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16 minutes pour survivre au désastre du rap français

Ce sont des galériens du rap game qui ne souhaitent même pas prendre part au jeu : vingt-sept tchatcheurs réunis par deux vétérans du label Vatsa Prod pour un manifeste rap indé en forme de questionnement philosophique et d’hommage à une certaine école « consciente »… Ça a la saveur des années 90, mais ça se passe bien en 2016. Check ça comme ça.

pochette carré web 16'05Le rap français se divise en deux catégories : ceux qui se font des couilles en or et ceux qui galèrent. Eux, ils galèrent. Et depuis un moment. Mais plutôt que de l’avoir amer, Cesko et DJ Fysh, les deux quasi-quadras qui forment le duo tourangeau Kyma, s’accrochent à l’idée que le rap reste un art de combat alors que Maître Gims vient de refourguer un demi-million d’albums à des ados prépubères en chantant Est-ce que tu m’aimes ? ou Sapés comme jamais ?.
« Aujourd’hui, c’est sûr, le rap est rentré dans la variété, concède Fysh en s’excusant presque pour l’ensemble de la communauté, mais pour moi, le rap c’est avant tout populaire, revendicatif. Avec ce disque, on se dit qu’on arrivera peut-être à prouver aux gens que le rap a encore une conscience politique ». Une conscience tout court serait déjà un bon début pour certains… Mais comme le souligne le rappeur tourangeau Ali’N au bout d’une trentaine de mesures de ce long morceau, finalement, chacun son truc : « Rapper dans une flûte, je laisse ça à Booba ou à Geko, mon rap n’est pas une pute qui se coucherait pour quelques euros. C’est du rap d’adulte, le chant des ouvriers, du rap de penseur, pas du rap de suceur. » Toi-même tu sais, comme dirait l’autre.

‘16’05 pour dire que ça ne sert pas à rien’, le duo tourangeau l’a coordonné, mixé et publié sur son label Vatsa Prod. Mais il rassemble vingt-sept activistes de la scène rap indé française, et chacun pose son flow sur 12 mesures autour de cette question : en quoi ta musique ne sert-elle pas à rien ? « C’est parti d’une discussion philosophique qu’on a eue tous les deux, raconte Cesko, en se demandant finalement à quoi ça servait de faire ça…Et on s’est dit que ce serait intéressant que des MCs se posent la question, et que par extension, l’auditeur se la pose aussi. Parce qu’au fond de nous, l’idée c’est quand même qu’une chanson ne doit pas servir à rien, surtout à notre époque. ». Pour autant, le morceau n’est à l’heure actuelle pas disponible sur Internet, où rien n’a filtré.

La Haine 2

Premier constat, à l’écoute : ça sert avant tout à soi. Le rap comme exutoire, comme déversoir de la rage, de la colère ou des doutes. Sans réelle certitude que ça serve à autre chose : « Mon rap, c’est la balle dans le fusil, c’est juste mon instinct de survie » / « Pisser dans un violon, c’est déjà se soulager. » Lucide. Classique. Et pas si étonnant dans une scène (même indépendante) où pullulent les orgueils démesurés, les égos boursouflés et où les artistes bossent souvent en solo. « Il y a un vrai problème avec l’égo-trip dans le rap, les mecs ne postent que des trucs à eux, déplore Cesko, et beaucoup se servent d’une cause pour parler d’eux en réalité. Mais la cause, ils n’en ont rien à péter. » Pour lui, qui partage son studio tourangeau avec des groupes ou des artistes rock évoluant dans leur propre scène « indé » (Piano Chat, Pneu…) la différence est nette : « Ils fonctionnent vraiment en réseau. En revenant de concert, de tournées, ils racontent qu’ils ont vu les copains tout ça… Chez nous, les mecs faut les inviter à jouer, mais jamais ils veulent organiser un concert pour ta gueule ! Ils n’ont pas compris, il y a une vraie méconnaissance du milieu musical à ce niveau là. » Ce morceau collectif vise donc aussi à proposer un projet fédérateur : « Là, les mecs qui vont être fiers de leur speech, ils vont devoir faire circuler tout le morceau et défendre le projet collectif ! » conclut Cesko sur ce point, un sourire malin au coin des lèvres. Depuis 1999 qu’ils parcourent la France sous les radars, au sein de cette scène rap indé bien discrète, parfois à raison d’une trentaine de dates par an, les deux vétérans du Kyma (« maquis » en verlan, tu vois l’idée ?) ont accumulé pas mal de contacts. « On se rendait compte que dans plein de villes, il y avait des trucs de fou, des MCs qui nous tapaient vraiment dans l’oreille. On a voulu aussi montrer cette scène indé, énorme et de qualité parce qu’on en avait ras le cul d’entendre qu’en rap il ne se fait plus rien. » Le rap, c’était mieux avant ? Les vrais savent, comme dirait l’autre.

