Tous les ans, c'est la même musique : John Dwyer débarque de son vaisseau spatial pour cogner à la porte et nous défoncer l'appareil auditif. Si cette routine fera toujours plus d'heureux qu'une matinale radio écoutée sur le périph', le problème reviendrait à une équation simple : Thee Oh Sees a traversé toutes les portes intergalactiques pour s'établir empereur de l'étoile noire du garage. Or, comment continuer à hypnotiser les foules tout en renouvelant sa machine de guerre ?

Depuis ses débuts du côté de Frisco, le champ électromagnétique de l’étoile n’a cessé de croître. Son rayonnement est évidemment l’œuvre d’un homme qui n’a jamais transigé sur ses idées farfelues et du boucan voué à les accompagner. Si l’album ‘Carrion Crawler/ The Dream’ a marqué un tournant pour son groupe mais aussi toute la scène qu’il a enfantée avec son label Castle Face, il est certain que son déménagement à L.A. aura eu le même effet. Sous ces tropiques, le martien a sorti un album d’expérimentations (sous le nom Damaged Bug), livré nombre de scies aiguisées pour le live mais aussi (et surtout) des digressions au tempo envoûtant, à la noire lumière des synthés. Ajoutez à cela un licenciement au complet de sa vieille garde pour un groupe où deux cogneurs viennent redéfinir la métronomie Big mac et vous obtiendrez les signes d’un concept frauduleux (l’évolution) vendu en bonus track de ces dossiers de presse qui ne servent plus à rien.

Alors, est-ce qu’un groupe de garage (psyché) est censé évoluer ?

La question peut se poser car contrairement à ce qui fait figure d’arnaque au concept (Radiohead, Arcade Fire & co) ou de vieillissement précoce (trop longue liste), l’évolution de Thee Oh Sees leur a fait accéder au statut de groupe le plus autoritaire d’une époque où la compétition n’en est pas vraiment une. Pour s’en convaincre, il faut regarder dans le rétro et identifier la lignée ‘Putrifiers II’, ‘Floatin Coffin’, ‘Drop’ comme une immense fornication de fer et de fûts. C’est dans ces attaques répétées que Thee Oh Sees a su démultiplier sa force mais aussi redéfinir le psyché en s’autorisant quelques dingueries acides. On aimerait en dire autant d’autres suiveurs et du dernier projet bidon du chevalier masqué Ty Segall. On écrira surtout que la dernière touche à cet édifice est ce monolithe noir qu’est ‘Mutilator Defeated at Last’, parfaite bande-son d’une année ronflante et d’un génie parvenu au sommet de son art premier.

https://youtu.be/Uosiv23N2hU

Une intro pareille pourrait sentir la nécro où l’on évoquerait le bon temps et les concerts où l’homme tatoué déchiquetait son micro en se faisant le double d’un Donald Duck furieux. Alors, si l’on reste sur cette ligne conservatrice, le nouvel album de Thee Oh Sees est sans doute moins intense que son prédécesseur. Fait étrange, c’est dans ces saillies garage pur jus que, par lassitude ou habitude, on reste un peu sur notre faim. En réalité, c’est parce que Thee Oh Sees nous a depuis habitués à défier les lois de la perception pour mieux nous balader en apesanteur qu’on était fin prêts à flotter autrement. Et manifestement, John Dwyer, en bon gourou, l’a très bien compris. Sur les bijoux Jammed Entrance et Crawl Out From the Fall Out, le cerveau ébloui de Dwyer a façonné des odyssées où orgues, violoncelles et retours de pédale s’invitent à un banquet krautrock mirifique. Au terme de ce trip intersidéral, The Axis, sorte de chute d’un live à Pompéi où la perception se diffracte et les hauts parleurs tressautent en magma, agit comme une des plus vibrantes plongées au-delà de l’infini. Bref, en un petit album, notre ami Dwyer vient de réinventer une nouvelle dépendance : celle qui nous fera bien plus attendre le futur album que son prochain concert.

Thee Oh Sees // A Weird Exits // Castle Face
https://www.theeohsees.com

4 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.