Alors qu’on aurait pu s’attendre à un disque à base de bruits de disqueuse et de moteur de 103 SP, Autechre surprend tout le monde avec “SIGN”, album majoritairement ambient irradié d’émotions et de mélodies.

Longtemps considérée – un peu comme le post-rock – comme une musique cryptique pour barbus à lunettes, l’IDM (intelligent dance music, electronica ou braindance c’est un peu comme on veut) connait un vrai retour en grâce ces dernières années. Si de plus jeunes artistes revendiquent aujourd’hui clairement l’influence (Daniel Avery, Tryphème, Skee Mask…), les maîtres du genre dépassent aujourd’hui la cinquantaine mais sont toujours bien là en cultivant pour la plupart un anonymat d’ermites.

Le duo de la banlieue de Manchester, Autechre (à prononcer ainsi ou Autequer, personne ne sait vraiment…), fait ici figure de patron pour avoir codifié le genre depuis le début des années 90 à coup de chefs d’œuvres (« Amber », « Tri Repetae » ou « LP5 » entre autres et de manière totalement subjective). Et si leur musique a toujours été assez difficile d’accès et ne se prêtant pas du tout au salon familial ou au bonheur conjugal, la quête de recherche des Anglais a abouti à créer sa propre machine à sons (le fameux système). Elle a vu une sorte d’aboutissement dans les années 2010 avec des projets pas franchement évidents jusqu’aux 8 heures de musiques des « NTS Sessions » (2018) que pas grand-monde peut se vanter d’avoir digéré voire même écouté en entier.

Oh, Autechre... :) - Imgur

Au point de devenir une source de mémes sur internet qui caricature une porte qui grince ou une machine à laver déglinguée comme nouvelle sortie du tandem. Si la démarche est totalement louable et loin d’être critiquable, il fallait une sacrée dose de courage à l’auditeur pour ne pas se perdre en chemin malgré des passages d’intense beauté il faut bien le reconnaitre.

Il était donc d’autant plus surprenant de découvrir leur quatorzième album « SIGN » début octobre lors d’une unique session d’écoute en ligne. Là où beaucoup attendaient une nouvelle démonstration pyrotechnique de beats et de bleeps, Sean Booth et Rob Brown opéraient une petite révolution de palais avec une musique pleine de mélodies et de douceur ambient à la surprise générale. Après des années de travaux dans le labo, ils sont sortis voir le jour et c’est quelque part rassurant. En forme de symbole, le premier titre M4 Lema, probablement le plus expérimental du disque, est d’abord retors puis lâche progressivement la bride pour s’éclaircir et ouvrir la voie au radieux F7 qui annonce où on met les pieds : « SIGN » sera placé sous le signe de l’émotion en renvoyant parfois aux travaux du groupe du milieu des années 90. La démarche va même plus loin puisque l’album est quasiment « beatless » hormis de rares exceptions (Au14, psin AM).

Avec de longues plages ambient – notamment sur le très sage et quasi Boards of Canada Metaz form8 et toute la fin du disque – dans l’esprit de ce qui pouvait se faire lors du revival du genre au début des années 90, il perpétue aussi par endroits l’une des marques de fabrique d’Autechre avec sch.mefd 2 ou le très beau GR4 (les titres pouvant éventuellement aussi servir à nommer des parcours de randonnées) : à savoir quand une épiphanie mélodique surgit au milieu d’un chaos fracassant, un peu comme ces rayons de soleil qui transpercent parfois un ciel nuageux. C’est peut-être ce qui peut parfois manquer à un disque moins exigeant, peut-être aussi légèrement moins excitant mais bien plus reposant et touchant. Les compères offrent cette fois les mélodies à nue sans les artefacts habituels pour une accalmie finalement assez bienvenue.

Loin d’être l’album pop d’Autechre, comme cela a pu être dit ces derniers jours, il reste destiné à un public averti malgré son relatif apaisement. Il a surtout le mérite de prouver que Booth et Brown n’ont pas perdu de vue que la musique n’était pas un exercice d’onanisme égoïste et que leurs machines auront toujours besoin d’un cœur qui bat. Ce qui en somme a toujours fait la magie fugace de la musique de toutes les têtes chercheuses de l’IDM.

Autechre // SIGN // Warp Records

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