Le Français expatrié à Bruxelles sort le disque « Musique tirée du film La Forêt », pensé comme la BO d’un long-métrage imaginaire. Plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, Thibault, alias TG Gondard et alias Colombey, a répondu à nos questions par mail. Voici donc, mot pour mot, l’interview intégrale.

Comme vous le savez, Le Syndicat des Scorpions fait partie des labels français les plus excitants du moment. Et il met à l’amende tout le monde depuis Metz (cela a, mine de rien, son importance). Parmi les sorties, on retrouve Nina Harker, Christophe Clébard ou encore Régis Turner. Mais le label de l’Est sort aujourd’hui le deuxième album de Thibault sous le nom de TG Gondard,  intitulé « Musique tirée du film La Forêt », et influencé par sa passion pour le cinéma, ses années de voyages en Europe de l’Est (et plus particulièrement en Slovénie) et par « le dungeon synth, un certain pan de la musique industrielle, et la musique répétitive américaine. »

Comme cet entretien s’est déroulé par mail, ej’ai décidé de faire un bon vieux Cmd-C/Cmd-V pour la mettre en ligne, plus simple. En bonus, on peut écouter en exclu un nouveau morceau de l’album, intitulé Cette Belle Gueule.

Peux-tu nous parler de la genèse de ce projet et de l’album ?

Il y a quelques mois, j’avais lancé un nouveau projet secret appelé « Chansons Pour Caroline » – une série d’instrumentales cinématographiques, inspirées par le dungeon synth, un certain pan de la musique industrielle, et la musique répétitive américaine. Après réflexion, je me suis rendu compte que ces morceaux étaient tout de même dans la lignée de pas mal de musique enregistrée sous le nomTG Gondard, et qu’il était temps d’en faire d’autres pour avoir un bel album complet.

Le fait de faire la BO d’un film imaginaire, ce n’était pas trop compliqué pour avoir un “cadre” afin de composer ces morceaux ?

Ce cadre n’en est pas vraiment un car il est totalement libre – la seule limite, c’est mon imagination. Cela n’a rien à voir avec le fait de composer une réelle bande-son cinématographique, qui est le plus souvent un exercice extrêmement ennuyeux et ingrat, où le musicien est parfois la dernière roue du carrosse. Mes rares expériences dans le domaine ont toujours été laborieuses, voire carrément des échecs.

Comment tu as fait pour garder une cohérence au disque ?

J’ai décidé de respecter une contrainte qui est l’absence de rythmes et de percussions, à part l’utilisation de cloches. Au niveau du matériel, je me suis limité à quelques synthétiseurs pour que l’ensemble fasse sens. Je voulais retrouver une forme d’homogénéité qui manquait à mon album précédent, « Le Château » – une unité sonore plutôt dans l’idée de mon disque intitulé « Mon Albertine », même si musicalement, c’est très différent.

Dans ce film imaginaire, c’est à nous de faire l’histoire ?

À chacun de se faire son propre film bien évidemment ! En s’inspirant des titres, des photos du livret (les photos sont de Joseph Charroy), et bien entendu de la musique. Je n’ai pas écrit de synopsis, les indications restent donc suffisamment floues pour que chacun puisse se composer sa propre image mentale.

« Avec TG Gondard, j’ai fait des tonnes de tournées avec des groupes de “rock”, par exemple The Dreams, à vider des salles entières, car à peu près personne ne pouvait supporter l’autotune à l’époque »

J’aime beaucoup Le Départ. Tu as une chanson préférée sur ce disque ?

Pas vraiment, pour moi, c’est vraiment un ensemble et il est difficile de les dissocier… Mais j’ai une petite préférence pour le dernier morceau, La Neige de Metlika.

Pourquoi Metlika ? C’est en rapport à la ville en Slovénie ?

Dans une autre vie, j’ai longtemps sillonné l’Europe, non pas pour faire des concerts, mais en tant que voyageur/nomade. J’habitais dans un camion de modèle Renault Trafic. À la fin de mon périple je me suis installé quelques temps en Slovénie, et je suis allé plusieurs fois à Metlika, une petite ville à la frontière Croate, où habitait la famille d’une amie.

Avec Gonzaï, on avait fait une vidéo sur “Les agents du maussade” dont tu faisais partie avec Ventre de Biche par exemple ou encore Christophe Clébard. On était tombé sur ce reportage de France 3 sur YouTube. Tu peux nous en dire quelques mots ?

Un journaliste de France 3, par ailleurs fan de musique, s’est retrouvé à l’un de mes concerts à Reims. Il a bien aimé mon concert et a donc eu l’idée de ce reportage pour sa rubrique dans le JT régional. Il m’a contacté et une équipe est venue jusque chez moi en Belgique avec une voiture de France 3. Beaucoup de gens pensent que c’est un reportage bidon mais c’est un vrai truc qui est passé à la télé à l’époque.

À la base, ces nouvelles chansons étaient destinées à Colombey ?

Pas du tout, pour Colombey je fais souvent des morceaux très rythmés, sur lesquels je peux chanter. Ces instrumentales contemplatives sont d’une essence très différente.

D’ailleurs, pourquoi avoir deux projets différents ? Pour toi, ce sont deux univers qui ne peuvent pas cohabiter ensemble ?

