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BEAK >
Geoff Barrow fait son come-b(e)ack

Bref, c’était un mardi. Ça faisait 72 heures que le patron m’avait refilé le deuxième album de Beak>. La pochette n’évoquait pas grand chose et les deux flèches dessus rappelaient surtout le logo de Citroën. Quant à la musique, une espèce de déflagration pour autistes bercés trop près du mur (du son). Tout ça me faisait transpirer à l’avance. Bref, j’allais devoir rencontrer Geoff Barrow, plus connu pour avoir déprimé toute une génération de gamins avec son groupe Portishead.

Bref, c'était un mardi. Ça faisait 72 heures que le patron m'avait refilé le deuxième album de Beak>. La pochette n'évoquait pas grand chose et les deux flèches dessus rappelaient surtout le logo de Citroën. Quant à la musique, une espèce de déflagration pour autistes bercés trop près du mur (du son). Tout ça me faisait transpirer à l'avance. Bref, j'allais devoir rencontrer Geoff Barrow, plus connu pour avoir déprimé toute une génération de gamins avec son groupe Portishead.

En s’attardant un peu sur le deuxième album, « >> », du groupe de Bristol, on sent rapidement monter la décharge synthétique de Krautrock qui vous arrive droit dans les tympans. Pour ma défense, je suis loin d’être un puriste : j’ai découvert Can il y a un an pratiquement jour pour jour, et j’ai dû écouter Neu ! cinq fois en tout dans mon existence. Pourtant ce nom, Geoff Barrow, s’est retrouvé deux fois en trois semaines dans mes mains. Une fois avec son projet récréatif — faut le dire vite — nommé Drokk, une autre fois avec ce disque qui n’est pas vraiment taillé pour les châteaux de sable et les coups de soleil.

Le son est bon, le groove froid. Et c’est avec cette obsession oppressante et surtout complètement synthétique que, de Villiers à Montreuil, je m’interroge. Dans quel état d’esprit peut-on être quand on a décidé de reproduire de manière finalement assez abstraite cette ville futuriste qu’est Mega City One ? D’où vient cette idée de composer à la manière d’un groupe comme Can ? A-t-il vu l’affreux nanard qu’est Judge Dread avec Stallone dans le rôle du héros ? Mes questions tournent court, et je me retrouve déjà face à Beak>, en train de boire du thé sous un soleil de plomb.

Le décor est désagréable : non seulement la chaleur est insupportable, mais le chantier à côté des locaux du label Differ-Ant est en pleine activité, notamment le grutier qui manie son instrument gigantesque comme d’autres une batterie juchée sur des déchets nucléaires. Les Anglais, eux, sont tranquilles. Ils semblent m’attendre, cigarette au bec, et me demandent si je suis sous l’emprise d’un quelconque stupéfiant. Je suis plus en confiance que dans le métro ; l’entrevue avec Geoff et ses copains peut commencer.

« Les conditions optimales pour écouter Beak> ? Être en feu sur un vélo au ralenti. »

Si tu devais me décrire Beak> en deux minutes ?

Beak>, ce sont des mecs dans une pièce qui jouent de la musique qui, lorsqu’elle est bien comprise, est… plutôt bonne.

Selon le dossier de presse, les conditions d’enregistrement furent différentes du premier. Qu’est-ce qui a changé ?

En fait il s’agit des mêmes conditions, ça a juste pris plus de temps parce que nous nous attendions à enregistrer instantanément.
Les premiers jets ne sonnaient pas très bien. C’était de la merde. On a dû se poser pour se souvenir qui on était, nous rappeler comment on faisait avant. Mais ça reste de la « composition instantanée » qui a pris plus de temps. On a joué, enregistré, et après seulement édité pour avoir un format acceptable pour les sons. En fait on a eu des difficultés parce qu’on revenait de tournée et qu’à l’époque on jouait assez fort ; du reste, on était assez fiers de « Beak> ». Moralité, quand on est revenus en studio pour le deuxième album, on a essayé de faire comme le premier et… ça n’a pas très bien sonné. Avec « >> », il s’agissait surtout d’un développement. On avait enregistré le premier très naturellement et il s’agissait  plus d’une sorte de prolongement de ce premier essai.

Comment sonne Beak> en concert ?

Pareil que le disque mais en plus fort.

Au fait, que veut dire « Drokk » ?

Ça veut dire « fuck ».

Comment tu l’as enregistré ?

Pour « Beak> » on s’est assis dans un studio de répétition, on s’est branchés et on a joué ensemble, live, pour ensuite construire et éditer. Avec Drokk, on était sur synthétiseurs, sur un bureau. Très droits, sérieux, carrés. Drokk est un projet alors que Beak> c’est un groupe.

Crédit: Renaud Monfourny

Au sujet de Drokk, le son synthétique et oppressant du disque retranscrit-il l’époque actuelle dont Mega City One serait une sorte d’hyperbole ?

Oui. C’est une vision exagérée et futuriste. Très John Carpenter. Mais notre société est très froide de nos jours. Il y avait vraiment un sens derrière ce disque.

Pourquoi cette influence ? Tu as lu les comics de Judge Dredd ?

Oui.

Tu as vu le film avec Stallone ?

Oui, malheureusement. C’était terrible.

Il y a toujours un côté attachant aux nanards, non ?

Celui-là n’était pas très drôle. Il était putain de mauvais. J’aime bien les nanards, mais celui-là était à chier.

Tu penses que le monde ressemblera un jour à Mega City One ?

C’est une idée passée du futur. A la fin des années 70, début 80, on avait des raisons de penser que le monde serait détruit. Maintenant le monde est plus bruyant, les choses font plus de bruit. Si on devait aujourd’hui décrire le futur,  par rapport au point de vue des années 70, il serait beaucoup plus paisible, avec une humanité qui aurait résolu les problèmes. À l’époque c’était très noir, mais aussi beaucoup plus simple : il y avait un camp communiste, un camp libéral. Aujourd’hui c’est plus statique et bruyant.

Quelles sont les conditions optimales pour écouter le deuxième Beak> ?

En feu sur un vélo au ralenti. Ça fonctionne aussi en  plantant des fleurs ou en jardinant…. ou alors une heure après la masturbation.

Et pour Drokk ?

En conduisant une moto à travers Tokyo, vers 4 h du matin.

Beak> // « >> » // Invada (Differ-Ant)
http://beak.bandcamp.com/

1 Comment

  1. las artes

    20 juillet 2012 at 22 h 13 min

    Dans le genre Quick Space revival, ou Team Ghost, ça déchire. Avec son côté rock ultra indé et complètement disjoncté, BEAK> (oui avec un “>”) fait très très fort ! Alors que je décompressais au son de ce Geoff Barrow (Portishead) en trio, le Domaine des Bruniers était une perle en bouche. Son Quincy, blanc vineux complètement disjoncté (aussi) m’a rendu folle. Pourquoi le sauvignon procure chez moi autant d’extase. C’est à en croire que le vin n’est pas qu’une passion mais un vrai amour. Alors je vous dis, en direct du Faubourg Saint Martin, allongée sur un canapé de faux velour vert, entre cette zic et ce wine ça promet !

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