C’est donc sur des beats simples et une boucle de cordes tellement old-school qu’elle paraît presque désuète que les vingt-sept ont accepté de philosopher. En comparaison aux productions lourdes, trap et autotunés d’aujourd’hui, ça sent un peu la naphtaline. Mais ce n’est ni un hasard, ni une faute de goût. Le son, la démarche, le titre et même le visuel du disque, tout renvoie à ce morceau collectif emblématique et fondateur de la décennie 90, le fameux 11’30 contre les lois racistes. C’était l’âge d’or du hip-hop, politisé et engagé, d’où émergeait la figure du « banlieusard éclairé » à la devise signée Assassin : Le savoir est une arme.

Adolescents, Cesko et Fysh se construisent pendant cette décennie qui démarre par les premières émeutes urbaines à Veaux-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise en 1990, et qui voit ensuite exploser à la figure du mainstream cette contre-culture de banlieue à la sauce hip-hop. Au printemps 1995, en moins de quatre mois, la France se prend coup sur coup dans la tronche Paris sous les bombes de NTM (mars), le cultissime film La Haine (mai), le beaucoup plus confidentiel Etat des lieux (juin) et L’Homicide volontaire d’Assassin (juin). « J’avais 16 ans quand L’homicide volontaire est sorti, se souvient Fysh, Assassin a contribué énormément à mes engagements, m’a amené à réfléchir. Ça m’a donné des clefs. » Paradoxalement, à la même époque, les inoffensifs Alliance Ethnik et Ménélik squattent déjà le haut du Top 50, comme un avant-goût du retournement (de veste) qui s’amorce et qui s’opère dès 1996, au moment où Doc Gynéco assure sa Première consultation. Cette année-là, Skyrock prend son virage urbain pour devenir quelques années plus tard « premier sur le rap ». L’assimilation est en marche… Malgré cela, les sorties de compiles autoproduites commencent à se multiplier (Invasion, L’Invincible Armada…), des dizaines de groupes conscients émergent partout en France (remember La Cliqua, D.Abuz system, Expression Direct, Les Sages poètes de la Rue, Ideal-J, NAP, etc.) et au cinéma sort Ma 6-T va cracker de Jean-François Richet. Avec Cercle Rouge production, le cinéaste de la banlieue tendance marxiste, autoproclamé « révolutionnaire », sera un an plus tard à l’initiative du fameux 11’30 contres les lois racistes, dans lequel la crème des rappeurs (Akhenaton, Assassin, Fabe, Menelik, Ministère A.M.E.R., etc.) dénonce notamment les lois Debré sur l’immigration. En 1999, Cercle Rouge remettra le couvert avec les 16’30 contre la censure, beaucoup plus indigestes. Depuis, ce qui restait de l’industrie du disque a fait le tri, ouvrant les portes du mainstream aux lyrics lisses ou pseudo-gangstas, et reléguant le politique aux marges de l’indépendance et/ou de l’underground. Quant aux héros de l’époque, ils sont sérieusement partis en couille. Rockin’ Squatt (Assassin) le complotiste « s’envoie en l’air avec les pyramides » admet Fysh en riant un peu jaune. Et Akhenaton fait l’homme sandwich pour Coca ou X-box.

