L’été, je ne cherche que la simplicité. Je grave impunément des redites de l’année pour impressionner l’inculte frangé fraîchement débarqué, je m’épuise dans de la musique de filles, les albums en écoute infinie, afro-pop et consort. Alors, en plein cagnard, fouiner dans le FTP Gonzaï, quelle flemme ! Soit trop intelligent, soit trop référencé, soit trop underground – certains utiliseraient le terme overground. Admiral Radley, fondé par deux ex-barbus de Grandaddy (Jason Lytle, Aaron Burtch) s’est imposé de lui-même, sa voix de biquette sans l’odeur ni l’arrière-goût amer carrément dégueu’ d’une quatre fromages, ses mélodies juvéniles au duvet fraîchement prononcé. Et comme on dit, tant qu’il y a des poils, c’est légal.

«I heart california» – «Ghost of syllables» – «Lonesome co.» – «C*****s in the west»

Il n’y a pas plus délicat que la douceur pute en musique. Revigorante dans un sens, elle sait également pervertir pour éviter la damnation de la pop commerciale radiophonique. Elle reste légère certes mais sait s’épaissir en une corne impénétrable pour donner de la profondeur à un message aussi baveux qu’un coeur en Californie. Un xylophone bien distribué, une voix poppy très Postal Service immerge la naïveté maladive de Grandaddy. Je n’oserai tomber dans le message «à écouter sous la couette, au réveil d’une nuit d’amour passionnelle, un verre de San Pellegrino en main, et le regard vers un futur radieux». Ca, c’est Cocorosie. Non, si j’étais un mec de trente-cinq ans, des questions sans réponses, un abonnement Pornhub, une bedaine dégoulinante sous le poids des années à picoler, la flaque d’eau d’une bave qui s’écoule le long d’un oreiller graissé par des cheveux tombants, là Grandaddy me toucherait. Comme un Christopher Nolan flirtant avec le film d’auteur, il sait bouleverser sans se mettre à chialer : une beauté responsable.

«Sunburn kids» – «Red curbs» – «Im all f****d on beer»

L’électricité mélangée à son tact inné du chamanisme hipster et ses yukulélés intercalés dans du 8bit transforment sa deuxième moitié d’album en une pub pour culotte petit bateau. Le genre de pass découverte électro pour fœtus branché. Bach et Grandaddy pour éduquer les oreilles du petit dans le ventre d’une maman attendant forcément son premier enfant, un mari sans chaussettes, le pantalon retroussé, les Wayfarer étincelantes et le regard passionné posé sur sa dulcinée. Faut dire, les femmes enceintes, ça l’a toujours excité. On tombe en pleine bande annonce de «Oui-oui à Williamsburg». Trop nouveau parent pour moi.

«I left u cuz i luft u»

Conclusion toute trouvée d’un mélomane hors pair, distant du complexe, en recherche permanente de l’intelligence par la simplicité, de la culture par l’ouverture. Le projet d’Admiral Radley-Grandaddy est brillant. I Heart California sera vite oublié. Mais de quel album, ces dix dernières années, pourra-t-on dire qu’on l’a souvent réécouté ? Alors autant en profiter, tant que l’on est amoureux, que l’on se lève un verre de San Pellegrino en main, les cheveux propres et le regard optimiste. En chiant sur Cocorosie, en écoutant Grandaddy. Euh, pardon: Admiral Radley, à la votre capitaine.

Admiral Radley // I Heart California //
http://www.admiralradley.com/

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