Quand j’ai commencé le projet Colombey, j’avais le désir de créer un nouveau terrain de jeu musical, et pour ce faire, j’ai progressivement mis en place des contraintes techniques et esthétiques assez fortes. Ce cadre m’a permis de me libérer et d’aller dans des directions que je n’avais alors jamais empruntées. Le public a assez bien reçu le projet car il était très lisible, contrairement à ce que je fais sous le nom TG Gondard, dont les productions sont très variées et plus tortueuses, et mélangent des genres et propositions considérées comme antinomiques : lofi + autotune, obsession régionaliste + musique futuriste, paroles tristes + musique entrainante… Colombey est un projet beaucoup plus traditionnel, les gens s’y retrouvent plus facilement, c’est plus passe-partout dans le milieu musical dans lequel j’évolue.

Quand j’ai débuté Colombey, j’ai été le premier surpris du succès que ces morceaux, au son parfois super pourri, ont pu avoir.

Avec TG Gondard, j’ai fait des tonnes de tournées avec des groupes de « rock », par exemple The Dreams, à vider des salles entières, car à peu près personne ne pouvait supporter l’autotune à l’époque. Maintenant ça va un peu mieux, mais il y a toujours un vieux rockeur dans un coin pour t’expliquer ce que c’est que la vraie musique. Mais ce n’est pas par souci de plaire à un plus grand nombre que j’ai débuté Colombey, j’ai été le premier surpris du succès que ces morceaux, au son parfois super pourri, ont pu avoir.

Tu prépares des choses pour Colombey ?

Après une longue pause, je viens de réactiver le projet et j’ai fait une tournée il y a quelques semaines. Je vais me remettre à l’écriture et à l’enregistrement très prochainement, en essayant d’explorer de nouvelles voies. Mais le projet ayant un peu de bouteille, je deviens de plus en plus exigeant et de moins en moins spontané, donc ça devrait mettre un certain temps à aboutir.

Tu as combien de synthétiseurs ?

Je n’ai pas une collection délirante, j’ai surtout beaucoup de vieux Yamaha et Casio que j’ai acheté en chinant sur des brocantes. Pour le reste, je n’ai aucun synthé légendaire, et je me cantonne aux vieux trucs pas chers, systématiquement moins chers que des machines neuves. Je n’utilise quasiment jamais de VST ou d’instruments virtuels car je suis phobique de la musique jouée à la souris, mais un ami vient de me convaincre de (re)passer le cap, on va voir ce que ça donne !

Tu vas faire des concerts bientôt ?

Je tourne du 17 au 28 avril en compagnie du groupe Heimat en Suisse, Italie et France. Planning visible sur mon site.

Au fait, tu habites où ? Et tu as quel âge ?

J’habite à Bruxelles et j’ai 19 ans.

Qu’est-ce que tu fais quand tu ne fais pas de musique ?

J’ai pas mal délaissé la réalisation de vidéos et de films qui m’avait beaucoup passionné à une époque. La musique me prend beaucoup de temps, que ce soit avec mes incessantes tournées ou avec les répétitions et les enregistrements, même si je prends le temps d’écrire de plus en plus.

J’ai vécu trois ans dans le Grand-Est, à Nancy et à Metz et c’était à la fois amusant et déprimant. Tu n’as jamais eu envie de te barrer de ce coin ?

Mais j’en suis parti ! Ce n’était pas vraiment pour fuir cette région, mais j’avais surtout besoin de me retrouver dans une grande ville remplie de propositions artistiques, pour me motiver et passer aux choses sérieuses, et devenir véritablement musicien à plein temps si je puis dire, alors j’ai quitté ma cambrousse pour aller à Bruxelles, qui fut un excellent choix car tout s’y est plus ou moins passé comme je le désirais. Quant à l’Est, c’est une vaste région, et je ne voudrais pas simplifier et mettre tous ces territoires dans le même panier… L’endroit où j’ai grandi, la région de Coulommiers/Rebais, est en train de se transformer en une sinistre et lointaine banlieue. La population y explose, les choix politiques sont lamentables et l’ensemble de la région est sacrifiée à un capitalisme outrancier – il se manifeste visuellement par des constructions sans fin de pavillons et de hangars commerciaux, mais la déshumanisation qui le sous-tend est encore plus insoutenable. L’idée d’y retourner devient de plus en plus impossible.

Enfin, ton meilleur souvenir de l’enregistrement de ce disque ?

Il s’agit d’un travail solitaire en studio, il est vraiment difficile d’en extraire un moment marquant. Je pense que je serai heureux quand j’aurai la cassette sous mes yeux, ce qui devrait arriver d’ici quelques jours. J’aime quand un projet est bouclé, ça permet de passer au projet suivant, l’esprit libéré.

L’album « Musique tirée du film La Forêt » sort bientôt sur le label le Syndicat des Scorpions. Pour chopper une cassette, ça sera par là

6 commentaires

  1. j’me suis ‘payé’ pour 3 balles compte sur moi & maintenant j’ecoute a fond le sballons Jamel Moss Gherkin edits j’attend 18h bonnes mères

  2. ta sœur elle sort pas avec çàààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààààà

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