« Ils rappent tous à l’ancienne, en alexandrins, c’est pas du Kaaris avec des phrases en huit syllabes et du delay par-dessus. » (Cesko)

Il n’empêche : la référence est limpide et honnête. Pas d’ironie dans ces ‘16’05 pour dire que ça ne sert pas à rien’. Les gars du Kyma et leur bataillon accroché au mic assument l’héritage et revendiquent leur appartenance à ce canal historique d’un rap qui « agite les neurones et pousse à la réflexion ». On le sent jusque dans la manière de rapper : « Il y en pas un qui fait de la trap par exemple. Ils rappent tous à l’ancienne, en alexandrins, souligne Cesko, c’est pas du Kaaris avec des phrases en huit syllabes et du delay par-dessus ». Cette photographie d’un rap indépendant, politisé et estampillé « 95 » fait en 2016, c’est une manière de dire que le rap, et tout ce qu’il a produit de bon dans son histoire, « ça nous appartient à nous », affirme Cesko. Ce sont les gardiens du temple, des « chercheurs en quête de sens qui font résonner l’importance de notre insignifiance », écrit Syrano. Sur ses 16 minutes, les banlieusards éclairés du 21e siècle côtoient aussi de nouveaux venus, des précaires libertaires (Monsieur Saï, Calavera…) ou même d’anciens rappeurs partis vers d’autres cieux mais toujours fidèles à l’esprit des origines (Zoën, Funken…). Preuve que dans l’ombre, ce rap a continué d’infuser pour irriguer différentes strates de la société. C’est « la berceuse de ceux qui ont le doigt sur le détonateur » résume Zo, « un soupir sous le vacarme des bombes » pour Singes des rues. Bref, c’est un îlot de résistance perdu au milieu du rap game à la française.

Skyrockisation des esprits

Cesko et Fysh

Un poil blasé, Cesko reconnaît en effet qu’une page s’est tournée. Et que vingt ans après, la skyrockisation des esprits à fait son oeuvre : « Je fais des ateliers avec des gamins qui veulent avoir les clefs pour faire du rap. Quand tu leurs demandes pourquoi ils veulent en faire, on est loin du homeboy éclairé dont on parlait avant… Ils veulent faire des clips, des millions de vues et de la thune. » Alors la faute à qui, à quoi ? Pourquoi et comment ce rap conscient issu du terrain, qui prônait le savoir, l’élévation des consciences, la sublimation de la rage et de la colère dans un mode expression militant et politique s’est-il retrouvé rejeté à la marge ? Pourquoi n’existe-t-il plus que dans les interstices et souvent à la faveur d’une pratique do-it-yourself ? Pourquoi se retrouve-t-il écrasé entre les divagations métagores (merci la Nouvelle Revue Française !) gonflées à l’autotune de Booba et la poésie urbaine politiquement correcte d’artistes élus « France Inter » (Abd al Malik, Oxmo Puccino..) permettant à la prof de lettres quinquagénaire de se sentir concernée par « la problématique des quartiers sensibles » ? À cause des rappeurs, qui se sont pour la plupart jetés la tête la première dans le business ? Certainement. Mais pour Cesko, le monde de la culture figure aussi sur la liste des coupables. « Tous ces gens de gauche, les programmateurs de salles, de radios qui étaient censés repérer ça, ils n’ont pas vu le truc ou ils n’ont pas trouvé ça intéressant. Ils se sont branlé la nouille sur le Wu-Tang et les states, mais à côté de ça, quand on allait les voir avec notre skeud fait maison, qu’on avait peint nous-mêmes, qu’on s’arrachait pour distribuer, ils trouvaient ça bien, mais ils ne poussaient pas le truc plus que ça. Nous les premiers, on en a eu marre à un moment. Et donc tout ce pan de la scène, il s’est épuisé. »

Le rappeur de 39 ans, qui bouffe aujourd’hui en faisant le ménage dans une salle de concert sort le bazooka pour achever la gauche culturelle française : « En France, on croit que la culture est de gauche, engagée, mais en fait elle est bobo, lisse à mort, et tout ce qui touche les quartiers, la pauvreté, la précarité, elle en a rien à branler ! Les acteurs culturels ne savent pas ce que c’est de vivre avec 500 balles par mois. Ils sont les premiers à dire que la société est merdique en buvant des coups dans les bars le soir, et le lendemain ils mettent en avant des disques de pop et de rock insignifiants, avec des paroles en anglais et ils sont bien contents d’avoir leur petit article dans les Inrocks. Mais je te dis tout ça sans aigreur hein… La preuve, ça ne nous empêche pas de continuer. » Comme dirait l’autre, l’important, c’est pas la chute… C’est l’atterrissage.

