Le Canada, ce pays consensuel et sans personnalité fut (est?) une intrigante, surprenante et délicieuse crèche pour nombre d’artistes et de groupes en mal d’américanisation. Vous connaissez tous Neil Young, Leonard Cohen, peut-être avez-vous entendu parler d’AIDS Wolf et de Lullabye Arkestra, mais qu’Eric Woerth m’emporte si les Albertains de Women passèrent – au moins aussi souvent que les deux inconnus sus cités –  à travers vos conduits auditifs.

De leur premier album, nous ne retiendrons rien… En tout cas pas grand chose. Leur deuxième se défend déjà nettement mieux. Puisant ses forces et ses faiblesses dans tout ce que la dissonance post no wave peut offrir, Women – en forçant l’écoute de trois heures éprouvantes, la face collée à votre machine à café –  prouve que rien n’échappe à leur gros aspirateur d’apathie et d’ataraxie.

Les bottes d’hiver collées au pied, la parka bien en évidence et la solitude plantée solidement dans le crâne, Public Strain parade fièrement à travers des blizzards hurlants de noise US (rock ou pas). Personne avant eux – peut être Sonic Youth dans les 80’s, mais on s’en fout puisque depuis Goo, Sonic Youth c’est de la merde – n’avait osé l’impensable en luttant mollement et intelligemment contre la minuscule et solide doxa de la noise qui brise les tympans. Car chez Women, jamais on ne s’énerve, on reste allongé sur un mauvais plumard de prison, au fond de son bunker canadien, attendant que la tempête passe…

Public Strain s’évertue à étouffer les influences noise du quator (Sonic Youth et Deerhoof en tête) sous de bons gros coussins roses. L’art du crime, la beauté de ce que tout groupe à larsen désuet devrait s’user à atteindre depuis la mort des Dazzling Killmen et la mutation d’Oxbow. Women dompte le bruit, le case au fond de sa salle de spectacle et lui ordonne de regarder la scène. On lui permet d’ouvrir sa gueule de temps en temps, pas plus. L’hiver albertain pernicieux – commandé par ces mignonnes lopettes de Women – pénètre peau, chair et os et possède ce corps de bruit pour lui faire dire n’importe quoi. Et depuis Trout Mask Replica, nous savons tous que le n’importe quoi est l’une des plus grandes qualités du rocker moderne confortablement assis dans ses chaudes pantoufles confectionnées en l’an 33 après Don Van Vliet. Dans leur grande et précoce sagesse, les gars de Women se sont amusés à injecter un peu de Low dans cette jeune mais déjà putride carcasse. Tout en prenant bien soin d’ôter toute l’emphase mélodramatique du modèle original.

Public Strain, c’est ce que les 6 premiers albums d’Animal Collective auraient dû être : de bons albums.

Débarrassé des scories Beefheartiens, Sonic Youthiens et Jesus Lizardiens, le bruit peut s’envoler vers des horizons de barbes à papa hippies sans cholestérol où tout le monde est gentil : le Canada. L’identité canadienne c’est peut être tout ce que Public Strain représente, de la noise qui lorgne sur son voisin du dessous, gentille, agréable et dépourvue d’imposteurs psycho-hurleurs inoffensifs.

Women // Public Strain // Jagjaguwar (Differ-ant)

http://www.myspace.com/womenmusic

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