5 juillet 2026

Un reportage pas neutre au PALP Festival, en Suisse

(C) Palp Festival

De nombreux festivals ont un problème d’immobilier et poussent souvent aux mêmes endroits. Une ancienne base militaire ? Très bien. Une friche industrielle ? Perfect. Un champ ? Encore mieux. Ajoutez trois food trucks, une bière IPA à 11 euros, deux DJ qui jouent jusqu’au lever du soleil et voilà un événement “immersif”. En Suisse, le PALP fait autrement. Retour d’expérience.

Le 23 mai dernier, c’est le Château Mercier, à Sierre, qui devient l’épicentre de cette étrange idée selon laquelle un concert peut encore être une expérience culturelle sans qu’on ait forcément besoin de télécharger une application pour la vivre. Le lieu vaut déjà le déplacement, même si mes photos sont pourries as usual (Appel au rédac chef : pense à m’acheter un nouveau Samsung).

Un peu d’histoire pour commencer

Construit au début du XXe siècle au milieu d’un parc majestueux, le Château Mercier ressemble à ces demeures que le cinéma adore transformer en maison hantée par des poupées de toutes sortes. Mais ici, pas de fantômes. Façades Belle Époque, impeccables jardins (rien à dire, les Suisses sont plus forts que les anglais) et arbres centenaires offrent un cadre qui rappelle qu’avant les écrans géants LED, il existait une invention formidable qu’on a tous un peu oublié : le paysage.

Et puis il y a la musique. Le PALP ne fait jamais de programmation par addition. Il préfère les conversations improbables. Ce soir, La Betty ouvre la soirée avec sa petite pop-folk organico-synthétique aux couleurs pastel. Comme si les années 1980 avaient enfin trouvé un thérapeute. Et une musique qui respecte la biodiversité. Entre mélodies flottantes et refrains lumineux, voilà une bonne façon d’installer le décor sans chercher à voler la vedette aux montagnes. Ajoutez-y un soleil qui tape, une bière fraîche, et dites-vous que votre vie pourrait être pire. Dans le château, les places sont limitée suite au drame de Crans-Montana à quelques kilomètres de là. C’est devant un parterre attentif que le pianiste aveugle Loris Mittaz, enfant du pays, improvise des haikus musicaux. Magie.

Après un défilé de mode de l’école de couture du Valais, Emelyne prend le relais avec une écriture plus intime. Une folk contemporaine, apaisante et sincère, qui évite soigneusement les clichés du genre. Et non, je ne parle pas de Simon and Garfunkel, encore moins de Woody Guthrie. Pas de chemise à carreaux obligatoire ni de banjo sous ordonnance : simplement des chansons qui prennent leur temps. Même délicatesse chez Paula Mia, dont les compositions naviguent entre pop rêveuse et confidences à voix basse. À une époque où beaucoup d’artistes confondent intensité et volume sonore, elle rappelle qu’on peut aussi captiver en murmurant. Un verre de vin à la main, la soirée s’annonce cool, tranquille, paisible. Une certaine idée de la Suisse, en somme.

La nuit tombe peu à peu, et Barbara Pravi arrive. Depuis quelques années, elle occupe une place singulière dans la chanson française : capable d’écrire avec une intensité presque théâtrale sans sombrer dans le pathos. Sa voix a ce pouvoir étrange de faire taire un public entier. Problème : j’ai faim. Direction raclette. Le gars du stand – comme tous les Suisses rencontrés – discute, sympathise. Au loin, on entend Barbara, accompagnée du groupe tzigane Aälma Dili. Mais comment peut-on lutter avec une raclette en mode « vue sur la montagne » ?

La soirée prend ensuite une direction plus internationale avec Hohnen Ford. La jeune Britannique construit une folk « aérienne ». Le genre de concert pendant lequel on se surprend à oublier de filmer trente secondes pour les réseaux sociaux. C’est enfin à Broken Back que revient l’honneur de fermer cette journée.

Petit retour sur un point clef en festival : ce qu’on y mange. Comme le PALP refuse de séparer la musique du reste des plaisirs terrestres, la gastronomie fait partie intégrante de l’expérience. Ici, les stands ne servent pas seulement à éponger la bière. Les producteurs valaisans, les spécialités locales, les fromages d’alpage, les vins du canton et les cuisines invitées prolongent le concert dans l’assiette. On mange local. Il reste encore quelques dates d’ici la fin de l’été. Allez-y, c’est pas loin, dépaysant et magnifique. Après, vous avez aussi le droit de préférer les toilettes chimiques.

https://palpfestival.ch/

Peut être une image de nage
(C) Palp Festival

Tourneur-fraiseur dans le civil, Albert est un membre essentiel de la team. Originaire de Syldavie, grand amateur de biscottes, cet expert du Rapido animera vos soirées cocktail contre rémunération conséquente.

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