Compilation 16’05 pour dire que ça ne sert pas à rien // Vatsa Prod
https://vatsa.bandcamp.com/

11 Comments

  1. "Celui qui t'emmerde ma gueule"

    11 juillet 2016 at 13 h 32 min

    Le morceau 11’30 n’est pas fameux non.Simplement connu. Il est à l’image des quarantenaires actuels,jeunes des années 90 abrutis par un système médiatique vérrouillé sans internet. Pour un MC jean gab1,combien de Monsieur saï? Le rap antiraciste se trompe de cible,il est aussi perdu que les gens qui ont finit par devenir racistes. Donc il vaut pas mieux au monde des goys. Alors qu’il ferme sa gueule. Car en l’ouvrant,il est l’idiot utile qui attise le braises,l’immigration a notamment été organisée pour créer du chaos en telescopant le peuples, en l’ouvrant,il est Tricky dans le cinquième element,celui qui bosse pour le pourri, finit bombe humaine télécommandée dans l’aéroport,il va pas mieux que le rappeur rockerisé sexualisant qu’est Tricky dans le réel,lui et sa gueule enfarinée et sa bouche bée,le rap qui monte les gens les uns contre les autres reste un produit du système maconnique,un produit de la misere,un outil de plus,une autre conséquence du verre brisé que Zorg fait glisser jusqu’au bout de la table du bout de l’index. Monsieur Saï dit dans une de ses chansons ne pas vouloir croire au complot, il a raison de pas ouvrir les yeux, cette théorie mille fois prouvée est son créateur,sa haine n’existe que par lui,et tue l’interêt de la plupart de ses chansons.ses cibles ne sont pas des vraies cibles,elles sont de fantomes,le méchant SHADOW,elles sont des acteurs de theatre,ne méritent aucune critique,meritent juste de prendre le rideau sur la nuque. En bons lapins blancs qu’ils sont,celui de Matrix,deux pilules,toujours les mêmes couleurs,rouge et bleu,hier le rouge a gagné de justesse,le foot est un spectacle détruit,detruisons le spectacle de la politique,elle ne demande que ça.

    • Alexandre Charles

      13 juillet 2016 at 10 h 16 min

      Désolé, mais j’avais mieux à faire que de répondre à tes inepties. Quand je vois le temps que tu passes à poster tes commentaires sur Internet, je me dis 1) que tu dois être bien seul 2) que tu devrais décrocher un peu et aller lire quelques livres, ça te ferait du bien. Tu pourras commencer par le dictionnaire où tu révisera la définition de « fameux ». Ah mais oui, c’est vrai, on ne peut sûrement pas se fier au Larousse, qui doit être lui aussi le produit des grands méchants francs-maçons, non ? En même temps, ce qu’il y a de bien avec les complotistes soraliens de ton niveau, c’est que vous vous tirez une balle dans le pied sans l’aide de personne : on ne comprend strictement rien à ce que vous racontez. Normal : la bouillie pseudo-intellectuelle assaisonnée au néo-fascisme de bas-étage n’est pas très bonne pour le cerveau. Donc si tu pouvais aller tenir tribune ailleurs, ce serait sympa. Merci !

  2. Bester

    11 juillet 2016 at 22 h 53 min

    Tu es l’exemple même de ce pourquoi la démocratie ne fonctionne pas. Vivement que l’anti-système sur lequel tu adores te tripoter tous les soirs arrive au pouvoir, qu’on puisse enfin te faire fermer ta gueule.

  3. Jeunesse à deux vitesses

    11 juillet 2016 at 23 h 54 min

    Rien n’a remplacé le PC, les jeunes pauvres bicravent ou crèvent, rarement s’échappent (voir PNL).
    Il y a aussi les Soralisés comme l’abruti ci-dessus, lamentable.
    Et l’indifférence des héritiers génère de plus en plus de rage, que porno et pilon découragent, jusqu’à quand ?

  4. patick tandy

    12 juillet 2016 at 19 h 17 min

    there’s a black blanc beurre riot going on ? La coupe du pere françois par mois est 9OOOBOULESBRUT, a RIOT ?

