Le duo de producteurs français qui s’est rencontré dans la queue des chiottes d’un after balance Bite Me, un single qui décape sans nuire à vos canalisations auditives.
Il fait moite et tout semble désorganisé, ni endormi ni éveillé. En proie à une inextinguible envie de se soulager, Éric et Michael, tous deux DJs-producteurs, papotent musique l’haleine chargée dans la queue des latrines d’un after. Crasseux, le sol s’accroche aux semelles, ça empeste le stupre et les fluides corporels mais les projets fusent malgré la pâteuse. Ce qui, initialement, relevait sûrement d’une conversation chimiquement enthousiaste – le type de propos habituellement honteusement remisé ou désavoué dès le réveil – se voit bel et bien concrétisé. En 2023, The Shoot déambule dans des nuits d’ivresse sonore qui tanguent entre Paris et Londres. La substance agit, Éric et Michael expérimentent leur came sur les platines des clubs érotiques new-yorkais The Box et The Stranger.
Pop de soirée techno
Leur premier morceau, Saliva, paraît au printemps 2024, avant l’EP 2-titres « twice » (twice / the bliss) qui surgit dès l’été. Mixés par Ash Workman (notoire pour ses collaborations avec Metronomy, Christine and The Queens, et même Indochine), c’est dans les studios Premises de Londres que les titres ont été confectionnés. La formule : hybrider la techno avec une structure pop – démarche qui dans the bliss se rapproche davantage de la house. Conceptuelle, leur approche gravite toujours autour d’une obsession : la « nuit addictive ». « Quelque chose nous obsède depuis longtemps : il y a un moment étrange dans la nuit – un point de bascule, où les mots et les discours s’effacent pour devenir autre chose : danse, délire, transe… », débitent-ils. « Le “talk-floor” se transforme enfin en “dance-floor”, sans velléité de drague ou de représentations sociales. Le cerveau ferme sa gueule et le corps, tel qu’il est, se libère de ses carcans. C’est cet instant – presque thérapeutique, que nous avons voulu exprimer avec Bite me. D’où le souhait de l’étendre indéfiniment : “No fence, no fear/I want this night to last a year”. »
Concrètement, l’approche se traduit par une ambiance sonore plutôt vaporeuse, embrumée, assez proche de l’atmosphère du documentaire B-Movie : Lust & Sound in West-Berlin, de WestBam période « Götterstrasse » ou de la torpeur sous montée de psychotropes. Le chant lascif et tentateur d’Alma Rechtman charme l’instru à la manière de Nahash, serpent biblique, indomptable petite voix machiavélique propre à l’intoxication. Cette pulsion semblable au craving qui pousse à poursuivre l’épopée psychoactive alors même qu’il semble évident que l’on s’engouffre dans l’inénarrable, pour l’hédonisme comme le regrettable.

Ce qui dope la démarche ? « L’electro-clash de chez Gigolo Records, minimale façon Minus, IDM/Electronica d’Overmono, Indie dance/tech’ mélodique de Maceo Plex, … Notre volonté est de produire une hybrid pop, reprenant les codes de la techno au sens large, en leur fusionnant ceux du couplet/refrain. »,
Dans cette époque où tout se mélanger, The Shoot tire sa cartouche dispersante entre deux cibles pour atteindre un plus large auditoire. Rien de révolutionnaire sous la lune des danseurs insomniaques mais ça accroche comme le sol de l’after. Un nouveau single devrait poindre à la rentrée sans aucun long format à l’horizon, certainement pour éviter le surdosage. Autant se l’injecter live pour jauger si ces nuits sont véritablement addictives ou si l’appel de Morphée prend le pas sur la formule marketée.
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