement réussi se monte sur final cut pro avec de la musique boum boum. Oui messieurs dames, c’est le combat de l’individu face à la machine Twitter (comment m’habiller aujourd’hui) ou Facebook, la machine qui gueule béante m’eng(l)obe tous les jours.

Aujourd’hui, avec Ben Kweller, je peux dire non. Je peux vous foutre sous les yeux un disque fumant comme une tasse de thé ; pleine de ces guitares qui vous rappellent qu’il y a des gens qui partage votre vie, que parfois vous riez autrement que devant votre TV et qu’une relation sexuelle ne s’opère pas devant une vidéo redtube avec une chatte en plastique dans la main.

C’est qu’on l’avait presque oublié: nous ne sommes pas des avatars tout puissants dans un monde virtuel. Un couteau nous fait saigner, une rupture blesse et une mère réconforte. En cela, Changing Horses tue les icônes quotidiennes et remet vos petits bouts de regard au centre de votre intellect. Expulsons bien loin Obama, Justice et les Wayfarer à monture rouge. Ce que l’on aimait chez les artistes sixtes, c’était l’humain. Quand je regarde ce vinyle des Beatles ornant mon bureau, que mon regard croise celui de Lennon ou Harrison, je regarde des pères.

Alors… prenez une glace, un stylo et mettez Ben Kweller. Prenez le temps de noter les expressions que prendra votre visage, vous vous rendrez compte qu’il n’y a que sur Facebook que vous avez 200 amis.

www.myspace.com/benkweller

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