  5. Wuclantang

    18 juillet 2016 at 9 h 50 min

    Ils étouffent dans le foi gras
    c’est dans le riz qu’on flâne
    C’est dans le béton qu’on pousse
    c’est à Fleury qu’on fane

    Booba – Soldat

  6. GroKonar

    19 juillet 2016 at 16 h 41 min

    Lol les rageux anti-ER

    Le réel vous a rattrapés, restez cuckés :DDD

  7. Bleu sang

    3 août 2016 at 16 h 04 min

    Je rajoute que les religions abrahamiques sont un complot juif depuis le début,que Jesus Christ était un comploteur et donc facile à ressusciter,que l’immondicité du Talmud ne peut s’expliquer que comme ça,tout comme les actes de nos gouvernants,et le Nouvel Ordre Mondial doit être compris comme ce qui suivra l’histoire fausse des religions,après chute du faux camp du mal talmudomaçon,en partie de par lui même,via crach boursier et financier provoqué.
    Dieu est manipulation,pour libérer l’homme du combat entre bien et mal. Le monde est un demi theatre depuis plus de 2000 ans,et est-il difficile de faire autrement qu’en y passant par des guerres atroces,a-t-on besoin d’un faux camp du mal controlé,pour éviter un mal incontrôlable et éternel si devenu surpuissant? La réponse est …?

  8. Tim

    8 août 2016 at 9 h 45 min

    J’ai lâché l’affaire il y a déjà longtemps, le hip hop est devenu une logorrhée insipide aux instrus quasi inexistantes.
    La culture quelle soit de gauche ou de droite on s’en branle, franchement, et à l’écoute je n’entend rien de nouveau .

    Au lieu d’accuser Skyrock, la gauche, le virus zika ou le réchauffement climatique, ailler une exigence artistique plus solide, parce qu’à l’écoute j’entends toujours cette nappe de synthé immonde en mineur (toujours en mineur) et cet apitoiement quasi congénital du rap français.

    J’adorais le hip hop parce que c’était le prolongement du punk; la colère la rage et même l’humour!!
    Tout ça est dilué dans un bain d’eau tiède, sans saveur et sans folie. Dommage.
    RIP le rap…
    Tim

  9. pX

    10 septembre 2016 at 2 h 15 min

    Le rap était une promesse ; maintenant on a 50 ans de recul et il est cruellement clair qu’on s’est tous fait carotter.

    Personne n’y a jamais cru, au rap, per-sonne. Tout le monde l’a subit, hébété, et a suivi le troupeau en se dandinant comme un gorille pour ne pas dormir seul ; or rappelle-toi de ce que tu as vraiment pensé en entendant « The Message » ; les articles de la presse gonzo des early 80s démolissaient déjà sans effort cette street culture bidon, mais on les entendait pas avec ce vacarme publicitaire ; c’est pas l’underground qui a pushé cette escroquerie, mais les pubs Darty et les émissions de variété, ce qui est logique compte tenu de son lignage, un rail de poudre qu’on peut retracer du Club 54 au Palace, gestion des risques et schémas planétaires.

    Objectivement, c’était plié dés la fin des 80s ; en même pas deux lattes de blunt les poètes urbains se sont transformé en PLV, les rebelles créatifs en négociants d’articles de sport en gros, et leur public en gardien de prison banlieusarde. Ça sentait l’embrouille depuis le début, mais franchement si t’as pas compris en voyant Ice T chez Merv Griffin, ou quand Public Enemy a viré Professor Griff, qu’en plus d’écouter de la musique de merde t’es manipulé dans la destruction de ton propre monde, tu comprendras jamais. Sans déconner, quand tu repenses à De La Soul, ou même à Tribe Called Quest (et surtout quand t’as la mauvaise idée de ré-écouter ces loops fadasses et ces samples grillés qui sonnent trop pas) tu te sens pas un peu merdeux ? I know I am.

    J’ose même pas penser aux putains de skeuds qu’on aurait sous le coude si ces deux générations de musicos véneres avait fait autre chose que de scander sa haine dans un micro sur des beats au kilomètres. Et ça, c’est juste pour l’aspect « art » dont on se branle tous un peu, en fait.

    Ultime insulte à l’Afrique, le rap a passé son héritage au roundup, et pris bonne part dans le bétonnage du jardin mondial en maternelle ultra-violente, du coup tu m’étonnes que ce qui reste de musicos dans ce panier de crabes ne pense qu’à se casser.

    Le rap est une poubelle fumante, dont personne ne veut être le couvercle.

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