Alors que de nombreuses salles de concerts et lieux de fête sont contraints de baisser le rideau au cœur d’une capitale qui s’embourgeoise constamment dans sa conception du vivre ensemble, une résistance fleurit en petite couronne. Le Sample ne peut plus organiser de festivités et fermera définitivement en novembre, et c’est désormais le Zéralda qui prend le relais avec la promesse d’un nouvel espace musical libéré à Bagnolet.
À une dizaine de minutes des stations de métro Porte de Montreuil et Gallieni, une salle de concerts et clubbing vient d’ouvrir à Bagnolet. Ancien cabaret oriental installé dans une zone en construction (à comprendre, sans voisin soucieux d’éventuelles nuisances sonores), le Zéralda a fait peau neuve. Aux manettes : Nicolas d’Alter Paname et Antonin de D.KO Records ont jeté leur dévolu sur ce charmant troquet au potentiel insoupçonné.

« Le lieu est en perpétuelle évolution depuis que nous y organisons des événements », explique Antonin. « Sur la déco, on était auparavant sur un ancien cabaret, bar à chicha, tout en carrelage avec des lumières multicolores. On aimait bien cette esthétique aussi, quelque chose dans le jus, mais on a voulu l’améliorer pour que l’expérience soit la meilleure possible. »
C’est au printemps que l’équipe reprend le lieu avec des afters de 6 h à minuit le dimanche, où sont invités des DJs comme Ark, Pit Spector, Grego G ou Mézigue. « Après ça, on voulait faire marcher la semaine et comme on connaissait David, qui faisait la programmation du Tony Collectif, on s’est dit que ce serait idéal pour marquer une forme de continuité avec l’expérience du bar de Strasbourg-Saint-Denis. »
Claque sonore
Lieu interlope dans le réseau de la scène alternative des nuits parisiennes, le Tony Collectif a laissé des taches inlavables dans l’esprit de celles et ceux qui se sont enivrés de son atmosphère subversive en plein cœur de la capitale. C’est donc avec une certaine satisfaction que l’on apprend que son aura subsiste désormais à Bagnolet. Mais Le Zéralda n’est pas pour autant une simple transposition de cet espace de liberté évanoui, l’une de ses spécificités tient à son système son qui promet une expérience singulière pour les artistes comme pour l’auditoire.
« Le Zéralda est un lieu assez atypique, avec une vraie identité et une configuration qui se prête particulièrement bien aux concerts », souligne le programmateur David Siink. « Le système son L-Acoustics est énormément utilisé pour la musique classique – la Salle Pleyel en est notamment dotée – mais il est aussi très adapté à toute la musique sur machines. Il permet une profondeur, une rondeur dans les sons qu’on ne retrouve pas dans d’autres sound systems. On va vraiment pouvoir représenter l’identité sonore de chaque groupe et ça nous permet de nous adapter à chaque style musical. Même si la salle est pleine, l’expérience reste optimale. »
Il y a un petit côté Berlin années 2000 ici.
À boire et à manger, sur scène comme au bar
Principalement axée sur la musique alternative, la programmation propose surtout de la folk expérimentale, de la noise, du jazz, de la techno et de l’EBM, sans rien s’interdire pour autant dans cette salle intimiste à la disposition modulable en fonction des événements. « La programmation comporte des artistes internationaux ou issus de toute la France, on est comme dans un micro-festival à chaque fois. Il y a un petit côté Berlin années 2000 ici. » Antonin ajoute : « Il y a peu de salles qui ont une programmation aussi éclectique. On survole un peu tous les styles underground. On attend maintenant des autorisations pour poursuivre après minuit. »

Grâce à sa programmation, le Zéralda attire désormais une nouvelle faune dans son espace feutré pourpre à la lumière tamisée – qui n’est pas sans évoquer une atmosphère à la David Lynch ou un club libertin. Les noctambules amateurs de gros décibels et de fêtes déjantées pourront s’y abreuver de bières artisanales en pression à partir de 6 € la pinte et de quoi grailler pour moins de 10 €. Il y a même la climatisation pour survivre quand le mercure s’emballe dans cette salle située en rez-de-chaussée qui recèle de nombreuses surprises.
La programmation est à retrouver sur la page Instagram du Zéralda.