Les morceaux annonciateurs de la fin de la grosse teuf électronique qui dure depuis plus de trente ans continuent de pleuvoir. Après La Fête de Trop du « néo Jaques Brel » et La Fête est Finie du génie ultime du white-middle-class rap Orelsan, faites un maximum’ de bruit pour Frank Rabeyrolles et son A Ghost By The Sea dont les notes de synthétiseurs pourtant magiques ne pollueront (malheureusement) pas les fréquences hertziennes durant cinq ans.

Un visage qui jubile. Des morceaux de corps qui apparaissent puis disparaissent à travers une obscurité dense, presque mortelle. L’extase. On ne sait pas où on est, on ne sait pas quand, on ne sait pas qui sont ces corps en fusion. Une seule certitude, ces êtres chavirent dans les méandres d’un infini spatio-temporel jouissif. S’agit-il des années 90, des années 2000, de la dernière décennie, s’agit-il bien de la planète Terre ?

Créateur ultra-inspiré du son A Ghost By The Sea, une fusion assez brillante de l’état d’esprit contemplatif d’un Claude Debussy et de la technologie froide de son futur, en l’occurrence notre présent, Frank Rabeyrolles a pris un malin plaisir à pondre ce clipl dont les images poétiques et philosophiques d’une rave-party sans âge en provenance du puits sans fond du cosmos semblent pourtant évoquer la fin d’une musique qui, comme l’univers, se croyait infinie. Cette exceptionnelle pièce sonore en est d’ailleurs un nouvel exemple éclatant, sorte de rêverie électronique jouée à 60 BPM dont les trois minutes et vingt-quatre secondes paramétrées en mode slow-motion lorgnent d’avantage vers les quinze minutes ressenties, c’est Météo France qui nous le dit.

Héritier direct des chercheurs de son étiquetés « musique contemporaine » qui opéraient déjà dans les années soixante des rapprochements couillus entre musique savante et une musique électronique embryonnaire, le sudiste éclairé par la lune et shooté au synthétisme cosmique enfile d’ailleurs les références à celle-ci comme des perles, entre délires cinématiques à la Edgar Varèse et notes de xylophone jouées par des robots autistes façon Pierre Henry. Les synthétiseurs justement, parlons-en. Ces machines aux propriétés magiques qui prirent (définitivement) le pouvoir dans les années 80 nous offrent ici un dernier récital à la matière protéiforme entre clavecins amplifiés, notes stridentes, chœurs cosmiques, xylophones enfantins, nappes shootées au delay et mêmes quelques apparitions furtives de guitares noyées dans la reverb (et encore) le delay. Un dernier adieu en forme d’apothéose ou juste un au revoir pour la musique de club ici ralentie, comme pour signifier cette impression désormais tenace d’une fin de soirée imminente ?

L’avenir (proche) nous le dira, mais entre perte de vitesse structurelle et coup de massue conjoncturel, l’âge d’or de la dernière musique vraiment nouvelle de ces trente dernières années est peut-être définitivement derrière nous. Après une première mort à la fin des années 90 et au début des années 2000 avec l’essoufflement des raves et le retour du rock en perfecto, une renaissance en mode gros revival dans les années 2010 portée par la réapparition d’une tripotée de clubs dans les différentes capitales européennes, il ne s’agirait donc pas de la première mort de la musique électronique mourrait, et peut-être pas non plus de la dernière. Après les raves, après le clubbing branché, l’avenir du futur se situera peut-être dans les concerts au casque, les siestes électroniques généralisées et les centaines de millions d’écoutes à domicile d’une musique dont l’essence même est pourtant de s’apprécier sur le dancefloor, à base de pas de danse infinis et de transe collective libératrice. Fin de la communion collective et apparition du kif individuel par écran ou casque interposé ? Notre cyborg adoré Jean-Michel Jarre aja JMJ en est (déjà) tout émoustillé : «le concert de Notre-Dame l’a prouvé, il a été suivi par plus de 75 millions de personnes dans le monde ! »

Les esprits chagrins pourront toujours crier au scandale et continuer d’organiser des teufs, la musique futuriste est peut-être sur le point d’opérer une nouvelle mutation. Et alors que sa version synthétique, répétitive et instrumentale s’appréciait déjà beaucoup mieux seul chez soi avec un grand bol de tisane, son incarnation festive et hédoniste serait donc elle aussi sur le point de s’embraser dans la solitude. Adieu les clubs, bonjour la « télé-rave» ?

Frank Rabeyrolles // A Ghost By The Sea // Wool Recordings
Pour troller Frank et son excellent label sur les réseaux, c’est par ici.

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6 commentaires

  1. dead scie demence zai pas au top du modernisme, & lui on va l’arrêter dans sa rue pour signer des cheques!

    il pourra tjrs aller poser son oeuvrette chez le quaire de paris/brX-

  2. La Musique Electronique n’est morte que pour les quadras qui ne suivent pas l’évolution… Dans les pays de l’est, ça ne semble pas débander mais ils sont jeunes. Mais je critique pas, moi même j’ai du mal à suivre.

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