On vient de l’apprendre : Hardy Fox, pièce maitresse de The Residents, est décédé à l’âge de 73 ans des suites d’un cancer au cerveau. Ce n’est qu’en 2015, lorsqu’il avait arrêté de tourner avec le groupe, qu’il avait révélé son identité. Mais alors qu’elle était de passage pour un concert exceptionnel au Lieu Unique à Nantes, voilà quelques années, nous avions “rencontré” la bande via Homer Flynn, manager, porte-parole de la Cryptic Corporation et membre fondateur supposé du groupe. Comme on s’en doute, les réponses étaient abracadabrantes, 

Gonzaï : Comment décririez-vous les Residents à un enfant de 5 ans ?

Homer Flynn : Je lui dirais que les Residents sont des monstres un peu flippants mais marrants, et qu’il est parfois difficile de les reconnaître entre eux, mais bon, c’est pas bien grave.

Pensez-vous que le groupe fasse partie de la culture de l’entertainment américaine ?

Les Residents adorent s’emparer des codes de la pop culture, principalement américaine, par contre ils n’ont jamais eu l’impression d’avoir été acceptés par elle – et, pour tout dire, ce n’est pas bien grave non plus.

La notion de parodie de cette culture est assez centrale dans l’histoire du groupe…

Évidemment, mais c’était beaucoup plus le cas quand les Residents étaient plus jeunes. Leurs travaux récents semblent de moins en moins influencés par la culture de l’entertainment, la parodie tend à disparaître. En revanche, leur rapport d’amour/ haine avec la culture américaine demeure bel et bien intact.

On dit que les Residents ont commencé par coucher sur papier les règles et les buts inhérents au groupe, avant même de toucher un instrument. Info ou intox?

C’est à peu près ça. Le groupe a commencé par se situer par rapport aux autres et par définir une attitude à avoir. Ils ont délibérément choisi de se mettre en dehors du jeu habituel et d’adopter une attitude qui consiste à mettre au premier plan l’artistique, et en second plan la musique – et ce, même si c’était le ciment de leur formation.

Au fond, les Residents sont plus une entreprise avec des vues artistiques que des musiciens…

Vu qu’ils ne limitent pas leur créativité au seul exercice de la musique, les Residents se considèrent davantage comme un collectif d’artistes que comme un groupe classique, mais ils pensent surtout qu’il n’existe pas de terme précis pour définir ce qu’ils font. Peut-être font-ils du CRAP, l’acronyme de Clowns Empestant la Prétention Artistique [“Doing crap” peut aussi se traduire par “faire de la merde” – NdlR].

“Tout le monde sait très bien que la publicité n’est qu’un tissu de conneries, mais la politique, comme les religions, est pire, puisqu’elle prétend, en plus, détenir la vérité.”

L’anonymat des membres du groupe est, paradoxalement, la chose qui vous identifie le plus auprès du grand public. Est-ce que cela a été décidé d’emblée ? 

L’idée d’anonymat a toujours été là, depuis les débuts, et d’un certain côté, cela reste le catalyseur pour les Residents dans leur envie de créer leur propre mythologie. Mais bon, ça a aussi à voir avec leur peur d’affronter le public directement.

Vu qu’on ne connaît pas leur identité, pensez-vous que le groupe pourrait survivre à ses membres originels?

Pour le moment, il n’y a pas d’apprentis Residents vivant dans l’ombre en attendant que les membres actuels prennent du recul. Par contre, ça fait des années que nous discutons de l’idée que le groupe puisse exister au-delà de la vie de ses membres originels. C’est du domaine du possible.

Aux fils des ans, les “eyeballs” sont devenus le symbole du groupe, mais quelle était l’idée à la base ?

Au départ, les Résidents souhaitaient adopter un look et des déguisements différents pour chaque nouveau projet. Ils ont tenu cette ligne pour tous leurs premiers albums. Avant la sortie du disque “Eskimo”, ils se sont rendu compte qu’ils avaient besoin d’une nouvelle image forte pour le groupe, et cela s’est traduit par les eyeballs avec des chapeaux hauts-de-forme. Après cet album, le groupe était prêt à changer à nouveau de déguisement, mais les eyeballs étaient devenus si populaires qu’ils se sont sentis obligés de continuer à les porter. Au bout d’un moment, c’est devenu très contraignant pour eux de donner des concerts avec ces déguisements et ils ont été heureux de les laisser au placard. Pas mal de gens disent que les eyeballs sont une manière pour les Residents de dire au monde “on vous regarde”. Mais, évidemment, les Residents n’ont rien à répondre à cela.

Dans un sens, votre “Mole Trilogy” et “Eskimo” peuvent être considérés comme des critiques politiques. Est-ce que, dans leurs vraies vies, les membres du groupe s’intéressent, ou s’occupent de politique ?

En général, les Residents ont plutôt une attitude cynique par rapport à la politique. Non pas que ce soit un problème en soi, mais le fait est que les politiques sont des gens hypocrites qui avancent masqués. Tout le monde sait très bien que la publicité n’est qu’un tissu de conneries, mais la politique, comme les religions, est pire, puisqu’elle prétend, en plus, détenir la vérité.

Pour en finir, nous vous laissons la parole pour vous poser une question débile et y répondre.

Quelle est la couleur de la réalité ? Beige ou chartreuse ? Sans aucun doute, la réalité est beige. Dans ce tollé général de couleurs, le beige est la nuance la plus indescriptible, presque invisible… Et donc la représentation parfaite de la nature du tout. La réalité est injuste, la réalité s’en fout, la réalité est toujours là. La réalité est BEIGE.

Article initialement publié dans le magazine Gonzaï numéro 7.  

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