Ce 3 février sortira chez Bongo Joe « Ecorcha/Taillée », le quatrième album du groupe de néo-folk expérimental La Tène. Enregistré dans une grange d’Auvergne, tirant son inspiration de chants chrétiens autant que du reggaeton de Rosalía et entrechoquant instruments traditionnels régionaux et cousins électroniques, La Tène propose avec ces deux titres une musique hypnotique et profondément rurale.

Nommer un projet expérimental d’après un site archéologique suisse lié à tout une période historique de la fin de l’Âge de Fer, c’est aussi inhabituel qu’aguicheur. C’est aussi une belle entrée en matière, et un bon avant-goût de la musique qui s’apprête à démarrer et tourner, tourner, tourner encore et encore. Avec son quatrième album « Ecorcha/Taillée » et comme sur ses anciennes sorties, La Tène travaille la transe, la répétition de motifs hypnotiques évoluant par micro variations frénétiques, autant que le choc entre tradition et modernité.

D’abord, si les deux inspirations revendiquées par le groupe pour ce nouvel album n’ont (a priori) pas grand chose à voir, elles représentent au moins un beau pied-de-nez à tout élitisme culturel ou à un quelconque enfermement dans la tradition. D’un côté, le chant chrétien La Passion, recueilli fin XIXe par l’ethnographe Félix Arnaudin spécialisé dans la documentation des Landes de Gascogne ; de l’autre Saoko et le reggaeton de Rosalía. Au-delà de cette curieuse rencontre, La Tène incarne un lien ténu entre deux mondes, mêlant cultures régionales, vieille à roue, harmonium indien, guitare douze cordes et cabrette (sorte de cornemuse auvergnate), le tout amplifié et accompagné de divers appareils électroniques. L’album a été enregistré 100% live, comme les précédents, sans aucune modification ou altération ultérieure.

Une pièce brute donc, et deux longs morceaux nommés d’après d’énigmatiques lieux-dits parfois oubliés des cartes les plus locales. Il découle de ces deux titres assourdissants et hypnotiques une forme de violence primitive et rurale, l’autre facette de ce qui fait le terreau du black metal de nos campagnes francophones. Derrière la musique chtonienne et répétitive de La Tène se dessine un imaginaire, tout un panel d’émotions libre d’interprétations (seulement guidées par un rythme quasi krautrock et ce faux chaos instrumental), allant de l’angoisse d’Un roi sans divertissement de Jean Giono, aux divers contes et légendes qui pourraient trouver dans L’Écorcha ou La Taillée une bande-son parfaite. Ainsi, en travaillant la répétition, La Tène créé un cadre dans lequel tout détour est fertile, une musique qui se vit et s’expérimente.

Pour ce quatrième album et comme pour le précédent « Abandonnée/Maleja », le trio de départ accueille en son sein quatre autres noms de la musique néo-folk traditionnelle. Ainsi, la grange auvergnate du Gamounet où fut enregistré l’album devint le point de convergence de ce qui semble de plus en plus s’apparenter à une véritable société secrète, composée de membres du collectif La Nòvia, Tanz Mein Herz, France et Super Parquet.

Et si La Tène est un projet encore relativement récent (leur premier album date de 2016 chez Three : Four Records), le trio expérimente, multiplie les collaborations et écume les scènes depuis un certain temps déjà : Cyril Bondi avec Cyril Cyril et Plaistow, Laurent Peter avec D’Incise et le projet proto-techno Tresque, tandis qu’Alexis Degrenier a sorti en novembre 2022 son album solo« La mort aura tes yeux ». Ce qui fait de La Tène un authentique supergroupe de l’underground, en plus d’un groupe super. Et super underground.

La Tène // Ecorcha/Taillée // Les Disques Bongo Joe, sortie le 3 février
https://lateneband.bandcamp.com/album/ecorcha-taill-e

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