C’était déjà l’été moite dans mon slibard, et je ne serais jamais allé à cette soirée si on ne m’avait pas mille fois confirmé qu’il y aurait des meufs et de l’alcool trop sucré. Il y avait aussi de la musique, une piste de danse, l’horoscope promettait trois soleils… à tel point que j'avais fini par oublier que le Seigneur, dans sa miséricordieuse négligence, m’avait laissé en chantier en m’abandonnant sur des jambes molles et sans souplesse. L'écoute du premier EP d'Aline n'y a rien changé : je ne sais toujours pas danser.

Les non-danseurs comme moi forment cette grande famille de cloportes qui, sur une piste, auront quoi qu’il arrive toujours l’air cons. Posés sur le côté, dos au mur, on doit donner l’impression d’être de gros salopards venus pour mater. Comme ce soir d’avril prévisible d’ennui, où aucune raison valable ne m’aurait fait lever le cul du comptoir. Ça, c’était jusqu’à ce que cette brune entre en scène et que ses beaux yeux arrêtent le temps. Après quoi j’ai bu pour avoir du courage, mais c’est un autre qui l’a raccompagnée. Fin de l’histoire.

Scénario d’une nuit ou conclusion hebdomadaire, la situation décrite ci-dessus n’est étrangère à personne. Et certainement pas au groupe Aline, qui a sorti le 14 mai dernier un EP homonyme dont le premier morceau, Je bois et puis je danse, raconte, en français dans le texte et en rythme binaire, les déboires d’un gus qui noie sa solitude dans son verre tout en reluquant la fille qui danse avec un autre. Sujet triste et marrant, qu’Aline retranscrit avec l’équivoque d’un son parfaitement rétro-moderne, du genre où l’écho des guitares et les chœurs laissent de la place à vos propres souvenirs. Chanson appropriable à l’infini, Je bois et puis je danse remplit le contrat du tube ultime : donner envie de danser à n’importe qui, même aux non-pratiquants. Les premiers riffs de guitare s’emparent des épaules, la basse vient caresser les hanches. Et la lumière tamisée du salon vient embrumer la piste de danse : il n’y a pas de meilleur moment pour la parade nuptiale.

Certains diront que les textes sont bêtes. Tant pis pour eux s’ils sont trop intelligents. Car, oui, les mots d’Aline sont clairs : « Le soir devant ma glace je m’entraîne / À bouger en cadence, à me rapprocher de la reine / Je la suis à la trace, mais elle me sème / Légère et arrogante, elle glisse sans chercher à me plaire. » Avec ses textes sincères et ses partis-pris instrumentaux, Aline, depuis qu’elle s’appelle Aline — et même avant, avec son nom de jeune fille, Young Michelin — donne sa version des faits et répond à sa manière à la question qu’on se pose tous. Avec de la tendresse, bordel, dans un monde de brutes. Ce premier EP, accompagné d’un clip artisanal genre bagarre boxée, bouscule les habitudes. En dépit des accidents, ce groupe est l’une de ces rares parenthèses romantiques qui donnent l’envie aux solitaires maladroits d’essayer quand même.

Aline // EP Aline // Accéléra Son/LELP (Idol)
En concert le 11 juin à la Maroquinerie – Paris

Illustration : http://martin-dessin.blogspot.fr/ 


ALINE (EX YOUNG MICHELIN) :: Interview sans… par Gonzai_mag

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