« Écoute l'album en entier, on en reparle après. » Il est vrai que j'ai été assez présomptueux pour relever le défi. Alors que je faisais le fier en me moquant de celui qu'il me plaît désormais d'appeler « patron » en public au sujet du duo hype, me voilà maintenant à subir une longue chanson so dreamy, voire même "mélodieusement transcendantale", et ce même si je connais des gens très bien qui écoutent et apprécient Beach House.

Au cas où vous ne l’auriez toujours pas compris, j’ai donné de ma personne pour ce papier. Parce que lors de la première dizaine de fois où j’ai tenté d’écouter cet album en entier, j’ai ressenti le syndrome de Wish you were here, cette curieuse maladie qui fait qu’on est absolument incapable d’écouter attentivement un disque sur toute sa longueur, tout simplement parce qu’il est beaucoup trop chiant. Mis en application sur « Bloom », ça veut dire que je ne parvenais pas à dépasser la piste 5.

Alors oui, c’est calme, aérien, on a de belles grosses nappes et des voix pleines d’écho. Mais bon, pourquoi mettre ces lourds moyens au service d’une dream pop qui se voudrait « rêveuse » mais qui est en fait assommante et soporifique ? Ce qui conduit à le rendre paradoxalement assez agressif : je pense ici à la piste 3, Lazuli, qui, avec ses aigus permanents et ses overdubs de « vocalises » et autres réverbérations perpétuelles, m’a assez bien brisé les tympans.

Curieuses maladies et nourriture avariée

On a l’impression d’écouter un seul et même morceau long et plein des mêmes effets à chaque fois. Le plus embêtant est que ça semble voulu. On peut y croire lors de la transition de la piste 4, Other People,  à la piste 5, The Hours, qui devient presque le premier morceau réussi : il semble long. Très long. Et se coupe d’une manière brutale, comme si le calvaire était fini et qu’on atteignait enfin la fin du supplice. Hélas, nous ne sommes qu’a la moitié de l’album. Cinq minutes semblent durer une demie heure, On the Sea me remémore les mauvais souvenirs de mes cours de piano quand j’avais huit ans, à la manière d’une madeleine de Proust périmée, et je ne sais absolument pas si c’est le duo ou l’ingénieur son qui a choisi de percer l’oreille des auditeurs avec cette invasion d’aigus qui n’en finit pas. Je n’ai rien à écrire de plus sur le dernier morceau, sinon qu’il est encore plus long que les précédents. Pardon pour les gens que je choque.
Vu le son et l’ambiance qu’il propose, cet album est censé être déprimant. Le pari est réussi et je m’enfonce dans le fauteuil à l’idée de devoir l’écouter en entier pour finir cet article. Titre après titre, c’est la même formule : des nappes de clavier et des mélodies ultra basiques censées être « aériennes » ou je ne sais quoi. C’est plat et fade. Si on ne regarde pas le compteur qui défile, impossible de faire la distinction entre chacun des morceaux et c’est, du coup, plutôt cauchemardesque. Pour l’avoir testé dans diverses situations variées, « Bloom » ne convient à aucun moment de la vie quotidienne. Tour à tour oppressant, ennuyeux, agressif ou simplement anxiogène, en un mot comme en cent : c’est mauvais. Ça ne mérite pas d’être téléchargé, encore moins acheté.

Beach House // Bloom // Sub Pop
http://beachhousebaltimore.com/ 

Beach House – Bloom (2012) by Melomanoise Music

4 commentaires

  1. Si tu as été amoureux tu souffriras en l’écoutant…

    L’aimée de nouveau, te hantera.
    Boule au creux de l’estomac. Insidieuse.
    Sourires, pleurs.
    Soupirs, hurlements.
    Les années s’écouleront, cruelles.

    Alors si tu ne l’as pas été, passe ton chemin…

  2. J’ai déjà été amoureux et ce disque ne provoque rien de plus en moi que la sensation d’écouter une banalité « indie-ether » comme on en fait trop souvent depuis 10 ans. Ou pire, un album de Mylène Farmer, une pub parisianniste pour un parfum, ou un mauvais remake de My Bloody Valentine. Comment peut-on ne pas transmettre de sentiments en voulant en transmettre ? Je ne ressens pas l’effet cathartique tant souhaité visiblement. J’ai la nausée.

  3. ça c’est le genre d’album qu’on sortira du grenier dans 10 ans pour s’apercevoir que c’est un chef d’oeuvre.

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