La génération des baby boomers étant dans sa dernière ligne droite, le carnet de deuils s’épaissit un peu chaque jour au point qu’un grand pan de la musique contemporaine ressemble désormais à un cimetière à croches noires. Dans ce grand fatras nostalgique, une place de choix était depuis longtemps réservée à Manuel Göttsching, finalement mort ce 4 décembre à l’âge de 70 ans.

Le krautrock est-il un genre musical à part entière ? Une étiquette marketing ? Ou un terme abhorré par tous les musiciens allemands sur qui le mot a été un peu trop rapidement plastronné ? Cinquante ans après l’invention par la presse anglaise de ce raccourci stylistique empreint d’une bonne ironie faisant écho à la Seconde guerre mondiale, on serait tenté de pencher pour la troisième option. De Can à Kraftwerk, la majeure partie des Teutons s’est lentement mais sérieusement désolidarisé de cette appellation, et ce n’est certainement pas Manuel Göttsching qui aurait dit le contraire, lui, homme de l’ombre de ce qu’on n’appellera pas du coup le krautrock et qui, dès les débuts d’Ash Ra Tempel jusqu’à ses œuvres solos, aura massivement contribué à l’explosion du space rock puis d’une musique électronique plus digeste que celle de Jean-Michel Jarre.

Manuel Gottsching 'E2-E4' Musical Lead-Up - Classic Album Sundays

Loin du tatapoum métronomique auquel on associe trop souvent, à tort, le kraut, Manuel fut d’abord cet artificier qui dès 1971 balance une première bombe sur l’Allemagne : « Ash Ra Tempel », un disque produit par Conny Plank où l’on retrouve une autre sommité elle aussi décédé en 2022, Klaus Schulze. Débarrassé de ce dernier, parti voler de ses propres ailes, le projet à géométrie variable se lance alors dans la musique planante avec « Schwingungen » (1972), voire un peu plus, notamment avec le disque « Seven Up » écrit autour des délires de Timoty Leary. Et alors que la logique aurait voulu que la flamme ne s’éteigne au tournant des années 70, c’est bien l’isolement autour de Göttsching, seul en studio, qui va lui permettre de publier ses meilleurs albums, d’abord avec « Inventions for Electric Guitar », disque majeur de l’expérimentation qui aurait pu lui valoir le qualificatif de « David Gilmour de Bavière », puis 3 disques importants publiés sous le nom d’Ashra – quand bien même Göttsching est désormais le seul pilote à bord – avec successivement « New Age of Earth » (1976), « Blackouts » (1977) et « Correlations » (1979), trois bijoux de rock synthétique aux pochettes à accrocher à peu près aussi haut que la musique qui sort alors des hauts parleurs. Pink Floyd hawaïen, kraut-psyché de secte du temple solaire, musique répétitive dopée aux boites à rythmes, difficile de qualifier la pierre angulaire taillée par le Berlinois au fil des ans, jusqu’au mythique « E2-E4 » de 1984, et dont l’influence sur la musique house et techno n’est plus vraiment à prouver.

Avec Conrad Schniztler, Manuel Göttsching était certainement l’un des plus beaux aventuriers d’un genre allemand dont on n’a pas encore réussi à parfaitement définir les contours ; l’Ovni léchant tour à tour les frontières du rock, de l’électronique, de l’ambient et même parfois de la belle musique d’ascenseur. Et alors que la presse se fait l’éloge d’une carrière passée sous les radars, il est peut-être temps de rendre hommage à celui qui vient de s’éteindre après tant de disques cosmiques associant les astres aux notes. Rest in Space, Manuel.

6 commentaires

  1. kevin shield de mbv a pompé a mort Inventions for Electric Guitar par contre j ‘ai jamais beaucoup aimé E2-E4 ,je deteste la house et la techno basicos

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