Dix ans à prêcher dans le désert des salles réservées aux seconds couteaux, puis dix autres à goûter aux plaisirs du succès. Les Black Keys se payent le luxent de revenir avec un disque de reprises de standards d’un country blues qui prend racine dans les collines du Mississippi.

Le country blues des collines du Mississippi. Avouez que ça ne vous évoque pas grand-chose. Un noir assis sur une chaise fatiguée, une guitare sur les genoux, peut-être. Ici, c’est un Européen qui parle, à cent mille kilomètres de là. À cent mille ans de là. Je cherche des histoires d’inconnus sur internet, un casque bluetooth sur les oreilles, des basses-rouleau compresseur et des guitares électriques fouillant entre chaque dent. Des histoires de musiciens qui font des arrêts cardiaques et qui arrêtent de boire sur les conseils de leur médecin et qui du coup n’arrivent plus à jouer. Qui gagnent leur vie en pêchant et partent un jour en tournée avec le John Spencer Blues Explosion. Des histoires de gars avec des longues barbes ou des joues creuses, qui savent ce que c’est de devoir porter un chapeau tout le temps, qui ont peut-être voté Trump, va savoir. Des histoires de gars qui connaissent l’histoire du gars qui s’est retrouvé à un croisement et qui a choisi de faire pousser des cornes sur sa six-cordes, et qui connaissent celle du gars qui a branché tout ça sur le 220. C’est une veille histoire, maintenant. Ça n’est toujours pas le passé.

Plus du tout lonely boy

Ils disent qu’ils ont enregistré « Delta Kream » en dix heures, sur deux jours, dans le studio de Dan Auerbach, à Nashville. Maintenant, Dan Auberbach a un studio à Nashville. Je l’ai vu dans une salle de trois cents personnes, il y a longtemps. Leur tour-bus pouvait se garer dans une rue française étroite. Et puis les Black Keys sont devenus des stars. Ont rempli des salles immenses. De moins en moins seuls avec leur blues. C’est l’histoire du tube qui gonfle soudain ton nom sur l’affiche. C’est l’histoire du succès. Tout ça a commencé avec le country blues des collines du Mississippi. Quelle histoire.

On les avait perdus, un peu. Dan Auberbach a produit un album de Dr John depuis. Un nom qui n’a pas grossi tant que ça sur l’affiche mondiale. Mais un nom qui compte, aux alentours du Mississippi. Un gars avec des plumes dans son chapeau, des gris gris autour des poignets et des poignets qui filent sur le clavier. Un gars mort, à présent. Le disque est sorti en 2012. Il s’appelait « Locked Down ». Rires jaune cadavre.

Dan Auerbach est un sacré putain de songwriter. Les foules savent-elles seulement qui est Patrick Carney ? Le batteur des Black Keys. La pulsation. À lui tout seul pendant dix ans. Et puis le succès, et puis le duo guitare-batterie qui va chercher une basse. Au début, ça a fait tout drôle, faut le dire franchement. Faut dire les choses franchement, la plupart du temps. Pour le reste, souvent, il vaut mieux se taire. Et se trouver une bonne raison de fermer les yeux en même temps que sa gueule.

On les avait perdus, oui, parfaitement. Trop commercial, soudain. Moins de mojo, nous semblait-il. Mais ça n’est qu’un avis. Vous en trouverez des milliards d’autres en arrêtant de lire ce papier trop long. On les avait perdus et puis les revoilà. Retour à la racine. Retour aux amplis souillés de gras, à la pulsation des débuts, à l’étincelle qui fait les beaux incendies. Retour à la pulsation âpre et belle, qui ne ment pas, qui ne séduit pas, qui ne comptabilise pas, qui s’en fout de savoir ce que pensent les proches vraiment proches. Retour à la flamme qui n’a cessé de brûler parce que c’est une vieille histoire qui les a envoûtés très jeunes. Retour au country blues des collines du Mississippi.

The Black Keys - Delta Kream

Grilles d’accords essorées

Quelque chose a changé, oui, quand même. Le son. Le studio perso. Le goût du beau. Les 427 guitares. Le succès, l’argent. Et pourtant. Ce disque, on dirait du kraut-blues. Une guitare remplie de soleil qui tape dur et de souffrances séculaires ne te mord pas le cœur sans une SOLIDE et IMMENSE et AMPLE et FOUDROYANTE et IMPERTURBABLE section rythmique derrière. Les Black Keys ont perdu un truc en gagnant une basse. Patrick Carney n’était plus tout seul à tenir la distance et la pulsation. C’était autre chose, OK. Mais c’était quelque chose. De le musique du diable, ou appelez ça comme vous voulez.

Du kraut-blues, ouais. Une dinguerie commune. Un chemin que tu connais mais que tu n’avais encore jamais pris. Toujours la même histoire. Des grilles d’accords essorées. Ces grimaces que tu n’avais pas vu venir. Que tu n’avais pas pu retenir. La musique qui tord les nerfs, c’est toujours de la bonne musique. Et peu importe que tu aies cru l’avoir déjà entendu mille, cent mille, un million de fois. Le country blues des collines du Mississippi. Dan Auerbach et Patrick Carney ont 41 ans. Ils n’ont pas vu pousser les racines de ce qui les anime si fort. Elles pulsent pourtant sous leur peau. Ce n’est pas une musique qui caresse. Ce n’est pas gentil. Ce n’est pas fait pour vendre du soda à la télé. C’est la musique éternelle de gars qui pleurent et sourient en même temps.

« Delta Kream ». Onze standards de Mississippi hill country blues enregistrés en dix heures dans un studio à Nashville. Nouvelle histoire pour une vieille histoire.

The Black Keys // Delta Kream // Easy Eyes Sound/Nonesuch Records

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14 commentaires

  1. Un torchon cet article. J’appelle pas ça de l’écriture. Les phrases sont mal formulées, il n’y a aucun rythme c’est désolant.

      1. Aie la décence de ne pas en appeler à Fante pour justifier ton nombrilisme. Tu te regardes écrire, mec, c’est désolant…

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