17 juin 2026

The Dharma Chain, psyché du cauchemar urbain

Le rock psyché se serait-il – à juste titre – assombri depuis l’effondrement des utopies soixante-huitardes ? En tant que « révélateur de l’âme », ce genre musical ne devrait-il pas, plutôt que de carillonner, illustrer aujourd’hui le malaise de la psyché humaine dans une société désenchantée ? Sur son deuxième album, Some Kind Of Pure State, The Dharma Chain installe en clair-obscur une atmosphère cotonneuse qui reflète le quotidien anxiogène des grands ensembles urbains.

Formé en 2020 à Byron Bay, en Australie, The Dharma Chain emménage à Berlin deux ans plus tard. Une aventure probablement motivée par l’idée de se retrouver dans cet environnement qui a inspiré David Bowie et Iggy Pop, si ce n’est pour partir sur les traces d’Anton Newcombe dont le Brian Jonestown Massacre est très certainement une influence majeure. En tout cas, une fois débarqué dans la capitale allemande, le groupe connaît la galère d’une vie nouvelle de musiciens hors de leur zone de confort sur un autre continent.

Après Nowhere (Anomic Records), leur premier album, les Australiens ont perdu une partie de leurs membres et changé d’écurie pour le label espagnol Spinda Records (Clostridium Records pour la distribution en Allemagne, Le Cèpe en France, Echodelick aux États-Unis et Dirty Filthy en Grande-Bretagne). Fini le chemin de croix DIY, les sessions d’enregistrement se professionnalisent mais n’apportent pas pour autant le soleil ibérique à leurs chansons. Le groupe se compose désormais d’autant de musiciennes que de musiciens et s’attache particulièrement à abolir la hiérarchie entre ses membres : Amanda McGrath (chant, synthé, guitare), Benjamin Rompotis (chant, synthé, guitare), Aidan Stewart (batterie) et Giulia Piras (basse).

Taillé pour Berlin

Malgré la proximité de leur nom avec The Jesus and Mary Chain, The Dharma Chain n’a pas grand-chose en commun. Si les Écossais pionniers du shoegaze adoptent une approche assez onirique dans leurs morceaux, la musique du Dharma Chain ressemble plutôt à un cauchemar éveillé – ou à un bad trip sous psychédéliques en pleine ville. Elle n’a rien à voir non plus avec King Gizzard and the Lizard Wizard, Tame Impala ou toute cette vague « solaire et pétillante » australienne. Même si le Dharma Chain cite des références comme Ride ou Slowdive, leur musique s’immisce dans un registre bien plus lugubre où s’encastrent des éléments shoegaze, néo-psyché et indus.

L’ambiance est systématiquement brumeuse, parfois même hypnotique comme sur Red Red Red Red Red. Pourtant, les instruments ne jouent pas de manière léthargique. La section rythmique reste active – avec même un jeu dub sur « Loves Confusion » – et les guitares oscillent entre phases atmosphériques, fuzzy ou lourdement saturées. Hormis les sonorités ténébreuses qui illustrent un flower power fané, ce sont les voix qui installent une certaine langueur, notamment celle féminine, parfois céleste (Into the Night, Cross Over), et celle masculine qui vient susurrer les textes avec un timbre brisé sur Inside a New. L’album se clôt sur How Far qui détonne par son piano limpide et minimaliste, chanson sépulcrale pilonnée de lourdes phases indus.

Avec Some Kind Of Pure State, The Dharma Chain voulait dessiner un paysage d’après-tempête, de clarté qui suit le chaos, où sont abordées des thématiques comme « l’amour sous ses multiples formes, l’addiction, les courants politiques et la quête de sens dans le quotidien ». Il en demeure aussi morne et froid que certains quartiers de la ville dans laquelle ils ont décidé de s’implanter et aussi acide et confus que les fameuses soirées qui s’y tiennent dans ses milieux alternatifs.

The Dharma Chain s’insère dans ce « nouveau » paradigme du rock psychédélique dans lequel l’altération psychique permet de supporter la société plutôt que de s’en échapper comme un hippie utopiste. Une approche qui pourrait être qualifiée de « rock psyché réaliste », dont l’expérimentation sonore suggère davantage les troubles induits par le malaise ambiant et la prise massive de psychotropes légaux pour y remédier que l’évasion candide de la contre-culture des 60’s.

https://thedharmachain.bandcamp.com/album/some-kind-of-pure-state

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