L’ancien membre du groupe indé américain Verbana, en solo depuis 2007, sort aujourd’hui un disque qui débarque de nulle part et a demandé huit ans de maturation. Une éternité à l’heure d’internet, mais nécessaire pour polir ce bijou de pop. 

À l’écoute de ses trois premiers albums solos, et sans effectuer de recherches sur le net, on se dit qu’A.A. Bondy est un chanteur folk comme il en existe des milliers sur cette Terre. Une voix qui transpire l’Amérique profonde, celle qui vote Trump et bichonne les armes. Une guitare acoustique qui colle au timbre de ses fausses envolées, tant l’homme maîtrise ses chansons pour qu’elles ne se découvrent pas d’un fil. Mais ça, c’était avant. Avant « Enderness », quatrième album solo que l’on peut qualifier de 1 : « come back » puisqu’il s’est écoulé huit ans entre lui et son prédécesseur et 2 : métamorphose, puisque l’artiste fait table rase du passé pour se concentrer sur l’avenir, et change drastiquement de style pour entrer dans une toute nouvelle dimension où tout flotte dans les airs comme si vous étiez à bord d’une fusée spatiale.

La première chanson que j’ai écoutée de lui s’appelle Images of Love. Des notes de synthé planantes enfouies sous une mélodie toute simple qui fait « toum toum toum ». On penche plus du côté d’Ariel Pink ou de Connan Mockasin que de Bob Dylan et de Pete Seeger. La simplicité apparente de ce morceau laisse surtout le sentiment d’une grande maturité. On y revient, on veut la réécouter comme si, bercé dans du coton, le réel n’était pendant un court instant qu’une illusion.

Je me pose souvent cette question : c’est qui ce mec qui arrive à rendre ses chansons aussi légères (merci Brian Eno) et belles sans artifice ni grandiloquence ? Elles sont presque toutes teintées de solitude et de tristesse, avec ce côté réflectif qui plonge dans un état à la fois mélancolique et rêveur. Killers 3, In The Wonder, Fentanyl Freddy ou encore Enderness transpirent ces émotions-là. Ce sont, avec Images of Love, les cinq chansons phares du disque. Fentanyl Freedy est sûrement la plus expérimentale, et aussi l’une des plus réussies. Mais avec « Enderness », pas besoin de cette drogue (le Fentanyl est un opiacé synthétique bien plus concentré et puissant que l’héroïne) pour se sentir bien : les simples mélodies suffissent à vous relaxer et, même si cette expression est détestable, à vous « transporter ».

Doux apaisement

Jamais, au grand jamais, je n’aurais imaginé qu’un vieux briscard d’un ancien groupe indé américain (Verbena était un peu le Shed Seven des States, en gros) se cache derrière ce disque. Et c’est là, toute la beauté de cet album, véritable virage pour l’artiste, qui a su se réinventer pour aborder ici une image plus moderne et moins stéréotypée folk. A.A Bondy pourrait facilement être un artiste de 20 ans avec l’envie, l’entrain et l’insouciance de la jeunesse qui va avec. Mais non. A.A Bondy revient de loin. Et pourtant, il a gardé avec lui un état d’esprit que tous les artistes devraient avoir lorsqu’ils s’attellent à la réalisation d’un album : l’insouciance et la rigueur. En ce sens, A.A Bondy aurait très bien pu sortir un énième disque folk, ni bon ni mauvais, grappillant quelques chroniques ici et là, comme ce fut le cas pour ses trois derniers albums. Mais Auguste Arthur Bondy a pris huit ans de réflexion, nécessaire (on imagine), à l’élaboration de « Enderness ». Et ce disque les vaut largement.

Sans cette métamorphose, A.A Bondy aurait continué de passer (presque) inaperçu, enchaînant les tournées tout en continuant de vivre sa vie dans l’état du Mississippi où il vit depuis peu. Mais comme on disait plus haut : ça, c’était avant.

L’album « Enderness » sort le 10 mai sur Fat Possum Records.

 

4 commentaires

  1. Merci pour ça. Je garde précieusement le précédent, Believers, tout aussi excellent, et différent et pareil en même temps. C’est à dire seul et consolant.

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